A Tours, le Bato remis à flot

Franck Mouget, de la SCIC Ohé. Photo Manon Vautier-Chollet

Franck Mouget, de la SCIC Ohé. Photo Manon Vautier-Chollet

À quelques pas de la gare de Tours, un étrange « bato » arbore tags et dessins en tout genre. Le Bateau Ivre, salle de concert tourangelle mythique jusqu’aux années 2000, appartient désormais à la SCIC Ohé. Les années de combat ont finalement payé pour cette Société coopérative d’intérêt collectif culturelle, pionnière en France.

Ouverte en 1982, la salle de spectacle le Bateau Ivre a vu passer plus de 2000 artistes et compagnies : Louise Attaque, Zazie, Noir Désir, IAM, Zebda, M… Un beau succès, qui n’empêchera pas pour autant sa fermeture en 2010. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Fin 2011, des citoyens décident cependant de créer un collectif pour que le Bateau Ivre ne soit pas transformé en un énième immeuble. L’association « Ohé du bateau » est créée. « Le Bateau est à vendre. Promoteurs immobiliers s’abstenir. Partageons nos euros. Devenons proprio du Bateau », le premier appel est lancé.

Cinq années plus tard, le projet de rachat stagne, la faute aux impasses politiques et financières. Le Bateau Ivre reste ainsi portes closes, vendu à la SMEVIT, une société d’économie mixte. L’histoire aurait, une fois de plus, pu s’arrêter la sans l’obstination de l’association. La SMEVIT décide de vendre le bateau en 2015 et propose à Ohé une offre de rachat prioritaire. Le collectif, mené par Franck Mouget, lance alors un appel aux citoyens, associations, entreprises … Quarante-cinq jours de souscriptions, 100 euros la part sociale pour devenir sociétaire. Objectif : 600 000 euros. Sociétaire, oui, puisqu’Ohé du bateau est une SCIC. Le statut juridique de la Société coopérative d’intérêt collectif s’inscrit dans une logique d’économie sociale et solidaire.

Franck Mouget, leader (presque) malgré lui

« Le processus commence avec vous ». Nez rouge, chapeau et ciré jaune, Franck Mouget attrape les passants. Le tee-shirt d’Ohé du bateau et des chaussettes rayées rouges et blanches complètent la tenue. Sur le parvis de la gare de Tours, l’heure est au « verre de l’amitié ». Au pied du rhinocéros blanc signé Michel Audiard, place de la gare, les militants du collectif Ohé du bateau donnent de la voix. C’est un jour d’agitation populaire pour l’asso. L’objectif : le rachat du Bateau Ivre. Franck et ses acolytes se battent pour le rachat de « notre Bato » depuis cinq ans. Carole, Christophe, y croient, et tentent de communiquer cette envie de créer ce projet ici, ensemble.

Franck ne sort jamais sans son chien blotti dans ses bras. Pour sauver le « Bato », il revêt ses habits de scène. Théâtre, rachat participatif ou agitation populaire, Franck Mouget est un homme de la rue. Inventif et dynamique, c’est en Bretagne qu’il a vécu ses premières expériences de théâtre de rue, avant d’intégrer la « Compagnie off » tourangelle. Son nez rouge fait le lien entre les citoyens : passants, curieux ou militants. Alors qu’il agite le parvis de la gare, une amie assure : « Ce qu’il fait là, personne d’autre ne le fait ». Sans lui, ce projet ambitieux n’existerait donc pas. Il faut un certain culot pour aborder des inconnus avec un nez rouge. Franck Mouget l’a. Pourtant, il n’a jamais souhaité être le meneur. Il n’y a jamais de « je » avec Franck, mais toujours des « nous ».

Des idées, de l’engagement, de la solidarité

Franck apprivoise la rue. Il est aujourd’hui à la tête de la compagnie Le Muscle, créateur de spectacle de vivant. Entre les « patrouilles de proximité préventive » et le « western de rue », Le Muscle surprend, anime. Toujours bien entouré, cet homme infatigable fait primer le collectif. Naturel pour celui qui a fait un DUT carrières sociales. L’équipe est indissociable de Franck. Christophe, Sophie, Carole, Jean-Louis… Sans Franck, « Ohé » n’existerait pas. Sans eux, l’initiative citoyenne ne serait rien. Jean-Louis Lardeau, créateur de l’option théâtre du Lycée Grandmont à Tours, connaît les deux hommes : le leader d’Ohé du bateau et l’homme de théâtre. Il en est certain, Franck est « inimitable ». Ce « Monsieur Loyal met une ambiance du feu de dieu », que ce soit en tant que militant ou que comédien. Comme le rappelle une amie en rigolant, « on se demande comment il trouve du temps pour tout, entre le théâtre, les projets et la famille ! »

La solution pour racheter le Bateau Ivre : la solidarité, l’engagement et les idées. À l’image de Franck, le projet de rachat et citoyen est collectif. En prenant une part, l’acheteur ne se contente pas de faire un don : il devient sociétaire. Et chaque sociétaire aura son mot à dire sur la programmation du « Bato » . Que ce soit pour Ohé ou dans la rue, ce tantôt clown, tantôt agitateur, tantôt président, « crée du vivre-ensemble ». Sensible à autrui, Franck rassemble, dans la rue, petits et grands, de même qu’il rassemble à Ohé militants et sociétaires. Ces derniers en sont certains : « Si nous y arrivons, c’est grâce à lui ». Sa personnalité et son humanité sûrement, l’ont propulsé sur le devant de la scène (presque) malgré lui.

L’année 2016 signera finalement la réussite du projet. Fin juin, la proposition de rachat à 270 000 euros d’Ohé du bateau est acceptée par la SMEVIT. Le collectif est désormais le nouveau propriétaire du Bateau Ivre, appelé par d’autre « Bato ». Franck Mouget reste malgré tout prudent, précisant que le chemin est encore long avant l’ouverture. Mais le plus dur est passé pour le Bato et ses sociétaires. Celui-ci se partagera en deux activités : un café culturel ouvert 5 jours sur 7 et une salle louée aux sociétaire du Bateau Ivre pour des projets culturels ou solidaires.

Pour plus de renseignements vous pouvez consulter leur site internet www.ohedubateau.com.
Manon Vautier-Chollet
Manon Vautier-Chollet, étudiante en journalisme à Tours (EPJT). Sphère citoyenne, sociale, politique et environnementale. Des mots et des photos pour raconter de plus ou moins belles histoires.

1 commentaire

  1. Pascale

    1 juillet 2016 à 13 h 57 min

    Bonjour et je trouve ça super

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