« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Réfugiés irakiens : quel avenir pour les déplacés de l’intérieur ?

Camps refugies Irak

Si l’arrivée de réfugiés sur le sol européen est au cœur de l’actualité, la situation des déplacés internes est elle aussi préoccupante. En Irak, près de 10% de la population vit aujourd’hui dans une détresse constante, sans promesse d’un meilleur avenir. Une réalité que tente d’améliorer des organisations humanitaires débordées.

C’est une crise majeure. Si le nombre de personnes déplacées n’a jamais été aussi élevé – 38 millions à travers le monde1 -, c’est en Irak qu’il a le plus augmenté au cours de l’année dernière. Depuis l’apparition de Daesh, le berceau du « croissant fertile », déjà ravagé par douze ans de guerre, est en effet devenu le théâtre de crimes atroces, poussant femmes, enfants et famille à fuir leur domicile et leur région.

Début 2014, 300 000 personnes avaient ainsi été contraintes de migrer dans leur propre pays. Un an et demi plus tard ? « On recense environ 3 millions de déplacés internes à cause de la terreur semée par Daesh », répond Fahad Al, membre de l’organisation humanitaire canadienne CAOFISR (Canadian Aid Organization for Iraqi Society Rehab). Une situation critique à laquelle il revient théoriquement aux autorités irakiennes d’apporter des réponses.

Construire des logements sûrs et fournir de l’eau potable

Carte des déplacés en Ira, UNHCR, 2015.

Carte des déplacés en Irak, UNHCR, 2015.

« Contrairement aux réfugiés, les déplacés internes n’ont pas traversé de frontière internationale pour chercher asile dans un autre pays (…) Même s’ils ont fui pour des raisons similaires à celles des réfugiés, ils demeurent légalement sous la protection de leur propre gouvernement », détaille l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Mais sur le terrain, les pouvoirs publics sont-ils vraiment en mesure de pourvoir aux besoins des populations déracinées ? « En règle générale, le gouvernement les aide financièrement. Mais au cours des deux dernières années, la demande est telle que les ONG internationales ont dû jouer un rôle important pour satisfaire les besoins alimentaires et sanitaires des personnes déplacées », constate Fahad Al. D’où l’importance, vitale, de l’action humanitaire.

« Les aides viennent principalement des ONG, comme le CAOFISR, les Nations Unies ou encore le Conseil Européen », confirme Fahad Al, dontl’organisation travaille avec les réfugiés irakiens comme avec les déracinés de l’intérieur. Sur place, « nous aidons les déplacés à construire des logements sûrs, nous leurs fournissons de l’eau potable en implantant des systèmes de traitement des eaux, mais nous leur apportons aussi une assistance médicale en construisant ou mettant à neuf des centres médicaux », poursuit-il.

Recherche de fonds et corruption

Si elle collabore avec d’autres ONG, des universités canadiennes et irakiennes, avec les Nations Unies ou encore la BBC, la CAOSFIR peine toutefois à trouver les fonds nécessaires pour mener à bien ses missions. « Bien que nous bénéficions d’un soutien inébranlable de l’Union Européenne et des Nations Unies – et je leur en suis reconnaissant – il est difficile de trouver des personnes prêtes à financer les projets que nous proposons, et beaucoup sont avortés à cause du barrage financier », confie Fahad Al. Un manque d’argent auquel s’ajoute d’autres freins.

La vie quotidienne sur le camp de Basra, en Irak - (c) Fahad Al

La vie quotidienne sur le camp de Basra, en Irak – (c) Fahad Al

« Pour être tout à fait honnête, l’Irak a besoin d’éradiquer toute forme de corruption au sein du pays et d’offrir une meilleure éducation aux Irakiens pour aspirer à un futur meilleur », poursuit Fahad Al. Selon lui, l’Irak aura besoin d’au moins dix ans « pour espérer un retour à une situation normale. « J’ai la ferme conviction qu’un pays ne peut se stabiliser avec l’aide des autres pays, si en aval aucune décision n’est prise pour corriger les erreurs à travers sa population et son gouvernement », affirme Fahad Al.

Une jeunesse sacrifiée

En attendant, écoles et universités continuent de fermer leurs portes, quand des centaines de milliers d’enfants et d’adolescents voient leur jeunesse sacrifiée. Et, avec elle, sans doute une part de leur avenir. « Nous devons aider les enfants à bénéficier d’une bonne éducation pour qu’ils puissent aider leur pays dans le futur, martèle Fahad Al. Les enfants irakiens sont ambitieux. Malheureusement, ils sont tenus à l’écart de tout ce que la vie a de positif à leur offrir. Nous devons les protéger et les aider à avoir la vie que tout enfant devrait avoir ».

Sur le camp de Basra, en Irak - (c) Fahad Al

Sur le camp de Basra, en Irak – (c) Fahad Al

Aujourd’hui, pourtant, le spectre de la guerre, l’utilisation d’armes chimiques par les assaillants, l’insalubrité, et le manque de soins compromettent non seulement l’avenir des enfants, mais porte aussi atteinte à leur intégrité physique. « J’encourage chacun à s’intéresser à la situation en Irak. Notre devoir est d’aider ce pays à se sentir à nouveau vivant », invite Fahad Al. Et, peut-être, permettre aux déplacés de l’intérieur d’entrevoir l’espoir d’un meilleur avenir.

Notes :
1 Internal Displacement Monitoring Centre, 2015.

 

Fatma-Pia Hotait
Fatma-Pia est diplômée l'ESJ-Paris. Benjamine de l'équipe, elle est bien décidée à faire évoluer les choses. Aujourd'hui, elle jongle entre ses études de master franco-allemand et sa passion : être la voix de ceux qui n'en ont pas.

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