« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’État tire sur ses étudiants en pleine manifestation

La police et les manifestants se faisant face lors de la manifestation estudiantine à Port-Moresby, le 8 juin dernier. Photo PNGFM News

La police et les manifestants se faisant face lors de la manifestation estudiantine à Port-Moresby, le 8 juin dernier. Photo PNGFM News

Début juin, la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée a tiré à balles réelles sur des étudiants qui manifestaient pacifiquement sur le campus de leur université contre le Premier ministre Peter O’Neill, accusé de corruption. La journaliste d’une chaine de télévision nationale a par ailleurs été agressée par des officiers alors qu’elle réclamait leur protection. Une information relayée par nos partenaires du Pacific freedom forum (PFF) et que nous vous proposons en français.

Plusieurs journalistes et employés de médias du Pacifique ont manifesté toute leur solidarité et soutien à leurs confrères de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG), appelant à une pression accrue sur la police de cet État d’Océanie. Ils ont également exhorté les leaders de la région à prendre des « mesures immédiates » pour s’occuper de l’usage « odieux et totalement injustifié » d’armes à feu lors d’une manifestation pacifique organisée dans la matinée du 8 juin sur le campus de l’université nationale.

Dans la panique et le chaos provoqué par les grenades lacrymogènes de la police ainsi que les tirs sur des citoyens non armés, une journaliste a été également agressée – le deuxième incident de ce type impliquant la police de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en l’espace d’une semaine. Quelques jours plus tôt, le Forum du Pacifique pour la liberté avait en effet exprimé le choc et la consternation éprouvés lors de l’attaque de la journaliste Imelda Wavik et de ses collègues pendant un reportage au poste de police de Boroko, à Port Moresby.

Plus de 30 blessés

La journaliste Rose Amos et ses collègues de la National Broadcasting Corporation (NBC), couvraient quant à elle la manifestation d’étudiants à l’université de Papouasie-Nouvelle-Guinée. La protestation, qui se déroulait sur le campus de l’établissement, a tourné à la confrontation avec des officiers de police armés, lorsque ceux-ci ont ouvert le feu et fait usage de grenades lacrymogènes contre les manifestants. Plus de 30 personnes, la plupart d’entre eux étudiants, ont été hospitalisés, entre autres pour des blessures par balles. Rose Amos, qui portait le tee-shirt de la chaine d’information nationale, a « instinctivement » couru vers la police pour sa sécurité. Elle fut frappée par un premier officier, puis jetée au sol par un second, pendant qu’un troisième l’agressa de nouveau. Un gradé est intervenu peu après pour l’emmener à bord d’un véhicule au sein duquel elle fut détenue, jusqu’à être finalement relâchée.

“Il est presque impossible de trouver des mots suffisamment forts pour exprimer à quel point nous sommes déçus, dégoutés et consternés suite à la tournure des évènements, et nous ne pouvons qu’appeler la communauté internationale et les différents leaders à nous aider à trouver un moyen de résoudre cette grave atteinte aux droits de l’homme que sont ces tirs de la police de PNG contre ses propres concitoyens » a déclaré, depuis les Samos américaines, la co-présidente du Pacific Dreedom Forum Monica Miller. « Nous exhortons le Premier ministre et le ministre de la Police à répondre à l’appel d’une enquête immédiate – non seulement pour donner un sens à la tournure dramatique de ces évènement, mais aussi pour apporter du calme et de la crédibilité à un moment où c’est le plus nécessaire », a-t-elle ajouté.

En tant que membre des Nations Unies, la Papouasie-Nouvelle-Guinée doit honorer ses obligations en termes de respect des droits de l’homme les plus basiques, parmi lesquels la liberté d’expression et la liberté de se rassembler – des droits qui justifient l’actuelle protestation des étudiants appelant le Premier ministre à démissionner. « Les étudiants ont un droit à se réunir et à partager leurs opinions en public de manière pacifique. Il n’existe en revanche aucune loi, dans aucun pays, qui autorise une police armée à tirer à balles réelles sur les participants à une protestation pacifique et non armée. De voir une telle catastrophe avoir lieu sur le campus d’une université où l’on forme nos futurs leaders à parler librement et franchement sur les problèmes qui les affectent, cela est tout simplement navrant. »

Pacific Freedom Forum

Traduit par Baptiste Duclos

The Dissident
L'indécence et le courage de la liberté.

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