« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Trublion, rappeur : « La poésie et la radicalité de Ferré m’ont scotché ! »

Thomas, aka Trublion : "Ferré me pousse à mettre la barre très haute". Photo B.D.

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Il en impose Thomas. Moins par sa taille que par ses idées et son humanité. Cet ancien journaliste, déçu par les compromissions de son métier, s’est définitivement tourné vers le rap, sa passion depuis tout jeune. Désormais Trublion, il reprend avec le groupe La vie d’artiste des grandes chansons de Léo Ferré après s’être chauffé sur du Renaud. Une aventure artistique qui laissera des traces dans l’esprit de l’Orléanais.

The Dissident : Comme chantait Brassens, « ces gens qui sont nés quelque part », vous, vous êtes né où Thomas ?

Thomas : Je suis né à Orléans. Je suis revenu à l’endroit de ma naissance d’ailleurs, même si j’ai fait une petite halte de quelques années par la Bretagne. Actuellement je vis dans la banlieue orléanaise, une petite ville plus célèbre pour sa gare que pour autre chose d’ailleurs. J’ai eu un cheminement scolaire plutôt classique. J’étais un élève curieux et plutôt bon, mais pas de grosse ambition universitaire. Je faisais un peu le minimum et je préférais m’intéresser à des choses à côté du cadre scolaire. J’ai réussi à toujours m’en sortir et à aller jusqu’au bac. Après j’ai fait une petite année de fac en attendant de trouver quelque chose qui me plaisait plus. C’est là que j’ai commencé à faire de la radio. Ça m’a laissé le temps de mûrir un peu ce que j’avais envie de faire et je me suis finalement orienté vers un IUT de journalisme.

Pour en revenir aux années d’enfance, est-ce que la fratrie a influé sur vos choix de vie et vos choix d’aujourd’hui ?

C’est une question que je ne me pose pas vraiment. Au niveau familial, c’est un gros bazar. Mais ça reste assez courant dans les familles recomposées. Moi, c’est ma mère qui m’a éduqué seule durant mon enfance. C’était une maman normale, elle m’a pas mal amené dans la musique. C’est elle qui m’a fait aller au festival Orléans Jazz. J’étais pas forcément plus intéressé que ça à l’origine, je préférais vadrouiller un peu partout.  Maintenant, je vais à Orléans Jazz de moi-même. C’est une musique très importante pour moi et forcément les racines du jazz, ce sont les racines du hip hop aussi, donc j’ai vite fait le lien ! Je suis le seul dans ma famille qui soit parti dans cette direction, à avoir le parcours le plus atypique.

Comment en arrive-t-on au journalisme ?

J’ai toujours eu une passion pour l’écriture, qui est venue aussi avec le hip hop. J’ai commencé le rap dans un délire adolescent avec des potes et j’ai vite senti que j’avais envie d’aller au fond des choses. J’ai commencé à voir ce style comme une arme un peu subversive. Ça venait aussi de ce que j’écoutais, des groupes assez engagés comme la Rumeur, Fabe, Iam… Je pense que c’est ce qui m’a amené vers le journalisme. Je suis rentré dans l’écriture par le rap et j’ai eu envie d’essayer de nouvelles formes.

C’était une époque où le hip hop donnait vraiment envie d’ouvrir un dictionnaire. Il y avait un enrichissement au niveau du vocabulaire et des sujets traités. Ça a été un sujet d’approche et un prétexte pour aller m’intéresser à plein de choses. C’est beaucoup moins le cas maintenant, évidemment, ou alors il faut aller fouiller vers des gens qui sont bien moins médiatisés.

trublion skate park

Thomas, aka Trublion : « Ferré me pousse à mettre la barre très haute ». Photo B.D.

Le processus qui mène à l’écriture demande aussi de la réflexion, est-ce que c’est passé par la littérature ?

Pas au départ, mais j’y suis venu après. Sur les auteurs, je suis arrivé à la poésie par Ferré, avec Une saison en enfer de Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire, etc. J’ai beaucoup aimé Boris Vian, un peu Albert Camus. J’ai pris une grosse claque sur Louis-Ferdinand Céline, un peu comme avec Léo Ferré en fait. Je pense aussi à Papini, que j’ai lu et adoré. Ce sont des auteurs qui sont très borderline. On a l’impression des fois que pour friser le génie, il faut taquiner le diable.

Pourquoi avoir rompu avec votre avenir professionnel dans le journalisme ?

A la base, c’était pas forcément une bonne nouvelle, mais j’ai eu la chance d’être dans un IUT qui figurait parmi les moins prometteurs en terme de carrière, à Lannion, une toute petite ville de Bretagne. Là-bas on avait beaucoup d’esprit critique sur le métier. Dès mon entrée, je savais déjà tout ce que je ne voulais pas faire : la télé, les grands médias, etc. J’avais quand même l’espoir de pouvoir travailler dans le journalisme. J’ai fait pigiste comme beaucoup d’autres, c’est un système qui m’a amené son lot de désillusions. Les choses qui m’intéressaient vraiment dans le journalisme, j’en ai fait un peu mais c’était du bénévolat. J’ai réalisé ensuite que je ne travaillerai pas vraiment là-dedans. Au fur et à mesure, ma passion et les projets pour le hip hop ont pris une place grandissante dans ma vie. Après ce sont des questions de circonstances, moi c’est la musique qui m’a pris le plus de temps, donc je m’y suis investi davantage. Je ne dis pas que ce n’est pas possible de vivre du journalisme et de résister, mais il faut trouver un modèle économique. Il faut se battre.

Un des problèmes des gens qui entrent dans le show business, c’est que tôt ou tard, ils sont rattrapés par les perversions du métier. Quels sont vos pare-feux ? Si demain vous avez du succès, avez-vous déjà réfléchi à votre propre modèle comportemental ?

Sans même réfléchir à être très connu, il y a déjà des choses sur lesquelles il faut être fixé concernant ce qu’on ne veut pas faire. La résistance, c’est déjà de dire non. A un petit niveau, on a vite fait de tomber dans des choses qui ne nous correspondent pas. Même dans des petits groupes en développement, il y a toujours des tremplins financés par des marques de téléphonie, par exemple. Après, l’entourage joue beaucoup : on est une petite équipe artistique vraiment dans la même idée de l’autonomie et de l’indépendance. On n’a pas envie de voir partir les copains dans quelque chose qui ne leur correspond pas.

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Baptiste Duclos
Baptiste Duclos, journaliste et rédacteur en chef de The Dissident.
Rémy Degoul
Rémy Degoul, fondateur et directeur de publication de THE DISSIDENT, fondateur d’Europe Créative, administrateur de l’APCP- Association pour la création d’un Conseil de presse, ancien Administrateur du Fonds Européen pour la Liberté d’Expression, ancien président du COLISEE-Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est.

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