« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Présidentielle : une formidable crise de légitimité

La cour du Palais de l'Elysée lors de la dernière passation de pouvoir, le 15 mai 2012. Photo Reuters/Christophe Ena

La cour du Palais de l'Elysée lors de la dernière passation de pouvoir, le 15 mai 2012. Photo Reuters/Christophe Ena

Face à une élection présidentielle rythmée par les affaires judiciaires, les parjures et l’impopularité des partis de gouvernement, le sociologue Michel Fize réagit dans nos colonnes et pose la question de l’établissement d’un véritable régime parlementaire en France.

Seuls des commentateurs non-avertis peuvent trouver surprenante la débandade politique à laquelle nous assistons. Dans cette débâcle, les primaires, naguère si riches de promesses, se révèlent être une formidable « machine à divisions ». Censées les atténuer, elles les exacerbent en effet. Et pourtant, dans le contexte politique actuel, elles sont bel et bien incontournables.

Tout a commencé avec l’échec du quinquennat de François Hollande et l’installation dans nombre d’esprits, et dans le sien lui-même, qu’il n’y avait plus, pour le camp majoritaire, de président-candidat « naturel » à sa propre succession, ce qui était jusque là une règle non-écrite de nos institutions. Ce fut une première brèche qui a littéralement plombé la Gauche et, de manière plus feutrée peut-être, la Droite. La seconde brèche est issue de l’affaiblissement des grands partis traditionnels (LR et PS en tête), de la « médiocratisation » incroyable du personnel politique, ces deux phénomènes se développant dans une société individualiste ayant définitivement consacré l’« individu-roi », société ne connaissant, on le sait, que des « égaux », partout et à tous les niveaux. Et, bien évidemment, comme je l’explique dans mon livre L’Individualisme démocratique (L’œuvre, 2010), une « société d’égaux » ne peut qu’exacerber les « egos » personnels.

« Les candidats battus ne sauraient accepter un autre vainqueur qu’eux-mêmes »

Or la société politique, qui est principalement institutionnelle, est construite sur des hiérarchies, au sommet desquelles se trouve le chef de l’État, de qui, on le sait, tout relève. Ces hiérarchies, depuis la Révolution française, sont apprises et appliquées au sein des partis politiques. « Secrétaire général » (ou « national »), « premier secrétaire » sont aujourd’hui les résidus sémantiques d’un pouvoir qui se voulait vertical. Aujourd’hui, l’horizontalité démocratique (attention à ce qu’elle ne devienne pas à son tour « totalitaire » !) vient s’affronter à tous les pouvoirs hiérarchiques. Les systèmes de relations personnelles viennent bousculer les logiques institutionnelles.

C’est un problème pour les primaires, avatar du régime partitaire qui voulait tant se re-légitimer ainsi. Instituées précisément pour créer de la légitimité personnelle et dégager un consensus programmatique, l’on constate qu’elles produisent au contraire des diversités de caractères et de projets chez les candidats. Au final, ne sort des urnes (funéraires ?) qu’un vainqueur formel, portant, non un programme collectif, mais son propre programme, qui ne peut s’imposer à quiconque. Les candidats battus, dont on se souvient qu’ils se vivent comme des « égaux », ne sauraient en effet accepter un autre vainqueur qu’eux-mêmes, défendre un autre projet que le leur. À cet égard, le comportement de Manuel Valls, rejetant le verdict des urnes de ses primaires, et donc la personne et le projet de Benoît Hamon, est parfaitement révélateur de cette situation.

Serions-nous donc sans solution ? Dans le système politique actuel, il semble que le dispositif des primaires, qui n’est pas un bon dispositif, soit malgré tout, comme la démocratie de Churchill, moins pire que tous les autres. Dans un autre système politique en revanche, cette « crise des égos » et des légitimités pourrait tout simplement disparaître… avec les primaires !

L’alternative est cependant audacieuse : la disparition du titre et de la fonction de président de la République (qui, contrairement à ce que beaucoup d’observateurs non-avertis pensent, n’est pas dans notre tradition républicaine – au sens naturellement d’un président chef suprême de l’exécutif) aux fins d’instauration d’un vrai régime parlementaire, avec un Parlement faisant vraiment la loi et un Premier ministre dirigeant effectivement le gouvernement. C’est, à nos yeux, le cœur d’une vraie VIème République.

Michel Fize
Sociologue, ancien conseiller régional d’Ile de France. Auteur de L’Individualisme démocratique (L’œuvre, 2010).

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