Alerte : changement climatique critique

Directeur d'Avaaz, Ricken Patel remettant au Secretaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon la pétition signée par 2 millions de personnes pour 100 % d'énergies vertes. (crédit photo Agence Avaaz)

Directeur d'Avaaz, Ricken Patel remettant au Secretaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon la pétition signée par 2 millions de personnes pour 100 % d'énergies vertes. (crédit photo Agence Avaaz)

Les sirènes du changement climatique se sont longtemps fait entendre, sans qu’elles ne nous alertent plus que ça. Mais pendant encore combien de temps pouvons nous faire les sourdes oreilles ? C’est la question posée par l’acteur Léonardo Di Caprio, nouvel ambassadeur de l’ONU, dans son intervention à l’ouverture du sommet pour le climat à New-York. Une question qui reste toujours en suspend.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire

« Nous l’avons fait! » annonce fièrement Ricken Patel, fondateur de l’agence Avaaz. Les 20 et 21 septembre, 675 000 personnes, réunies dans diverses villes du monde entier, sont descendues dans la rue pour lutter contre le changement climatique. Un défi lancé aux 120 hommes et femmes d’États rassemblés pour leur part à New-York par Ban Ki-Moon au sommet de l’ONU sur le climat et sommés de voir leurs concitoyens bien décidés cette fois à les faire (ré)agir.

Un défi pas gagné d’avance pour ceux qui ont depuis longtemps l’impression de prêcher dans le désert. Le changement climatique étant devenu une expression banale, dont on en oublierait presque le sens. C’est le climatologue de l’Université de Colombia, James Hansen qui, en 1988, exprime le premier ses craintes devant un Congrès Américain pas franchement affolé, d’un changement de climat imminent dû aux émissions de gaz à effet de serre très élevées, détectées cette année là. La nouvelle paraîtra en une du New-York Times sans pour autant que nos habitudes n’en soient affectées.

Vingt-six ans plus tard, nous avons atteint 387 particules de carbones par million dans l’atmosphère. Un taux dangereux si l’on en croit la communauté scientifique et qui devrait être stabilisé à 350 particules par million afin d’éviter une hausse des températures supérieure à 2 degrés Celsius. Sinon quoi ? Pour faire simple, explique le professeur Navaraj, climatologue et principal de l’Université Fatima de Madurai (Inde du Sud), « l’écosystème entier pourrait être affecté, nous risquons de connaître de nombreuses anémies, des pénuries de nourriture, un manque d’eau potable ». Prenons un exemple, les glaces de l’Arctique agissent comme un miroir qui reflète les rayons du soleil, régulant ainsi la température sur Terre : la fonte de ces glaces provoquera une hausse globale de celle-ci et impactera directement les bactéries présentes dans la nature et chez les êtres vivants.

Selon le climatologue, le problème ne provient pas seulement des grandes industries mais de notre rapport à l’environnement :

« Le message est passé, mais encore aujourd’hui en Inde, les gens jettent leurs déchets dehors, et les brûlent dans des décharges improvisées à ciel ouvert. Cela entraine des émanations d’hydro-carbone qui provoquent tuberculoses, maladies respiratoires, cancers, etc. Ces déchets sont parfois jetés dans des passages d’eau, cela pollue également les sources d’eau potable qui deviennent de plus en plus salées et impropres à la consommation. Le manque d’hygiène est également en cause. Le changement climatique vient quant à lui jeter de l’huile sur le feu de ces problèmes. »

Le scientifique conclut par cet exemple parlant :

« En Inde, et partout dans le monde, on nous répète encore et toujours que boire est dangereux pour la santé, si bien que chacun est conscient des risques qu’il prend. La consommation d’alcool a t-elle baissée pour autant ? Non, les industriels indiens s’attendent à un bénéfice multiplié par deux comparé à l’an dernier ! Si les gens ne sont pas capables de prendre soin de leur santé, comment peut-on espérer qu’ils prennent soin de leur environnement ? »

Décharge improvisée dans le sud de l'Inde. Crédit photo Hopeforraise-mag

Décharge improvisée dans le sud de l’Inde. Crédit photo Hopeforraise-mag

Réservoir d'eau vide dans un village de Madurai. Crédit photo Hopeforraise-mag

Réservoir d’eau vide dans un village de Madurai. Crédit photo Hopeforraise-mag

Plus que des mots, des actes

L’organisation 350, lancée par l’activiste Américain Bill Mc Kibben en référence au niveau maximum de carbone dans l’atmosphère espéré pour atténuer les conséquences du changement climatique, se veut être un médiateur entre le discours scientifique et les citoyens. « Nous nous rendons dans les universités, nous organisons des débats sur les énergies renouvelables », explique la coordinatrice du mouvement à Delhi, Ayesha Di Souza. « Les jeunes sont conscients de la menace du réchauffement climatique, mais ils pensent qu’ils ne peuvent agir qu’a un seul niveau en plantant des arbres, ou en nettoyant les jardins par exemple. Mais nous voudrions qu’ils prennent également part au débat public. »

Durant la marche du climat à Delhi, 2500 étudiants, activistes, agriculteurs et citoyens auront tenté de faire infléchir la politique du nouveau gouvernement de Narendra Modi. Le ministre de l’environnement, Prakash Javadekar a d’ores et déjà lancé un projet de super centrale thermique au charbon, une entreprise de 100 millions de dollars, auquel vient s’ajouter la décision d’amender la loi sur la protection des peuples tribaux et leur environnement, datant de 2006 mais jamais actée par le Parlement. L’amendement de cette loi, pourrait donner aux entreprises les pleins pouvoirs pour récupérer les terres sans que la population locale ne puisse faire quoi que ce soit. Un moratoire sur la protection de l’environnement devrait toutefois voir le jour. La cour suprême de justice a accordé trois mois au ministre de l’environnement et du climat pour préparer ce projet.

Marche du climat à Delhi. Crédit Photo Agence Avaaz

Marche du climat à Delhi. Crédit Photo Agence Avaaz

Pour de nombreux Etats en développement présents au Sommet pour le climat, les pays riches et développés ne peuvent pas oublier leurs responsabilités dans le changement climatique, et devraient agir concrètement.

Pour l’activiste de 350 India, Ayesha Di Souza, l’argument n’est pas nouveau : « Certains pays pensent qu’ils n’ont pas à agir, c’est aussi pourquoi l’Inde attend de voir ce que les États-Unis feront. Mais le changement du climat nous affecte tous. »

La Chine est aujourd’hui la plus grosse émettrice de carbone (28% des émissions mondiales) juste devant les États-Unis (14%), longtemps champions en la matière, et l’Europe (10%). Mais la rapide croissance de l’Inde fait craindre que ce pays n’atteigne rapidement le niveau chinois. C’est aussi cette compétition économique qui relègue la question du climat au troisième plan. Selon le ministre de l’environnement, les pays émergents sont moins préoccupés par la protection de l’environnement que par le développement socio-économique et l’éradication de la pauvreté.

En attendant le prochain Sommet sur le climat prévu à Lima, au Pérou, en décembre prochain, les citoyens pourront toujours s’interroger sur la nécessité de booster l’économie quand le changement de température auquel nous allons faire face menace d’accroitre les inégalités, de créer de plus en plus de réfugiés climatiques et donc de pauvreté.

Audrey Durgairajan
Apres deux années passées entre la France et l’Inde, j’ai co-lancé avec Durgairajan Gnanasekaran le média Hope For Raise Magazine. Hope For Raise est un magazine en ligne et papier dédié aux femmes, à l’environnement, bref à tous ceux qui font bouger les lignes en Inde. Nous organisons des formations pour les journalistes professionnels ou étudiants afin de venir renforcer l’équipe sur place et de rencontrer des professionnels locaux.

Hope for raise


Hope for raise Trust est une organisation non gouvernementale indienne basée dans le sud de l’Inde, à Madurai, et impliquée dans la sensibilisation des communautés villageoises en vue de les aider à mieux gérer leurs revenus, développer leurs compétences pour s’orienter vers une agriculture écologique et durable, et soutenir et protéger les droits des femmes. L’ONG prévoit également d’éditer un magazine en ligne, Hopeforraise-mag.com.


Pour soutenir leurs combats, vous pouvez vous rendre sur leur page Facebook ou bien les contacter à l’adresse mail suivante : editor@hopeforraise-mag.com.