« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Le monde après Trump

Donald Trump en campagne, le 3 septembre 2015. Photo Flickr/Michael Vadon

Donald Trump en campagne, le 3 septembre 2015. Photo Flickr/Michael Vadon

Autant que les évènements, ce sont les commentaires qui les accompagnent qui effrayent. Une tribune d’André Bellon, philosophe et écrivain français, fondateur et président de l’association Pour une constituante.

Combien de temps encore le rejet de Donald Trump justifiera-t-il qu’on magnifie sans réserve la politique proposée par Hillary Clinton ? Combien de temps encore les inquiétudes envers le Front national serviront-elles de prétexte à la perpétuation de politiques imbéciles et rejetées par les citoyens ? Combien de temps les anathèmes lancés contre le Brexit serviront-ils d’arguments à la poursuite d’une construction européenne de plus en plus réprouvée ?

On pourrait multiplier les exemples. On peut aussi remarquer que chaque élection subit le même scénario : nombre d’analystes qui n’avaient rien vu venir expliquent qu’ils avaient en fait prédit l’évènement, avant d’affirmer l’absolue nécessité d’en tirer les conséquences et d’agir différemment. Bien sûr, de façon subliminale, ils veulent se présenter comme détenteurs des solutions qui, in fine, reproduiront la même situation.

En ce qui concerne la construction européenne, par exemple, les analystes officiels concluent à chaque fois qu’il faut « plus d’Europe ». Ce qui conduit à des absurdités de plus en plus insupportables comme celle qu’annonçait un journal du soir après le Brexit : il faudrait donner à la Commission « les moyens d’anticiper les réticences » suscitées par sa propre action. Belle manière d’habiller un refus de changer d’attitude, de persister dans l’erreur. La palme du déni revient à Jacques Attali qui milite pour une Constituante européenne. Déterminé à détruire définitivement les souverainetés des peuples dans les États-membres, il feint de croire que les citoyens des 28 pays membres pourraient comme par enchantement se sentir subitement un destin commun.

Qui définit le rôle de la finance et des marchés ?

Bien plus, plusieurs des fanatiques de la mondialisation, dont maitre Jacques, en appellent à un gouvernement mondial, comme si le monde n’était qu’une seule circonscription électorale… Cette vieille lune permettrait d’éliminer une fois pour toutes les droits politiques des citoyens.

Rappelons donc encore une fois quelques principes de bon sens. Personne, aussi génial et médiatique soit-il, n’est habilité à parler au nom du peuple s’il n’en a pas reçu le mandat. La Constituante est une assemblée élue par un peuple pour redéfinir les règles de fonctionnement de la vie publique et seul ce peuple a le droit de déléguer ce pouvoir à une instance supérieure.

On peut discuter à perte de vue du concept de mondialisation. Il est avant tout un projet idéologique magnifiant le rôle de la finance et des marchés. Mais qui définit ce rôle ? La réponse n’émane pas d’un Dieu ou d’un aréopage de génies auto-désignés. Elle ne peut émaner en démocratie que des peuples qui décident de gérer ensemble – ou pas – les difficultés auxquelles ils sont confrontés. C’est toute la différence entre le mondialisme, qui efface souveraineté nationale et souveraineté populaire, et l’internationalisme qui organise la coopération de peuples libres et solidaires.

En appeler à l’élection d’une Constituante en France est donc tout simplement rappeler, à la fois, la nécessité démocratique et la souveraineté populaire. D’ailleurs l’une n’est-elle pas la traduction philosophique de l’autre ? Curieusement, la question de l’intérêt national vient de surgir du pays où on ne l’attendait pas : les États-Unis d’Amérique. Non pas qu’ils ne défendent pas usuellement leurs intérêts. Mais ils le font rarement de façon aussi ostensible en assumant le risque d’un certain isolement. Est-ce l’amorce d’un repli remettant plus ou moins en cause la mondialisation amorcée dans les années 1980 ? Est-ce au contraire une autre façon de la perpétuer ? En toute hypothèse, notre capacité à réaffirmer notre souveraineté et notre démocratie est posée.

C’est aussi pourquoi, dans le cadre de la présidentielle en France, la pétition « Présidentielle NON – Constituante OUI » est particulièrement opportune.

André Bellon
Ancien député PS et président de la Commission des affaires étrangères à l'Assemblée Nationale, dissident institutionnel depuis, aujourd'hui président-fondateur de l'association pour une Constituante.

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