« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »

Hannah Arendt (1906 - 1975)

Europe Écologie Les-Verts : «le chantier est vaste mais passionnant»

Affiche rassemblement EÉLV - Marche mondiale pour le climat 2015 © EÉLV / Facebook

« Je ne reprends pas ma carte et je ne la reprendrai pas »C’est ce qu’affirmait le 1er février le député européen et président du parti d’Europe Écologie Les-Verts (EELV), Pascal Durand. Il s’ajoute ainsi à une longue liste de déserteurs, aux côtés de Jean-Paul Besset, cofondateur d’EELV. Le 25 février prochain, Nouvelle Ère, le nouveau parti de Barbara Pompili – qui a quitté EELV en septembre – verra le jour. Départs incessants, critiques, et faibles résultats : est-ce la fin d’Europe Écologie Les-Verts ? The Dissident a rencontré Julien Bayou, porte-parole d’EELV et conseiller régional d’Île-de-France.

 

Julien Bayou est porte-parole national d'EÉLV, co-fondateur de Génération-Précaire, Jeudi-Noir, et Sauvons les riches, et conseiller régional Île de France / Source : Julien Bayou - Twitter

Julien Bayou est porte-parole national d’Europe Écologie L-V, co-fondateur de Génération-Précaire, Jeudi-Noir, et Sauvons les riches, et conseiller régional Île de France / © : Julien Bayou – Twitter

The Dissident : Aujourd’hui, quelle est la place d’EÉLV dans la sphère politique ?

Julien Bayou : Je dirais qu’EÉLV est à la croisée des chemins. Comme beaucoup, nous avons pensé pouvoir tirer quelque chose du mandat de François Hollande. Constatant amèrement qu’il n’en était rien, nous sommes sortis plus tôt que d’autres du gouvernement. Et ce, par conviction. Le récent refus de Nicolas Hulot de rentrer dans ce gouvernement confirme que nous avons eu raison d’en sortir. Maintenant, il s’agit de tracer la ligne sur dix ans pour faire d’EÉLV – ou du mouvement qui le dépassera – l’outil pour rendre l’écologie majoritaire dans les esprits. Mais aussi dans les comportements, et dans les urnes.

Comment procéder à ce renouvellement en tenant compte de l’échiquier politique actuel ?

Le chantier est vaste mais passionnant car aujourd’hui EÉLV est au carrefour des possibles: entre les déçus de la politique désespérante d’aujourd’hui, et ceux qui pensent, inventent, défrichent et font demain. Ce chantier est absolument nécessaire face au FN qui se complait dans le déclin et le repli nationaliste. Nous devons inventer cette force qui mobilise sur un projet positif, rassembleur et prometteur.

Au niveau européen, quels sont les enjeux ?

C’est au niveau européen que l’on pourra mettre en place les grands travaux écologiques. Les rénovation thermiques ou les infrastructures des transports collectifs, par exemple. Ce sont ces travaux qui permettront de sortir de l’ornière, et accélérer la transition écologique du continent. C’est aussi au niveau européen que l’on peut mettre en place les régulations les plus efficaces pour garantir notre bien vivre. Inversement, c’est encore au niveau européen que les menaces pour notre environnement, notre qualité de vie et notre bien-être sont les plus pressantes.

À quoi pensez-vous?

En particulier au danger du traité transatlantique (Tafta) qui – sous couvert de libéraliser le commerce – abaisse les normes sociales, les droits des travailleurs, et fragilise nos démocraties en les plaçant sous la gouverne des multinationales. Dans le même temps, il nous faut également réinventer et re-démocratiser l’Union Européenne, car on voit bien que le projet européen se meurt sous les coups du libéralisme et le poids des lobbies, qui empêchent tout progrès social ou écologique.

 

Un tract d'EÉLV contre le traité transatlantique / Source: eelv.fr

Un tract d’Europe Écologie L-V contre le traité transatlantique / Source: eelv.fr

 

Un mot sur la démission de Jean-Paul Besset et son accusation de « marginalisation groupusculaire » d’EÉLV ?

J’entends sa frustration mais j’ai envie de dire aux déçus: « Venez faire avec nous ». Je ne cherche pas de responsables. Nous devons ouvrir un nouveau cycle d’ouverture et de décloisonnement. Les écologistes des deux rives, politique et associations, doivent se reparler et agir chacun à sa place, mais de concert.

Comment pensez-vous qu’EÉLV puisse attirer un électorat jeune, souvent abstentionniste ?

Une grande partie de la jeunesse s’abstient, et comment la blâmer ? Quand sont au pouvoir des personnes qui sont là depuis le siècle dernier. Si encore ils avaient un bilan, ou une vision… Je ne parle pas d’âge mais d’ancienneté en politique. J’ai en mémoire la réaction de mes amis du collectif Génération-Précaire. Ils proposaient des amendements sur la question des stages en entreprise à un sénateur. Il leur a répondu « vous n’y connaissez rien à l’entreprise ». Il a le droit de le penser, mais cela vaut pour lui aussi: il n’a pas quitté le Sénat depuis 1989… soit la date de naissance de ses interlocuteurs ! La jeunesse, comme le reste de l’électorat, votera quand elle pourra répondre à cette question: c‘était quand, la dernière fois que vous avez voté le sourire, avec le sentiment d’y croire?

 

Malgré les difficultés du parti, Julien Bayou se dit fier d’avoir pu rassembler la Ligue des Droits de l’Homme, le Syndicat de la magistrature et SOS racisme lors du dernier conseil fédéral d’EELV qui s’est centré sur la question de la déchéance de nationalité.  « Cette révision constitutionnelle nous engage pour des décennies. Il faut donc empêcher à tout prix d’y inscrire des principes dangereux pour notre démocratie. »

Fatma-Pia Hotait
Fatma-Pia est diplômée l'ESJ-Paris. Benjamine de l'équipe, elle est bien décidée à faire évoluer les choses. Aujourd'hui, elle jongle entre ses études de master franco-allemand et sa passion : être la voix de ceux qui n'en ont pas.

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