A Notre-Dame-des-Landes, la lutte se nationalise

De gauche à droite : Daniel Ibanez de No-TAV (TGV Lyon-Turin), Stéphane Peron (contre le Center Parcs de Roybon), Françoise Verchère (co-présidente CEDPA, contre l'aéroport de Notre Dame des Landes). Photo B.D.

De gauche à droite : Daniel Ibanez de No-TAV (TGV Lyon-Turin), Stéphane Peron (contre le Center Parcs de Roybon), Françoise Verchère (co-présidente CEDPA, contre l'aéroport de Notre Dame des Landes). Photo B.D.

Les 11 et 12 juillet dernier, les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes organisaient leur 15ème rassemblement annuel. L’occasion pour le public de prendre connaissance des actualités de nombreuses autres luttes ayant lieu notamment à Roybon, Bure, Sivens, etc. Fer de lance de la protestation citoyenne face aux « grands projets inutiles et imposés », Notre-Dame incarne aujourd’hui un combat citoyen national contre un certain ordre économique et moral.

Ce week-end, au lieu-dit La Gare, entre La Paquelais et Notre-Dame-des-Landes, il a fait chaud. Le Soleil, dont les rayons inondaient le bocage sans qu’un nuage n’ose s’interposer, a joué un rôle, certes. Mais la chaleur régnait aussi -et surtout- sous les chapiteaux dressés par les opposants à l’aéroport, pour la quinzième fois consécutive. Inaugurés par un vibrant hommage à la mémoire de Rémi Fraisse, ce jeune manifestant tué à Sivens par une grenade offensive lors d’un assaut de la police, les forums-débats qui ont rythmé les 48 heures ont réuni pas moins de 15 000 participants, selon l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport, organisatrice du rassemblement).

L'hommage rendu à la mémoire de Rémi Fraisse, lors de l'ouverture du rassemblement. Photo B.D.

L’hommage rendu à la mémoire de Rémi Fraisse, lors de l’ouverture du rassemblement. Photo Baptiste Duclos

L’ambiance était familiale, mais tout de même subversive. Nombreux furent en effet les sujets de révolte : lutte contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaire de Bure, contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la ligne grande vitesse Lyon-Turin, le Center Parcs de Roybon, mais aussi contre le plan d’austérité en Grèce aux côtés de Vangelis Goulas, coordinateur de Syriza France. A tous ces combats se sont ajoutées plusieurs réflexions, en vue de la COP 21, sur les enjeux climatiques internationaux, la transition énergétique ou les moyens de transport.

Alors que les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes recevront le verdict de la justice concernant leurs nombreux recours dès demain, c’est à un autre tribunal qu’ils ont souhaité la bienvenue samedi : celui, permanent, des peuples. Son secrétaire général, Gianni Tognoni, a fait le déplacement depuis Turin pour débuter une enquête afin d’établir d’éventuels manquements démocratiques de la France vis à vis de ses propres citoyens. L’occasion pour l’Acipa et les autres associations en lutte d’offrir à leur combat une dimension internationale.

Les Bure Haleurs, artistes musiciens. Photo B.D.

Les Bure Haleurs, artistes musiciens. Photo Baptiste Duclos

Incontournable en ces temps de crise, le politique était bien entendu présent lors du rassemblement. Outre les divers stands de gauche alignés un peu à l’écart des chapiteaux, le meeting politique de dimanche, animé par Hervé Kempf (Reporterre) fut l’occasion pour Martine Billard (Parti de gauche), Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) et Christine Poupin (Nouveau Parti Anticapitaliste) de réaffirmer leur attachement à la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Lande, aux côtés de citoyens engagés, à l’image de Jean-Christophe Robert, de Filière Paysanne dans le Lot-et-Garonne, dont la ZAD a notamment fait alliance avec la FDSEA, ou Daniel Durand, agriculteur en lutte à la ferme de Bellevue, sur la ZAD de Notre-Dame.

Ce fut finalement l’occasion pour les participants de prendre connaissance d’un véritable réseau de résistance, dont Notre Dame-des-Landes n’est que l’élément le plus connu. Sous ces grands barnums, c’était une lutte nationale qui émergeait pour protester non plus face à des infrastructures « inutiles et imposées », mais contre le mépris des élites politiques et économiques à l’égard de l’environnement et de l’être humain.

Baptiste Duclos
Baptiste Duclos, journaliste et rédacteur en chef de The Dissident.