« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Nuit Debout : la difficile condition des sans-abris

Malgré des rassemblements pacifiques, les autorités surveillent Nuit debout de très près. Photo Flickr/Maya-Anaïs Yataghène

Malgré des rassemblements pacifiques, les autorités surveillent Nuit debout de très près. Photo Flickr/Maya-Anaïs Yataghène

Tirs perdus, violences, insultes… Les débordements ne sont pas rares sur la place de la République à Paris, où s’installent parfois des groupes de sans-abris. The Dissident a rencontré Hicham, un homme qui se mobilise pour la cause des personnes à la rue, à sa manière.

11 heures, place de la République. Installés sous une bâche, cinq hommes sont assis. Malgré la chaleur, l’un d’eux est emmitouflé dans une écharpe. Il feuillette un annuaire, pendant que d’autres fument. Ils ne souhaitent pas dialoguer. Une volontaire nous explique qu’il s’agit de Sans domicile fixe (SDF) qui se sont installés sur l’emblématique place. Nous aimerions connaitre leur histoire, et surtout, soulever une question importante : le mouvement Nuit Debout a-t-il fait évoluer la considération envers la condition des SDF ? Après quelques refus et beaucoup de bavardages, nous réussissons à avoir un témoin.

Il est jeune, les yeux clairs, et un teint hâlé. Hicham a dormi sous la bâche cette nuit. Si ce matin, il a pu se lever sur la place de la République, il reste un cas exceptionnel. « Les forces de l’ordre ne veulent plus avoir personne ici à partir de 22 h. Presque tous les soirs, ils essayent de vider la place en créant des mouvements de foule et en nous accusant de les avoir créés », explique le jeune homme. « Ils sont habillés en civils et provoquent, ils se jettent sur la police. Maintenant, on sait que c’est eux. »

Sur sa main, une balafre encore fraîche. Cette blessure, ce sera la porte d’entrée vers un long flot de paroles dénonçant un phénomène grave : la violence policière. « C’est un tir de flash ball que je me suis essuyé en passant par là, à une distance de cinq mètres », regrette-t-il. Son regard se pose sur sa paume. « Mon os s’est décalé. » S’il a été pris en charge? « Pas du tout. » Hicham, blessé sans raison, s’est retrouvé livré à lui-même, sans aucune assistance. « Hier encore, ils ont parlé d’une fille qui a été ramenée de force dans le commissariat du 11e, bien qu’elle n’ait pourtant rien fait de répréhensible ! Heureusement, une personne ici monte un dossier avec un avocat pour défendre les personnes qui, comme moi, ont été blessées sans raison. »

Ces actions de groupe, Hicham les considère comme vitales : « Il faut vraiment que l’aide vienne de l’intérieur, qu’il y ait plusieurs plaintes. S’il n’y en a qu’une seule, rien ne changera. »

Asthmatiques et handicapés

Si le jeune homme campe avec les sans-abris, il n’en est pas un pour autant. Sa volonté est d’aider ces personnes – « car ça peut arriver à tout le monde ». Mais surtout, de participer à ce qu’il considère comme être la « vraie Nuit Debout ». « À plusieurs reprises, on nous a chassés avec des fumigènes. Ce qu’ils semblent ignorer, c’est que plusieurs personnes ici sont asthmatiques. » Si les gaz peuvent avoir une répercussion sur la santé, certaines histoires peuvent être encore plus glaçantes : « Des policiers ont attrapé un handicapé par sa chaise roulante. Ils voulaient le frapper. Nous avons vu la police essayer de le tirer vers eux. » Ses yeux regardent dans le loin l’espace d’un instant, comme si il revivait la scène. « Heureusement, nous avons pu l’aider à temps. »

« Bande de clochards ! »

« Peu importe si vous êtes grand ou petit, ils attaquent. Ils poussent sans réfléchir aux conséquences, dénonce Hicham. Eux, ils ont leurs boucliers, nous, on n’a rien. Un fumigène, ça peut tuer une personne. Un flash ball aussi, c’est gros et ça fait mal. Il y a des enfants, des animaux.. il y a un peu de tout sur la place. Il faut arrêter les coups pour rien. Cela serait tellement mieux s’ils essayaient de dialoguer au lieu de créer des mouvements de foule. Ils ne cherchent pas à distinguer les « casseurs » du reste. La France, c’est plus devenu une guerre qu’autre chose. Ça part en vrille, les lois ne tiennent plus. Les SDF sont délogés et très mal traités. Nous sommes allés dans un café juste ici, au tournant, j’ai voulu leur payer le café. A l’intérieure, ils leur ont dit: « Sortez, vous n’avez rien à faire ici, vous êtes des clochards ! » Finalement, on n’a rien pris.

Pour Hicham, même les habitants autour de la place commencent à en avoir marre et rejettent la faute sur les SDF. « Nous, on a un chez nous, mais on veut se mobiliser ».

Vers une prise de conscience ?

Si la Nuit Debout est née pour contester la loi Travail, elle s’est vite développée en un mouvement tant intellectuel que citoyen. Parmi les différentes commissions qui se tiennent sur la place, un des SDF a installé un stand, parfois sans autorisation.

Malgré tout, la question des SDF est encore peu mise en valeur. C’est ce que déplore Hicham : « Personne ne les a vraiment soutenus pour l’instant. Il y a des associations, comme Aurore, qui aident les gens dehors. Mais dans la rue, peu s’arrêtent. » Selon lui, le vrai problème, c’est l’État. Beaucoup de logements sont vides, certains pourraient être retapés pour accueillir les sans-abris, « eux-mêmes sont prêts à le faire. Le volontaire tente de les aider comme il le peut, en donnant de l’argent, en leur achetant des habits ou de la nourriture à l’occasion. Les Français ont besoin d’un choc pour commencer à s’intéresser à la cause des SDF. Il faut arrêter de les mépriser. N’importe qui peut perdre un boulot, voir sa vie partir. » Et pourtant, combien de fois passons-nous devant eux, sans même un regard ?

Fatma-Pia Hotait
Fatma-Pia est diplômée l'ESJ-Paris. Benjamine de l'équipe, elle est bien décidée à faire évoluer les choses. Aujourd'hui, elle jongle entre ses études de master franco-allemand et sa passion : être la voix de ceux qui n'en ont pas.

1 commentaire

  1. IGLI

    25 mai 2016 à 14 h 38 min

    les SDF SONT,pour le capitalisme triomphant ,des gens qui n’existent pas parce que les SDF NE SONT NI CONSOMMATEURS NI FORCES DE TRAVAIL.Les SDF DE FRANCE font partie des 2 milliards des humains sur la planète qui n’existent pas ou ne devraient pas exister pour le capitalisme.Leur existence est un danger pour la durée du temps de travail que les entreprises transnationnales fixent à 40 heures pour un profit maximum.
    Il est souhaitable et même vital pour les salariés que NUIT DEBOUT et la CGT se concertent pour le bien de toute la France.

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