« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Ces regards de la jungle

« La jungle, c’est pour les animaux. Et ça, c’est notre vie. » Dihal, réfugié afghan de 19 ans. A Calais, ils sont désormais plus de 3 000 réfugiés à s’entasser dans la jungle. Sous les barbes hirsutes et les manteaux sales se cachent d’anciens ingénieurs, des étudiants en art, des professeurs…

Octobre 2015. Ce qui marque en arrivant au coeur de la jungle de Calais, c’est la dignité de ces hommes et de ces femmes que nous croisons, dont le regard laisse imaginer le passé. Qu’ils soient Soudanais, Irakiens, Syriens ou Érythréens, tous ont été contraints de fuir leur pays pour arriver ici.

De simples bâches superposées constituent leurs nouvelles maisons, installées à quelques centaines de mètres de la Nationale où défilent jour et nuit les poids lourds. Avec quelques poutres et l’aide de bénévoles, une église a vu le jour, à deux pas de la librairie où des cours de français, d’anglais et d’arabe sont proposés par des bénévoles.

Le soleil d’octobre masque la réalité à laquelle sont confrontés les réfugiés. Il suffit d’une averse pour transformer la jungle en un immense champ de boue. Faire sécher du linge, se laver ou même se déplacer devient vite impossible. Avec du bois coupé dans la forêt ou récolté grâce aux dons, certains essayent de bâtir tant bien que mal des abris étanches et isolés. Pour les autres, des tentes à même le sol sont les seuls abris en cas d’orage.

L’Angleterre, dont le taux de chômage est moins bas qu’en France et où la carte d’identité n’existe pas, représente pour ces réfugiés un Eldorado synonyme de travail.

 

Autour du feu, Uzar plaque quelques acccords et fredonne des airs en kurde. Ancien chauffeur de taxi en Irak, il a du quitter sa ville de Souleimaniye lorsque l'Etat Islamique est arrivé aux portes de la cité. Il retentera demain soir de traverser la manche dans l'espoir de retrouver un travail.
Avant de fuir l'Ethiopie, Jafar était mécanicien. Aujourd'hui, il répare pour 1 euro les vélos des autres réfugiés et règle ici le frein de la roue d'un de ses amis, qu'il ne fera pas payer.
Ismaël, un soudanais de 23 ans originaire du désert du Darfour, lors de sa toilette matinale. Avec la boue, les déchets et la surpopulation, rester propre est un véritable défi pour ces réfugiés.
Arrivé du Darfour, Bajar s'occupe chaque jour d'aller couper du bois dans la forêt à l'est de la jungle. Une tâche essentielle, tant le bois est indispensable : il permet de se chauffer, de faire à manger et de construire des abris.
Pour certains, la journée commence à 9 heures, avec la messe donnée par le prêtre dans l'église du camp. Construite il y a 6 mois, elle permet à chacun de venir prier quand il le souhaite, jusqu'au coucher du soleil.
Farmar à commencé à jouer de la flûte dès ses 14 ans. Agé aujourd'hui de 27 ans, cet ancien professeur de langue kurde a dû laisser son instrument dans sa maison lorsque l'Etat Islamique a envahi les rues de Souleimaniye. Depuis, il a récupéré une flûte pour enfant, avec laquelle il tente de continuer à jouer.
Parfois, des bénévoles viennent tenir compagnie aux réfugiés. Un thé à la menthe et quelques accords font rapidement tomber la barrière de la langue.
Originaire du Soudan, Isam est arrivé dans la jungle il y a quelques mois. Dix fois par jour, il effectue l'aller retour pour remplir le bidon d'eau de son camp.
Dans son miroir brisé, Isam tente tant bien que mal de prendre soin de lui, à l'aide d'un rasoir jetable récupéré grâce aux dons.
Comme chaque jour, ils seront ce soir des centaines de réfugiés de tous âges à tenter leur chance pour rejoindre l'autre côté de la manche. L'Angleterre, dont le taux de chomage est moins bas qu'en France et où la carte d'identité n'existe pas, représente pour eux un eldorado synonyme de travail.
Réfugié afghan arrivé il y a 2 jours d'Italie, Omar n'a qu'un seul rêve : gagner l'Angleterre dès ce soir. En attendant, il déjeune avec ses amis irakiens dans l'un des abris du camp.
Depuis 2 mois, une librairie a ouvert ses portes au sein de la jungle. Gérée par des bénévoles, elle permet aux réfugiés de suivre des cours de francais, d'anglais et d'arabe.
Khogali et ses amis ont fui les massacres et les exactions commises par les bandes armées dans le sud du Darfour, au Soudan. En pleine partie de "Quatorze" dans le camp soudanais, Khogali s'occupe des scores.
Omar a grandi à Geneina, une province au sud ouest du Soudan, située dans la région du Darfour. Il a fui les raids aériens gouvernementaux et les attaques des Janjawid, ces miliciens accusés de viols et de massacres sur les populations chrétiennes et animistes.
Bonnet sur la tête et pelle dans la main, Kan tente de se construire une épicerie avec l'aide de son ami Saïd. Arrivé d'Afghanisan où il travaillait comme marchand, il ne compte plus tenter de passer en Angleterre. Kan essaye désormais de faire comme certains réfugiés : monter son "magasin" et proposer des boissons, aliments et des fruits achetés au gros à Liddle.
Ancien chauffeur de bus à Souleimaniye, "Gery" a du quitter sa ville et son pays à 23 ans.

 

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Lucas Barioulet
Photojournaliste indépendant, Lucas Barioulet est fondateur du site web Line Up Magazine et étudiant à l’Ecole Publique de Journalisme de Tours. Il a entre autres travaillé pour le journal Sud Ouest et Radio Campus Angers.

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