Amazonie : Ferny ne sera pas un médecin western style !

FERNY B

C’est en pratiquant le rituel de la coca que Ferny,  25 ans, étudiant de culture Murui, a réalisé que la médecine moderne n’était pas la panacée, à côté des plantes d’Amazonie !

S’il est un endroit au monde où biodiversité naturelle rime avec biodiversité culturelle, c’est bien l’Amazonie ! De nombreuses personnes ou organisations luttent pour les droits des peuples autochtones. C’est le cas du frère Paul McAuley et de son association, la Red Ambiental Loretana, qui œuvre dans le Nord-Est du Pérou (voir notre encadré). Cette structure est basée à Iquitos, la ville la plus peuplée au monde sans accès routier, accessible uniquement par avion ou bateau. Ici, plus de 400 000 habitants vivent comme dans une « île urbaine » au milieu d’un océan de verdure, l’Amazonie… Ces habitants sont principalement issus des peuples indigènes, descendants des esclaves de la fièvre du caoutchouc (1880-1914), triste période responsable d’une déculturation massive et brutale. La Red Ambiental Loretana s’occupe de préservation de l’environnement et de biodiversité culturelle. Elle héberge sur un modeste terrain attenant à ses locaux quelques cinquante étudiants indigènes, ayant quitté leur communauté pour étudier à l’université.  Parmi ces jeunes, Ferny Medina Robledo, 25 ans, en troisième année de médecine.

Logé sur place par la Red Ambiental,  il assimile progressivement  le système éducatif moderne, tout en essayant de préserver sa culture traditionnelle, celle du peuple Murui.  Un véritable défi pour Ferny qui a laissé derrière lui sa communauté d’origine, située à 21 jours en bateau d’Iquitos, à la frontière de la Colombie ! Comme tous les étudiants indigènes, il s’est retrouvé en position de fragilité face aux tentations de la grande ville : société de consommation, rythme urbain, stress sonore, junk food…

Iquitos, Ici, plus de 400 000 habitants vivent comme dans une « île urbaine » au milieu d'un océan de verdure, l'Amazonie...  Iquitos, la plus grande ville au monde sans accès routier ! Photo We Love Future

Iquitos, Ici, plus de 400 000 habitants vivent comme dans une « île urbaine » au milieu d’un océan de verdure, l’Amazonie… Iquitos, la plus grande ville au monde sans accès routier ! Photo We Love Future

Ces jeunes issus des territoires reculés n’ont pas tous la chance de pouvoir se loger correctement. Aussi l’action de la Red Ambiental Loretana, qui leur offre un lieu de vie communautaire, représente une opportunité  d’intégration douce. Les indigènes résidents ont ainsi pu organiser sur place une foisonnante communauté interculturelle qui perpétue les traditions d’une dizaine de peuples aborigènes (sur les  soixante que compte l’Amazonie péruvienne). Constitués en association (baptisée Curuinsi, nom d’une fourmi locale), ils ont construit ensemble des logements sommaires et une imposante salle commune, la grande « maloca », en bambou, en bois et en branche de palmier.

Le peuple Murui en réunion autour de la coca et du tabac, dans la maloca de l'association Curuinsi (Iquitos, Pérou). Photo Association Curuinsi

Le peuple Murui en réunion autour de la coca et du tabac, dans la maloca de l’association Curuinsi (Iquitos, Pérou). Photo Association Curuinsi

Ici, régulièrement, on se retrouve, on organise des fêtes, on fait la démonstration de  rituels, avec la bénédiction de la Red Ambiental et de son président fondateur, le frère Paul McAuley, de confession catholique, plus connu sous le nom d’Hermano Paul.  Cet espace unique dédié à « l’apprentissage et la rencontre interculturelle » permet aux peuples indigènes de se comprendre et de se découvrir mutuellement. Un échange pas toujours aisé mais facilité par un objectif commun : maintenir leurs différentes traditions face à la mondialisation et autres maux apportés par l’homme civilisé…

Ferny Medina Robledo ne souhaite pas suivre la « voie classique » proposée par le « système ». Il gère au mieux la collision entre la vision occidentale  proposée à l’université (une médecine aux remèdes pharmaceutiques) et celle de ses ancêtres, qui propose l’usage de plantes médicinales locales, notamment le tabac et la feuille de la coca, autre autres !

Ces deux « plantes maîtresses », considérées comme des drogues dans les pays occidentaux, sont toujours au cœur des rituels ancestraux du peuple Murui et d’autres communautés indigènes. Bon nombre de touristes occidentaux viennent d’ailleurs à Iquitos, « capitale du tourisme chamanique », pour découvrir ces plantes et les consommer sous la surveillance d’un chaman, en vue d’une amélioration de leur état, physique ou spirituel.

Ferny explique à la caméra des reporters de We Love Future (voir la vidéo ci-dessous) comment ces plantes, notamment la feuille de coca, l’ont aidé à ne pas oublier d’où il vient…

Paradoxe pour ces jeunes : la lutte contre la perte de leur culture passe nécessairement par le système éducatif proposé par la culture dominante (hispanique et mondialisée) qui risque pourtant de les écraser… En accédant aux savoirs universitaires, en maîtrisant deux langues (celle du pays et leur dialecte), en devenant des indigènes « éduqués », ils espèrent revenir plus forts vers leur communauté pour participer pleinement à sa pérennité.

Image à la Une : Ferny Medina Robledo, 25 ans, étudiant en troisième année de médecine, pendant le rituel de la coca, avec son frère Ruben, président de l’association indigène Curuinsi. Photo We Love Future

Les indigènes résistent !

Toujours peuplée par de nombreuses communautés indigènes, installées dans des lieux inaccessibles par la route, l’Amazonie doit faire face à la déforestation mais aussi, fait moins connu, aux dégâts de l’exploitation pétrolière. Ces menaces ne portent pas seulement atteinte à la nature et aux animaux, mais aussi aux peuples autochtones, en voie d’extinction. Ces derniers doivent en outre composer avec la mondialisation qui progresse au Pérou et en Amérique du Sud. Cette évolution n’est pas sans heurt car les peuples indigènes se rebiffent… En 2010, un violent conflit entre  eux  et les autorités a éclaté à la suite d’autorisations accordées aux compagnies pétrolières, faisant une trentaine de morts, des indigènes et 24 policiers. La Red Ambiental Loretana, a pris une part active dans la défense des droits de ces peuples, ce qui a valu à son président, le frère Paul McAuley, missionnaire atypique et particulièrement engagé, une sérieuse menace d’expulsion. Mais grâce au soutien inconditionnel de la population locale, Hermano Paul et son association ont finalement pu continuer leurs activités à Iquitos.

Pryska Ducoeurjoly
« Après huit ans dans la presse quotidienne régionale, notamment au Journal Sud Ouest, je suis devenue pigiste, spécialisée en santé et environnement. Auteur de La Société toxique et présidente de l'association WE LOVE FUTURE.

4 Comments

  1. Pryska Ducoeurjoly

    Pryska Ducoeurjoly

    30 septembre 2013 à 23 h 01 min

    Le rituel de la coca trouve une justification inattendue : l’homme le plus vieux bolivien est un mâcheur de coca de 123 ans ! http://sco.lt/7CNiVd
    De quoi alimenter le moulin d’Evo Morales avec son programme de revalorisation de la feuille de coca : Coca SI, Cocaïna NO !

    • Nicolas

      4 octobre 2013 à 9 h 53 min

      Merci pour cet article très intéressant. J’ai moi même vécu quelques années dans le Nord Est du Pérou, mais dans la région de Tarapoto (Haute Amazonie). Dans votre article vous ne mentionnez pas l’ayahuasca, qui est pourtant la plante médicinale « maîtresse » pour les populations autochtones d’Amazonie, et utilisée dans la plupart des rites chamaniques. Quant à la coca, il s’agit effectivement d’une plante extraordinaire, aux multiples vertus.

  2. Pryska Ducoeurjoly

    Pryska Ducoeurjoly

    4 octobre 2013 à 23 h 02 min

    Ah l’ayahuasca. Cela mérite un sujet à part entière. merci à vous de le rappeler.

  3. Mr See

    17 octobre 2013 à 1 h 53 min

    Oui je suis bien d’accord avec vous !

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