« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Popovic ou l’art de la révolution populaire

Fondateur du mouvement populaire serbe Otpor ! – qui participa activement à la chute de Milosevic en 2000 – Srdja Popovic est un expert de l’activisme politique. Chantre de la non-violence, il vient de publier « Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes ». Plus qu’un manuel pratique de la révolution, l’ouvrage se veut aussi un outil inspirant à destination de tous les « révolutionnaires ordinaires ».

Depuis la création de Otpor! [Résistance, ndlr] en 1998 à Belgrade et la chute du dictateur serbe Slobodan Milosevic deux ans plus tard , Srdja Popovic est devenu une sorte de consultant international en révolutions. Considéré comme « l’architecte secret » du printemps arabe, celui qui fût de toutes les révolutions fleuries s’est engagé dans plus de cinquante pays à travers le monde, auprès des activistes les plus connus et recherchés.

Aujourd’hui directeur de l’ONG Center for Applied Nonviolent Action and Strategies (Canvas), il reçoit régulièrement étudiants et citoyens qui viennent à lui dans l’espoir de trouver la formule universelle au renversement des dictatures qu’ils subissent. C’est cette expérience aux côtés des agitateurs du monde entier qu’il analyse et partage dans son livre paru en septembre, « Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes ».

 

Pour un activisme politique joyeux et non violent

« Comment rendre amusante une chose aussi pénible que la vie sous la botte d’un dictateur ? ». Telle est la question que s’est d’abord posée Otpor !, à la fin des années 90. Initié par une bande d’étudiants serbes, ce mouvement a joué un rôle majeur dans la chute de Milosevic, en parvenant à fédérer la population autour du principe d’activisme non violent.

Armés d’une bonne dose d’humour et d’une vision à long terme de ce que devait être la Serbie, Srdja Popovic et ses amis ont ainsi distillé dans la société serbe une multitude d’actions. Des manifestations non violentes et légales, qui ont permis peu à peu aux individus de passer à l’action et de se regrouper, sans risquer d’être trop malmenés par la police du régime.

Du désormais célèbre logo représentant un point levé que tout un chacun pouvait coller sur les murs de la ville, aux dindes couronnées de roses blanches – symboles de l’épouse détestée du dictateur – qu’ils lâchèrent dans les rues de Kragujevac un jour de manifestation, les militants du groupe Otpor ! ont fait de la pensée créative leur fer de lance et ont créé le terreau idéal au soulèvement populaire dans leur pays.

À l’instar des Yes men ou du mouvement Beautiful Trouble, le mouvement serbe est devenu l’un des symboles de l’activisme pacifiste et efficace. Inspiré par L’art de la guerre de Sun Tzu tout autant que par les écrits de Gene Sharp, « père de la théorie de la lutte non violente », Otpor ! est même devenu un véritable cas d’école pour les jeunesses opprimées.

Srdja Popovic - Conference Tex 2011 © Bartolomeo Koczenasz

Srdja Popovic – Conference Tex 2011 © Bartolomeo Koczenasz / Flickr

À chaque dictateur sa révolte

Lorsqu’en 2009, quelques étudiants égyptiens viennent prendre conseils auprès de Popovic, tous veulent comprendre comment faire tomber le président Moubarak. Mais très vite, comme à chaque rencontre avec des activistes étrangers, le doute s’installe. Car Les actions d’Otpor ! paraissent fondamentalement inadaptées à la société égyptienne. « Ça ne peut pas se passer chez nous » est la réaction la plus courante de nos étudiants », raconte Popovic, qui cite notamment les activistes de Géorgie – qu’il rencontre en 2003, juste avant la révolution Rose -, ou les militants libanais de la révolution du Cèdre, en 2005.

Comment calquer une révolution populaire spécifique à une société définie ? Y-a-t-il une recette universelle ? Si la dictature a plusieurs visages, elle s’appuie souvent, comme le rappelle Popovic, sur les mêmes principes : la peur, la répression et l’argent. Comment sont financés les régimes dictatoriaux ? Quelle est la chose à laquelle tiennent le plus les citoyens et pour laquelle ils se battront ?

Face à ces problématiques, Otpor ! et son leader proposent une réflexion stratégique qui permet d’identifier les piliers propres à chaque dictature. Prenant exemple sur les révolutions passées, comme celle du Chili de Pinochet, Popovic fait ici le bilan des techniques éprouvées, d’Israël à la Syrie, et explique pourquoi cela échoue parfois, comme en Chine ou en Ukraine.

Une analyse qui vaut aussi pour les mouvements citoyens. Au fil de pages, Popovic s’interroge ainsi sur les échecs stratégiques du mouvement Occupy, qui n’a pas réussi à fédérer, ou sur les particularités des manifestants du Brésil « Les premiers mouvements de masse lancés uniquement par des membres de la classe moyenne », note-t-il à ce propos.

Manifestante égyptienne brandissant le logo Otpor! en 2013

Manifestante égyptienne brandissant le logo Otpor! en 2013 © AP

 

Que ferons-nous de notre liberté ?

Rappelant que les grands noms de l’histoire sont avant tout des gens ordinaires – « Ils n’ont rien fait que nous ne puissions faire », dit-il en citant Rosa Parks, Harvey Milk ou encore Ghandi – Popovic insiste cependant sur un point : la survie d’un mouvement est intrinsèquement liée au courage d’agir et à la volonté d’engagement du plus grand nombre.

Adepte du « « Voyez grand, mais commencez petit », l’expert envisage d’ailleurs la révolution populaire comme la première étape d’un engagement plus pérenne, qui doit s’inscrire sur le long terme. « Finissez ce que vous avez commencé », répète-il à ces étudiants venus de l’autre bout du monde. Car si le soulèvement libère les peuples, que feront-ils de la liberté retrouvée ? Anticiper, préparer l’après, là est tout l’enjeu. L’échec cuisant des révolutions arabes est, précise-t-il, le triste exemple de visions à trop court terme qui n’ont pas su rassembler.

Science inexacte, la révolution populaire doit nécessairement se baser sur un projet de société qui fédère la population. Bâtir lentement et délibérément, avoir un projet commun où chacun œuvre dans l’unité : voilà le secret d’une révolution réussie, assure Popovic. Car plus encore que le renversement d’un dictateur, réunir et mettre d’accord des individus que parfois tout oppose – comme les Syriens qui l’ont récemment rencontré- reste sans doute la tâche la plus délicate dans l’art de la révolte.

 

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans arme, Srdja Popovic. Traduit de l’anglais par Françoise Bouillot. Editions Payot Rivages. 288 p. 15 €

 

 

Alice Dubois
Journaliste et chroniqueuse, avec prédisposition naturelle pour les sujets de société, la biosphère et les culture(s). Après une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse écrite ? Depuis sa première machine à écrire, en 1984.

1 commentaire

  1. LUX Fiat

    6 janvier 2016 à 15 h 16 min

    Popovic a surtout bénéficié des fonds de SOROS, du NED et de l’IRI, plusieurs millions de dollars passés en contrebande en Serbie…tout le baratin de ce monsieur reste un vaste nuage de fumée pour les ignares et les bobos.
    Popovic est un mercenaire de la CIA, voilà ce que son « livre » est un plagiat édulcoré des oeuvres de son Maître de la CIA…

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