Ce que veut la jeunesse indienne

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Depuis quelques années en Europe, la foi que nous plaçons dans les processus électoraux s’est peu à peu dissoute. Les mouvements de protestation grondent contre les politiques de tous bords incapables de résoudre les crises que traverse le vieux continent. En Inde, la jeunesse est confrontée au même problème, à savoir la lutte contre un pouvoir corrompu. Pourtant, c’est un tout autre regard qu’ils portent sur la manière de résoudre cette crise. Ce que veut la jeunesse indienne, c’est avant tout une nation forte capable de leur offrir la vie dont ils rêvent, la vie qu’ils pourront offrir à leur famille. C’est sans doute l’un des points qui diffère avec les préoccupations de la jeunesse européenne. En Europe, la confiance envers les milieux politiques semble totalement rompue, les jeunes pensent qu’ils n’ont d’autres choix que de s’en sortir par eux-mêmes sans attendre que l’État les aide. Interrogez n’importe quel jeune européen il vous dira que les politiciens ne peuvent plus rien faire pour contrer la crise. En Inde, les espoirs sont bien présents. Pourquoi ? Le pays est jeune, et si l’on en croit les prévisions de croissance avancées par l’ambassade indienne, il pourrait devenir en vingt ans, l’une des quatre premières économies mondiales.

Pour l’heure, le problème le plus important en Inde est le manque d’argent. Un manque qui s’explique par la forte corruption dont souffre le pays. Si l’on s’attaque à cette question, l’Inde deviendra une nation forte. C’est en tout cas l’analyse qu’apporte l’écrivain Indien Chetan Bhagat dans son premier essai : What Young India Wants. Il y dépeint un pays confronté à sa volonté de devenir une nation forte, un pays sûr débarrassé de la question du terrorisme, et par-dessus tout débarrassé de la corruption l’empêchant de construire des hôpitaux, des écoles de qualité, … Paradoxalement, la lassitude demeure face à l’attitude des hommes et femmes politiques. Dans l’un des chapitres du roman, le narrateur interroge une hôtesse de l’air sur la crise que subit son entreprise, cette dernière lui répond : « C’est comme lorsque nous passons dans une zone de turbulence, il suffit d’attacher sa ceinture et d’attendre que cela passe. »

Depuis quelques mois, un scandale politico-financier a éclaté dans l’État du Tamil Nadu. L’ancien Chief Minister, Karunanidhi, membre du DMK, aurait falsifié des documents concernant les mines de granites, seconde manne financière de la région, après l’agriculture. Cette affaire rappelle celle du scandale 2G, dans laquelle le ministre des technologies de l’information et de la communication, A. Raja, également membre du DMK, fut accusé d’avoir blanchi de l’argent d’une entreprise de télécommunication. « Que ce soit un parti ou un autre cela ne change rien. Quand un parti verse des pots-de-vin il est élu, ensuite c’est son concurrent et ainsi de suite. » dénonce une jeune trentenaire, vivant dans un quartier aisé de Madurai (Tamil Nadu).

Selon l’écrivain Chetan Bhagat, la population indienne a pris l’habitude de voter par affect, par empathie ou sympathie pour un candidat, le charisme étant le principal atout pour gagner les élections, au détriment de réelles compétences politiques. Le pays qui a pourtant des ressources, se retrouve donc sans infrastructures, et surtout sans argent pour les construire. Ce que veulent les jeunes indiens, c’est le bien-être de leur nation car c’est de cela dont dépend le bonheur de leur famille.

La famille, le pilier de la société

Le bonheur en Inde ne peut être parfait sans une vie de famille accomplie. C’est le second point abordé par l’auteur : pour être heureux, un jeune indien doit tomber sur la compagne idéale. Dans ce pays où se pratiquent encore les mariages arrangés, l’institution familiale reste paradoxalement la valeur principale de la société indienne. Ce sont les femmes qui sont les garantes de l’éducation, leur rôle est donc primordial. Toutefois souligne l’auteur, 87% des femmes indiennes vivent le plus clair de leur temps stressées. Rien de plus normal puisque l’Inde est réputée pour être le quatrième pays le plus dangereux pour les femmes. Même si certaines ont réussi à gravir les marches du pouvoir dans certains États, l’impact qu’elles ont pu avoir sur la société n’a été que très minime. Selon Chetan Bhagat, les hommes aiment tellement le pouvoir, que lorsqu’une femme l’obtient, ils commencent à la regarder avec respect. Dans les faits et notamment dans les castes les plus pauvres, peu de choses évoluent. Si des mesures sont adoptées pour interdire l’avortement de fœtus féminin, ou encore le mariage forcé de jeunes filles mineures, ces pratiques sont toujours une réalité dans les campagnes où les parents feignent l’ignorance. A l’inverse, le féminisme est plus présent chez les jeunes femmes urbaines et lettrées. A Delhi par exemple, une Slutwalk, renommée « Marche des effrontées » a eu lieu l’année dernière afin de faire évoluer les mentalités. Ce militantisme reste toutefois ancré dans ce qui apparait comme le pilier de la société, la famille.

Enfin ce que désire l’Inde c’est l’unité. Dans les faits, les problèmes de castes, la discrimination faite aux femmes, les conflits ethniques, ou religieux sont une réalité. Pourtant, à l’image de Chetan Bhagat l’espoir que ces jeunes générations placent dans leur nation est immense. Tout parait encore à construire, à faire dans ce pays. Une leçon pour nous, jeunes européens, qui donnent parfois l’impression de s’être résignés à l’immobilisme de nos politiques.

Audrey Durgairajan
Apres deux années passées entre la France et l’Inde, j’ai co-lancé avec Durgairajan Gnanasekaran le média Hope For Raise Magazine. Hope For Raise est un magazine en ligne et papier dédié aux femmes, à l’environnement, bref à tous ceux qui font bouger les lignes en Inde. Nous organisons des formations pour les journalistes professionnels ou étudiants afin de venir renforcer l’équipe sur place et de rencontrer des professionnels locaux.