« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Michel Rocard : Bof !

Michel Rocard. Photo DR

Suite au décès de Michel Rocard, le sociologue du CNRS Michel Fize réagit dans nos colonnes sur le parcours et les idées de l’ancien Premier ministre français.

À l’heure où des éloges unanimes saluent la mémoire de Michel Rocard, j’aimerais, raison revenue, émotion mieux contenue, dire mon sentiment sur l’homme politique, sa conception de la gauche. Entre nous, je dirai que j’aime et n’aime pas la pensée, les actions de cet homme qui fut Premier ministre de la France.

J’aime le Rocard militant, dans les années 1950, pour la paix en Algérie, prônant, la décennie suivante, pour l’autogestion à la yougoslave. J’aime sa façon de faire de la politique, son « parler vrai ». J’aime l’économiste talentueux, l’homme cultivé et curieux de tout. J’aime son efficacité dans l’action, sa manière de dénouer la crise en Nouvelle-Calédonie, la création du RMI et de la CSG (cette mesure un peu moins malgré tout).

Je n’aime pas le Rocard, incarnation de la gauche réformiste, cette « deuxième gauche », réunissant, outre les rocardiens, la CFDT, Le Nouvel Observateur, Libération(sauf quand cette gauche signifie la reconnaissance de l’action collective, l’invention sociale, la proximité avec les citoyens). Occasion de tordre le cou à cette idée qui voudrait que Rocard, étant issu du PSU, viendrait de l’« extrême gauche ». Pour cela, il eut fallu que l’homme aimât la centralisation, les nationalisations, un État fort, la lutte des classes, mais il n’aimait rien de tout ça.

Je n’aime pas, au plan des idées, le Rocard rallié à l’économie de marché et dubitatif quant à la rupture avec le capitalisme, je n’aime surtout pas le défenseur de la social-démocratie. Je n’aime pas, au plan de l’action politique, l’homme instaurant le service minimum dans les transports publics en cas de grève des personnels ou déclarant, en matière d’immigration, que la France ne pouvait accueillir « toute la misère du monde ». Je n’aime pas sa manière très mitterrandienne en somme d’épouser la cause du « réalisme politique », sa volonté d’aller vers une simple « régulation » du système capitaliste.

Bon, pour conclure, c’est sûr, Michel Rocard était un brillant sujet politique, un homme qui avait des idées, réfléchissait à ce qu’il faisait, un homme de convictions. Mais, comme M. Giscard d’Estaing, comme Jacques Chirac, Michel Rocard n’aura inventé aucun nouveau système politique. Il n’y a finalement pas plus de « rocardisme » que de « giscardisme » ou de « chiraquisme », juste des « rocardiens », qui ont pour noms désormais Manuel Valls ou Emmanuel Macron : pas de quoi rêver !

Michel Fize. Photo DR

Michel Fize
Sociologue et auteur de Jeunesse à l’abandon, la construction universelle d’une exclusion sociale, éd. Mimésis, 2016.

Auteur invité
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