« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

The Dissident : Une brèche ouverte sur l’autre et le monde

Subir, pleurnicher, se racrapoter comme le chantait Jacques Brel…  Ou bien ouvrir les yeux, empoigner la vie et vouloir tenter de décrypter et changer ce monde dont beaucoup de nos semblables sur cette planète ont le sentiment qu’il marche cul par-dessus tête ?

Telle est la question que se posent bien des citoyens, toutes classes sociales et âges confondus, à l’heure où l’on voit en effet se déployer et se disséminer de nouveau dans nos sociétés l’haïssable indifférence que dénonçait Antonio Gramsci1, ainsi que les exacerbations sectaires et corporatistes et toutes ces formes de populismes et d’intolérance qui conduisent à la guerre de tous contre tous, au repli identitaire et tribal du « nous contre eux », au chacun pour soi, au refus de l’autre et de l’hospitalité.

Pour inverser cette tendance délétère et mortifère, il reviendrait à chacun(e) d’entre nous d’apporter sa contribution, de coopérer afin d’accomplir ensemble ce que nous ne pouvons faire seuls : « faire société », vivre ensemble.

Ici la grave question de la confiance en nos institutions démocratiques et nos médias se pose, et nous savons bien que celle-ci est actuellement au plus bas, notamment vis à vis des hommes politiques et des partis, lesquels dans leur majorité sont plus habités par d’autres préoccupations liées à l’appropriation pérenne du pouvoir, que par l’imagination politique, se révélant au bout du compte incapables de travailler et de proposer un projet de société meilleure que celle que nous vivons.

N’a-t-on pas cependant un peu la classe politico-médiatique que l’on mérite… ? Et jeter la pierre à celle-ci ne serait il pas trop commode pour nous dédouaner, si concomitamment nous ne nous posons pas la question sur notre propre responsabilité de citoyen ?

Concernant plus spécifiquement la société numérique, les médias et la responsabilité particulière qu’ils ont dans le bon fonctionnement de la démocratie, seule une poignée de citoyens sont engagés dans un combat pour la garantie des libertés fondamentales et publiques, la qualité et la diversité de l’information (voir l’APCP, l’ODI et les Indignés du paf). A l’heure où des attaques sont livrées contre celles-ci, ne devrions-nous pas plus et mieux les soutenir pour défendre ensemble ce que nos anciens nous ont ici transmis, notamment la liberté de la presse et la liberté d’expression ?

Ne pourrions-nous pas aussi faire l’effort de lucidité requis pour comprendre à l’aune de ce constat, le rôle et la responsabilité des médias traditionnels, notamment audiovisuels, possédés pour la plupart par des groupes privés, qui par leur façon de traiter l’actualité et d’opérer une hiérarchie de l’information, font des choix journalistiques le plus souvent porteurs d’intérêts et d’idéologies implicites, voire explicites, sur lesquels il conviendrait de s’interroger ?

Il s’agit bien ici pour nous citoyens, d’écouter et d’ouvrir les yeux, d’être vigilants et de s’engager dans des combats démocratiques, afin que la société civile puisse reprendre la main sur le contrôle des médias et pour qu’ainsi soient revivifiées la qualité et la mise en scène de l’info, qui rendraient alors la diversité et la complexité du monde passionnante et enrichiraient de facto la démocratie.

C’est pourquoi, fort de cet état des lieux, et riche d’un long engagement pour la solidarité, la défense de la démocratie, de la liberté de la presse et d’expression en Europe, j’ai décidé de mettre ce « capital social » au service d’une information générale citoyenne utile à la démocratie, dissonante et métissante, via la création et le lancement de The Dissident, webmag totalement indépendant, qui vous propose ici par sa ligne éditoriale, d’être une chambre d’échos du monde, de l’espace réel des gens qui l’habitent, d’être à l’écoute de leurs aspirations, de leur quotidien, de leurs indignations, de leurs résistances ; d’être un relais des réalités de la rue, un décrypteur de la complexité de la socio-diversité des peuples, des sociétés et des cultures, d’être un messager de la créativité et de l’inventivité populaire, de la polyphonie et de la polysémie de ces voix, de ces « vies minuscules » infimes et singulières ; d’être un révélateur de la richesse de cette intellectualité populaire, qu’évoquait Michel Foucault2, et aujourd’hui le chercheur Alain Bertho3 ou l’écrivain Pierre Michon4, de cette « parole humiliée » qu’on retrouve chez Jacques Ellul, toujours dédaignée, ignorée, voire stigmatisée ou marginalisée dans l’espace public, notamment par les médias traditionnels.

The Dissident se fera aussi naturellement la chambre d’écho de celles et ceux qui dans le monde, au nom de la liberté de conscience, d’un idéal éthique et humaniste, d’une utopie, d’une mission, s’engagent, innovent, créent, avec courage et détermination pour, comme l’a écrit et dit Albert Camus lors de la réception de son prix Nobel, « empêcher que le monde ne se défasse ».

Nous donnerons ainsi la parole et ouvrirons nos rubriques à tous ces esprits libres, ces dissidents, institutionnels ou civils, ces résistants connus ou inconnus, ces créateurs porteurs de lumière, de liens et d’espérance, qui tous à un titre ou à un autre, par leur fidélité, la qualité de leurs engagements et de leurs initiatives, l’originalité de leur pensée, de leur création, de leur témoignage, ouvrent des brèches, de nouvelles voies, osent de nouveaux paradigmes, tracent de nouvelles perspectives sociales, environnementales, culturelles, éducatives, économiques, entrepreneuriales, dessinent in fine l’esquisse d’ un nouveau projet de société où les peurs et les fantasmes actuels s’évanouiront et où la démocratie et le vivre ensemble seront refondés pour le bien de tous.

Chaleureusement et citoyennement votre,

Rémy Degoul
Fondateur et directeur de la publication
Administrateur de l’APCP – Association pour la création d’un Conseil de presse
Ancien administrateur du Fonds Européen pour la Liberté d’Expression
Ancien président du COLISEE –Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est

 


 

1 Antonio Gramsci, écrivain et théoricien politique fondateur du parti communiste italien, soutenu par le mouvement surréaliste. Il a notamment écrit l’essai Je hais les indifférents. http://dormirajamais.org/gramsci/

2 Michel Foucault http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Foucault

3 Alain Bertho est un anthropologue français, professeur à l’université de Paris VIII. http://socio-anthropologie.revues.org/430

4 Pierre Michon est un écrivain français, auteur entre autres du roman des Vies minuscules aux éditions Gallimard.

Rémy Degoul
Rémy Degoul, fondateur et directeur de publication de THE DISSIDENT, fondateur d’Europe Créative, administrateur de l’APCP- Association pour la création d’un Conseil de presse, ancien Administrateur du Fonds Européen pour la Liberté d’Expression, ancien président du COLISEE-Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est.

2 Comments

  1. chavannes marie-laure

    10 septembre 2015 à 11 h 09 min

    Bonjour. Je suis une « vie minuscule » qui vient vous soutenir et vous remercier. Nous pouvons tenter de changer ce monde nous n’avons rien à perdre.c est même plus que tenter … c est un devoir ! Mais avant tout je cherche un emploi pour nourrir mes 2 fils que j élève seule.j ai des idées par centaines , du courage encore et encore et la passion de mon métier puisse quelqu’un entendre mon appel .que « la brèche ouverte » s’ agrandisse vers le intelligence. Respectueusement ml

  2. Will de Graaff

    8 janvier 2017 à 18 h 54 min

    Je ma sens solidaire et minuscule. Et j’ai en tête tous les minuscules qui en bougeant ou en étant soucieux d’autrui font bouger les lignes. Les derniers qui m’ont mis le sourire au lèvres étant ces deux hommes accueillant des migrants à la frontière italienne et les faucheurs de chaises, et vous Remy Degoul, avec The dissident

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