« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Attentats : face à l’horreur, la solidarité

Image prise samedi 14 novembre à Lille - (c) Pierre Gautheron

Image prise samedi 14 novembre à Lille - (c) Pierre Gautheron

Il y a d’abord eu le choc. Les cris, les larmes. La douleur et la mort. Ce vendredi 13 novembre, la noirceur s’est abattue sur Paris. Comme elle s’est abattue la veille à Beyrouth, le mois précédent à Ankara, ou depuis des années en Syrie et en Irak.

La noirceur donc, celle qui nous plonge dans le brouillard, attise nos désirs de vengeance et rend tenace la haine. Celle-là même que les assaillants et leurs complices espèrent installer durablement dans notre société fragilisée. Elle est là, palpable. Elle s’exprime au détour d’un regard ou d’une publication Facebook. Donne des ailes aux groupuscules d’extrême-droite. Nourrit la surenchère politicienne. Elle est là. Mais elle n’a pas tout recouvert.

Face à l’horreur, la nuit de vendredi a aussi vu naître – et grandir – une solidarité insoupçonnée. Une lueur fragile, mais vivace. Alors que les tirs résonnaient dans les rues de la capitale, des Parisiens ont spontanément ouvert leur porte et invité des gens à se réfugier chez eux à l’aide du hashtag #PorteOuverte. Retweeté 1,1 million de fois, ce mot d’ordre 2.0 aura sans doute sauvé des vies. Et aidé bien des gens à garder un peu de foi en l’humanité.

N’en déplaise aux pourvoyeurs de haine, c’est justement à cette humanité que beaucoup se sont désespérément raccrochés au lendemain du drame. Ils veulent voir exploser la violence ? Qu’ils ne se réjouissent pas trop vite : malgré les divisions, les suspicions ou les incompréhensions, tout le monde n’a pas renoncé à la fraternité.

Tandis que des rassemblements populaires ont eu lieu tout le week-end aux quatre coins de la France, les jeunes membres des Étudiants Musulmans de France (EMF) ont ainsi publié dimanche soir une vidéo poignante, « Nous sommes Unis ». Et si nos concitoyens les plus lâches n’ont pas attendu pour attaquer plusieurs mosquées, d’autres ont réaffirmé leur solidarité avec leurs homologues musulmans. Comme à Brest, où les responsables de la mosquée ont découvert dimanche matin une guirlande de cœurs portant les messages « pas d’amalgame » ou « partage ton cœur ». Que les architectes du chaos se le disent : oui, nous sommes unis, par delà les religions et les frontières.

 

Il n’aura pas fallu longtemps, d’ailleurs, pour que le monde entier témoigne sa solidarité avec la France. En lumière, les villes de New-York, Londres, Rio de Janeiro ou Shangaï ont immédiatement montré leur soutien. En musique, des citoyens du monde ont chanté la Marseillaise de Montréal jusqu’à Dublin. En mots, des réfugiés syriens ont dit leur compassion face à une situation qu’ils ne connaissent que trop bien.

De Paris à Tunis en passant par New-York ou Bagdad, nous sommes tous concernés. « Nous sommes Paris ». Mais nous sommes aussi Beyrouth, Ankara, Tunis… Crions-le haut et fort, chaque fois que nécessaire. Ce que nous vivons aujourd’hui, certains l’ont déjà vécu hier, et d’autres le vivront encore demain. Cette noirceur n’a ni limites ni frontières. Notre solidarité non plus.

Aurélia Blanc
Aurélia Blanc, journaliste indépendante. Passée par Respect Mag ou le Bondy Blog, je traîne mes guêtres sur le web, dans la presse magazine ou dans l'édition.

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