Brésil : une révolution 2.0

Manifestation à Rio de Janeiro © Felipe Pilotto

Manifestation à Rio de Janeiro © Felipe Pilotto

En juin dernier, le Brésil a connu une vague de manifestations et de mobilisations. L’augmentation de 20 centimes du prix des tarifs dans les transports en commun a été l’élément déclencheur de la contestation au point de faire de cette somme le symbole de la révolte.

D’autres revendications se sont rapidement fait entendre notamment contre les sommes colossales investies dans la Coupe du monde de football. Ce qui rend si particulier ce mouvement qui a fait descendre plus d’un million de personnes dans la rue, c’est que pour la première fois, on assiste à un mouvement non plus organisé par les partis politiques, mais par les réseaux sociaux.

L’information a circulé via Facebook. L’association Passe Livre (« Laissez-passer »), qui lutte pour la gratuité des transports en commun, a appelé à manifester. 15 000 personnes se sont retrouvées à São Paulo, le reste du pays a suivi. Un seul moyen d’organisation, un seul moyen d’information : les réseaux sociaux. Ceux qui veulent se joindre aux manifestants n’ont pas d’autres solutions que de suivre les pages Facebook de Passe Livre ou des Anonymous brésiliens.

Lors des premières manifestations, la police a fait preuve d’une grande violence, attaquant la foule à coups de matraques, de tirs de balle en caoutchouc et de gaz lacrymogène. Si la presse brésilienne ne fait pas alors échos des échauffourées, les images circulent rapidement sur les réseaux sociaux. La photo d’un jeune tenant une pancarte avec la phrase « Quitte ton Facebook et descend dans la rue », publiée sur le réseau Instagram, résume bien l’esprit du mouvement et met en évidence le rôle des réseaux sociaux dans la volonté d’instaurer le débat et de relayer les abus commis par la police.

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Dans un pays où Facebook compte 54 millions d’utilisateurs, le site a nourri l’insatisfaction et les débats, et a relayé tout ce qu’il s’est passé autour des manifestations au Brésil : vidéos, photos, documents. Ainsi, les Anonymous dévoilent une liste des biens de la présidente Dilma Rousseff et d’autres personnages politiques. Une journaliste a publié sur YouTube une vidéo où elle raconte comment un policier lui a tiré sur le visage avec une balle en caoutchouc. Pour relayer les événements, les manifestants demandent à leurs voisins d’ouvrir leurs réseaux wifi.

Les protestataires décident de prendre le pouvoir sur l’information. Désormais, les images circulent sur les réseaux sociaux et en temps réel. Ce sont les médias NINJA (pour « Narrations indépendantes, journalisme et action »). Leurs images sont accessibles sur des téléphones portables dans un pays où on vend en moyenne trente smartphones chaque minute. La chaîne de télévision Globo est obligée de revoir la manière dont elle traite ces événements. Leur partialité apparaît en effet clairement quand on confronte les deux traitements de l’actualité.

La presse internationale s’est rapidement détournée des événements au Brésil. La mobilisation n’a pourtant pas pris fin. Elle est moins importante qu’en juin mais en septembre des dizaines de milliers de personnes se sont organisées, toujours via les réseaux sociaux, pour manifester le jour de la fête nationale. 172 manifestations ont eu lieu à travers le pays. Les Brésiliens ont entendu le message, ils ont quitté leur Facebook pour descendre dans la rue.

Photo en Une : Felipe Pilotto ART Photography | FlickR.


 

Noémie Toledano
Après avoir écrit pour la presse écrite, Noémie Toledano se spécialise dans le web et les réseaux sociaux. Elle anime aujourd’hui des communautés en ligne mais écrit toujours sur les sujets qui la passionne : la culture et les mouvements citoyens.