Marche pour le climat : un journaliste raconte la violence des forces de l’ordre

(c) Pierre Gautheron

Dimanche 29 novembre, notre photojournaliste Pierre Gautheron s’est rendu place de la République, à Paris, où des centaines de manifestants se sont rassemblés pour le climat. Alors que des échauffourées ont éclaté, il revient sur l’action des forces de l’ordre.

Ce dimanche 29 novembre, je me rends Place de la République pour couvrir la manifestation en marge de la COP21. Malgré l’annulation de la Marche pour le Climat, interdite au nom de l’état d’urgence, des milliers de personnes ont décidé de venir manifester pour la défense de l’environnement.

J’arrive sur place à 11 heures. L’ambiance est bon enfant, des personnes viennent déposer des chaussures suite à l’interdiction de la manifestation par la préfecture. Les journalistes sont très nombreux. Je pars vers la station Oberkampf, où des manifestants forment une chaîne humaine, pour faire quelques photos.

« Une violence inouïe »

Puis vers 15h, la tension monte dans une rue proche de la Place de la République, alors que des personnes tentent de manifester sur le parcours prévu initialement. Très vite, des grenades lacrymogènes sont utilisées. Les manifestants les plus virulent répondent par des lancés de projectiles, dont certains issus du mémorial en hommage aux attentats du 13 novembre. Les affrontements commencent. Plusieurs photographes sont directement visées par les lacrymogènes, tirées à seulement quelques mètres d’eux. Nous les soignons durant plusieurs minutes. Certains ne sont plus en capacité de travailler.

Place de la République, nous assistons à une violence inouïe de la part des forces de l’ordre. Les lacrymogènes pleuvent et pénètrent mon masque à gaz. Plusieurs grenades de désencerclement sont utilisées, toutes lancées en lobe, une méthode formellement proscrite. Devant moi, un journaliste est touché à la tête par l’une d’elles. Par chance, les projectiles sont partis dans le sens opposé. Quelques minutes plus tard, c’est à mon tour d’être touché à la jambe. Le choc est violent mais je peux continuer à travailler sans trop de difficulté. Un autre photographe sera touché peu après, et ne pourra continuer son reportage.

Pierre Gautheron a été touché à la jambe - (c) Justin Raymond

Pierre Gautheron a été touché à la jambe – (c) Justin Raymond

Quand l’étau se resserre

Vers 16h30, les forces de l’ordre encerclent la place de la République et l’étau se ressert autour de nous. Les manifestants qui tentent de s’interposer sont violemment matraqués. De nombreux manifestants non-violents sont également interpellés.

Dans l’incapacité de sortir, un journaliste appelle nerveusement sa rédaction et tente, ordinateur portable à la main, d’envoyer ses images. Nous sommes acculés vers le fond de la Place. Dans la nasse, plusieurs journalistes, dont un média espagnol et une équipe d’I-Télé. Nous n’avons pas le droit de sortir. Nous patientons trois heures durant, alors que les forces de l’ordre entrent dans le cercle à la recherche de plusieurs personnes remarquées auparavant. Ils les interpellent et les extraient du cercle.

Vers 19h, mes collègues et moi comprenons que les CRS vont emmener tout le monde en garde à vue. Nous avons peur pour nos images. Nous tentons une dernière fois de sortir en nous adressant à un policier.  Réponse : « Soit vous avez une carte de presse, soit vous ne sortez pas ». La condition habituelle. Après de longues minutes à discourir sur le fonctionnement de la presse en France, la lettre d’accréditation de ma rédaction et ma carte professionnelle d’artisan-photographe suffisent à le convaincre. Nous sortons enfin du cercle. À l’intérieur, plusieurs médias sont encore coincés. Ils passeront la nuit en garde à vue.

Pierre Gautheron
Photojournaliste indépendant, Pierre Gautheron suit de près les enjeux et les spécificités des champs et terrains sociaux. Préférant les sujets au long cours, il travaille en immersion pour être un témoin de son temps. Par l’image et l’écrit, il tente de raconter les histoires de notre société.

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