« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

La ferme aux 1000 vaches, reflet du monde agricole de demain ?

ferme mille vaches

C’est près d’Abbeville, dans la Somme, qu’un projet de ferme industrielle de 1000 vaches laitières associée à un méthaniseur géant de 1,5 MW suscite de vives protestations de la part des riverains. Regroupés depuis novembre 2011 au sein de l’association Novissen (NOs VIllages Se Soucient de leur ENvironnement), ils dénoncent un projet dangereux au profit d’industriels de « l’agrobusiness ».

Le projet initial de M. Ramery, gérant de la SCEA (Société civile d’exploitation agricole) Côte de la Justice,  était de mettre en place une ferme à dimensions industrielles pouvant accueillir 1000 vaches laitières et 750 veaux. Les excréments de ces animaux devaient ensuite être utilisés afin de produire de l’énergie via un méthaniseur. En février 2013, et malgré les protestations des différentes associations, le préfet de la région Picardie a donné l’autorisation d’exploiter. Cette autorisation n’est toutefois valable que pour une exploitation de 500 vaches et non plus 1000, comme le prévoyait M. Ramery. Les dimensions de la ferme et du méthaniseur n’ont, quant à elles, pas été changées. La ferme-usine serait-elle susceptible d’accueillir un jour les 1000 vaches initialement prévues ? Très certainement, selon l’association Novissen. Ces dernières semaines, la mobilisation des « anti-ferme aux 1000 vaches » fait de plus en plus de bruit avec notamment une opération menée par la confédération paysanne dans la nuit du 11 au 12 septembre :

Séquence opération nocturne de la confédération paysanne du 11 au 12 septembre. Crédit Confédération Paysanne

Dans ce type de ferme industrielle, les animaux sont confinés dans un espace fermé favorisant le développement et la propagation de maladies. Pour palier ce problème, les exploitants traitent les animaux aux antibiotiques dont les résidus se retrouvent dans le lait et la viande. On les retrouve aussi dans la bouse qui servira à la méthanisation et dont les digestats seront épandus sur les champs en tant qu’engrais. On en conclut logiquement que la santé humaine et l’environnement sont directement mis en danger. A cela, on peut ajouter une absence totale de considération pour le bien-être des animaux qui ne pourront jamais mettre le nez dehors. N’oublions pas non plus que la moitié des céréales utilisées dans l’alimentation des élevages français sont importées du Brésil ou d’Argentine. La culture de ces céréales, principalement du soja transgénique, est la cause principale de la déforestation de l’Amérique du Sud

Une concurrence déloyale

Revenons en France. Le développement de ce genre de projets est susceptible de freiner, voire d’empêcher l’implantation de petites exploitations locales et paysannes en créant une concurrence déloyale. En effet, la ferme aux mille vaches sera en mesure de proposer du lait industriel à prix réduit alors que les petits exploitants laitiers ont déjà du mal à joindre les deux bouts. Selon José Bové, ce lait risque de n’être plus qu’un « sous-produit de la merde [des vaches] », l’objectif premier étant la production d’énergie. Alors pourquoi un tel modèle agricole, industriel et déshumanisé ?

On peut légitimement se poser la question de l’utilité d’un tel projet dont le feu vert a été donné par l’État. L’argument de l’accroissement de la population n’est pas valable dans un pays où le gaspillage alimentaire représente 20 kg de déchets par an et par personne, et dans un monde ou 1,3 milliards de tonnes de nourriture finit à la poubelle chaque année. Ce genre de polémique nous force donc à réfléchir sur la manière dont nous consommons, et sur ce dont nous avons réellement besoin. Pouvons-nous accepter de payer plus cher une bouteille de lait ou de la viande de meilleure qualité, dont la vente sera plus respectueuse de l’environnement, des animaux et de l’homme ? Nos choix de tous les jours influencent l’industrie, c’est donc à nous de décider si nous voulons voir se développer de telles usines dans les prochaines années.

Photo à la Une : Photographie du chantier de la Ferme aux 1000 vaches le 12 septembre dernier. Crédit Novissen

Agatha Wajrak
Diplômée d’un master en Génie de l’Environnement, Agatha Wajrak travaille sur les rapports entre l’être humain et son environnement. A travers ses contributions pour The Dissident, elle souhaite faire réagir sur les problèmes écologiques actuels et les solutions qui sont proposées dans le monde.

1 commentaire

  1. Agatha Wajrak

    Agatha Wajrak

    22 décembre 2013 à 3 h 14 min

    Rassemblement contre l’élevage des 1000 vaches le 7 janvier à 13h30, place du président Edouard Herriot à Paris et 3 avenue de la Préfecture à Rennes :
    https://www.facebook.com/events/666346676750907/
    https://www.facebook.com/events/1447742035445112/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

c7411e8651bf6266f9385dc031eecb7b>>>