« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Pour une autre gauche… Et une autre sécurité

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, en février 2016. Photo AFP/Alain Jocard

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, en février 2016. Photo AFP/Alain Jocard

La gauche de gouvernement a beau être une gauche sécuritaire, elle vient, en l’espace de seulement dix-huit mois, subir trois attentats majeurs. Qu’elle en ait déjoué seize depuis 2013 ne change rien à cette réalité, dont elle porte, de notre point de vue, pour partie la responsabilité.

Si, à l’évidence, en matière de terrorisme, le risque zéro n’existe pas, le fatalisme ne saurait, comme le soutient Manuel Valls, tenir lieu de politique. À quoi bon cette parole officielle du « ça se reproduira », qui ne fait qu’ajouter de la peur à la peur ? Chacun de nous sait bien que des attaques sanglantes, comme celle de Nice, sont susceptibles de se reproduire n’importe où, n’importe quand, avec n’importe quels moyens.

De la même manière, comment encore affirmer que changer nos habitudes (démocratiques) serait faire le jeu des organisations terroristes, et donc qu’il ne faut rien changer du tout ? De deux choses l’une en effet : ou nous sommes en état de guerre avec Daech, ou nous n’y sommes pas. Et, puisque de l’avis général, et d’abord de l’avis de l’Exécutif, nous sommes bel et bien en conflit avec cette organisation, nous devons, à l’évidence, changer au moins certaines de nos habitudes (quotidiennes). A-t-on jamais vu dans toute l’histoire une nation se comporter pareillement en état de guerre comme en état de paix ?

Nous avons certes instauré l’état d’urgence, un drôle d’état d’urgence en réalité : il n’y a jamais eu autant de gens dans les rues que depuis novembre 2015. Attention, une distinction s’impose ici entre des rassemblements visant à défendre nos droits, professionnels par exemple, bafoués par l’État, comme la loi El Khomri, rassemblements qui sont le libre exercice de nos libertés publiques, et des rassemblements à caractère festif organisés sur l’espace public. S’il ne saurait en ce domaine être question de tout interdire, il ne saurait, au nom de nos libertés, être question non plus de tout autoriser, état de guerre oblige ! Ainsi, pour revenir au drame de Nice, si, le 14 juillet, la cérémonie d’hommage à la nation dans cette ville était on ne peut plus légitime, nous ne pensons pas que le feu d’artifice qui l’a suivie, réunissant 30 000 personnes, encadrées de surcroît par moins d’une centaine de policiers nationaux et municipaux, l’était tout autant.

Alors oui, puisque la gauche de gouvernement se veut sécuritaire, elle doit l’être plus et mieux. Elle se doit donc d’écouter toutes les voix, celles de ses parlementaires ayant mené enquête sur le sujet, celles de l’opposition elle-même, qui, sur cette question, a tout de même quelque autorité à faire valoir.

L’important reste d’assurer la conciliation de la sécurité de la nation et de nos libertés individuelles et collectives, qu’un état d’urgence devenu permanent met à l ‘évidence de plus en plus en péril.

Michel Fize. Photo DR

Michel Fize

Sociologue, ancien conseiller régional d’Ile de France
Auteur de L’Individualisme démocratique, L’Oeuvre, 2010.

Auteur invité
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