Chroniques des palais moribonds : du Tchad à la Guinée-Bissau, en passant par Bujumbura et Ouagadougou

Le Palais présidentiel de la Place des Héros de la Nation, en Guinée Bissau. Photo DR

Le Palais présidentiel de la Place des Héros de la Nation, en Guinée Bissau. Photo DR

L’Oeil de Soiresse

Chaque mois dans les colonnes de The Dissident, découvrez l’actualité de l’Afrique à travers le regard du journaliste et écrivain belgo-togolais Kalvin Soiresse Njall.

Sénégal – Tchad : la punition méritée pour un chacal du désert et les petits arrangements judiciaires d’un président

Il s’est coupé la langue pendant dix mois de procès. Pouvait-il en être autrement quand on connaît la lâcheté qui le caractérisait durant ses huit ans de pouvoir ? Le silence comme seule arme d’attaque afin d’apparaître comme une victime d’une conspiration. L’animal enragé qui dirigea le Tchad de manière autocratique de 1982 à 1990 au prix de nombreux morts, blessés et torturés, est tout d’un coup devenu muet. Tout à fait muet ? Oh que non ! Souvenez-vous, Hissein Habré, le chacal du désert n’a eu qu’un seul mot : À bas la Françafrique !

Mais pourquoi un ancien dictateur soutenu par la France et les États-Unis à travers leurs services secrets – DGSE et CIA – les dénonce-t-il aujourd’hui ? Il a compris qu’il a servi de torchon. Une fois que l’on a fini de l’utiliser, on le jette à la poubelle. Mais pourquoi diantre ne les a-t-il pas dénoncés ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu se venger de cette trahison en mettant à nu le soutien français et américain à ses massacres, obsédés qu’ils étaient par la volonté de mettre fin au régime de Khadafi. Pourquoi dans ce procès, Idriss Déby est-il resté absent ? Pourquoi ne l’a-t-on pas convoqué à la barre, lui qui a été au pire moment des massacres le principal bras droit militaire d’Hissein Habré ? La France, les États-Unis et Déby doivent être bien contents qu’il ait fermé sa gueule le chacal. Ou alors, ont-ils simplement pris des mesures particulières pour qu’il la ferme ?

Il faut saluer la ténacité et la force extraordinaire des victimes qui n’ont rien lâché pendant vingt-six ans. Aucune lassitude ne les a fait renoncer. Mais l’expérience des Chambres Africaines Extraordinaires sera-t-elle vraiment un nouveau départ judiciaire en matière de crimes contre l’humanité comme le crient sur tous les toits les donneurs de leçon occidentaux, notamment ces avocats venus d’Europe qui ont fait de ces affaires des outils au service de leur renommée internationale ? Je crains que le message involontaire envoyé par ces Chambres ne soit celui-ci : « Présidents africains, ne soyez jamais faibles, ne quittez jamais le pouvoir, ne vous faites pas renverser comme une merde, servez vos maîtres jusqu’au bout, demandez-leur pitié pour rester au pouvoir car une fois parti, vous êtes une merde et on vous jugera pendant que personne n’osera toucher celui qui vous a renversé. »

Pendant ce temps, au Palais de la République à Dakar, un certain Macky Sall savoure le doux parfum des fleurs qui lui sont jetés. Il est devenu ces derniers jours aux yeux d’une certaine presse le champion de la justice africaine en permettant que ce procès ait lieu. Mais ce champion est-il vraiment droit dans ses bottes judiciaires ? Dans son propre pays, il n’est pas à une contradiction près. Alors que la justice a reconnu coupable et envoyé en prison le fils de son ancien mentor Karim Wade pour détournement de fonds, voilà que le nouveau champion de la justice pense à s’asseoir sur cette décision judiciaire. En effet, alors que les relations entre Macky Sall et Abdoulaye Wade étaient au plus bas, voilà que pour des calculs politiques, Macky Sall veut libérer Karim Wade. Il a même appelé son père pour lui souhaiter un joyeux anniversaire à l’occasion de ses 90 ans. Souvenez-vous, c’est le même vieux sénile qui a traité Macky Sall d’ « esclave » et de « cannibale ».

Décidément, les deals politiques passeront toujours avant les principes de justice même quand on s’érige en champion judiciaire international.

Guinée-Bissau : Baciro Djâ, le Premier Ministre SDF

Cela fait deux semaines qu’il erre comme une âme en peine le nouveau Premier Ministre bissau-guinéen. Cela fait deux semaines qu’il a prêté serment en présence du président de la république au Palais présidentiel de la Place des Héros de la Nation mais malgré tout, il ne sait pas où travailler. Dans l’histoire de l’Afrique, Baciro Djâ est le premier chef de gouvernement incapable de trouver un lieu où travailler. Il paraît qu’aux dernières nouvelles, il penserait à organiser ses conseils de ministres à la plage. En effet, il est sans bureau. Le précédent gouvernement dissout s’est calfeutré dans les bureaux. Il refuse la nomination de Baciro Djâ qui attend son heure depuis bien longtemps, une première nomination ayant été dissoute par la cour suprême.

La Guinée-Bissau est devenue une cour de récréation où de jeunes adolescents boutonneux jouent à la guerre depuis que l’armée a décidé de faire de la politique après l’indépendance obtenue de haute lutte par le regretté Amilcar Cabral. Et aujourd’hui, c’est encore l’armée qui a pris le parti du président José Mario Vaz qui se positionne autour du siège du gouvernement pour déloger les ministres squatteurs et enfin installer Baciro Djâ.

Je vous le dis : des jeux vraiment infantiles…

Burundi : Nkurunziza et le délire psychotique

Au Burundi, on besoin de psychiatres… de beaucoup de psychiatres. La psychopathologie gagne du terrain au sein du régime burundais. Est-on dans une forme de délire psychotique ou mégalomaniaque ? Seuls ces spécialistes pourront nous éclairer car nous entrons de plain-pied avec ces dirigeants dans une sphère qui n’est plus du domaine de la raison.

Le régime de Pierre Nkurunziza englué dans une crise sociopolitique et économique profonde, une crise provoquée par son appétit monstre du pouvoir, n’a qu’une obsession : que l’on parle de lui tout le temps en bien ou en mal. C’est l’une des caractéristiques du mégalomane. Sinon comment comprendre la décision d’interpeller 11 lycéens mineurs et de les incarcérer pour avoir abîmé la photo de Pierre Nkurunziza ?

Le mégalomane, surtout quand il a des poussées de violence, inspire la peur ou réveille les démons logés dans le corps de ceux qui l’entourent Ces derniers se donnent pour objectif de tout faire pour faire plaisir au prince mégalomane. Tel est probablement le cas du Procureur de Muravya qui a inculpé ces enfants pour « outrage à chef de l’État ».

Le Palais de Kiriri est vide, Nkurunziza se cache car il se méfie des attentats des deux nouvelles rébellions. Méfiez-vous du mégalomane qui est poussé dans ses retranchements. Acculé, il est encore plus dangereux.

Burkina-Faso : l’opération pourrissement produit ses résultats

Les morts de l’insurrection au Faso n’ont aucun poids. Au Palais de Kossyam à Ouagadougou, on commence à récolter les fruits de l’opération pourrissement. Roch et ses proches estiment avoir assez détourné l’attention des Burkinabé de la nécessité de justice. Ils passent à l’étape suivante : ôter les masques. En effet, les masques sont bien tombés dès hier. Le Burkina-Faso renonce à poursuivre le président de l’assemblée nationale ivoirienne pour son implication dans le coup d’État du Général Diendéré. Un coup d’État visant à faire tomber la transition après le départ de Blaise Compaoré. Le rebelle sans pitié prêt à tout pour le pouvoir doit jubiler puisque son mandat d’arrêt a été annulé.

Le boa n’est pas très différent de la vipère. Un serpent reste un serpent. Il est visqueux. Au Faso, le boa est sans doute parti, mais il a laissé derrière le nid de vipères.

Au Faso, se faire trouer la peau pour défendre la démocratie, ça n’a pas de prix pour les pauvres, mais ça ne vaut rien pour les riches corrompus formés à l’école du boa Blaise Compaoré.

Pour en finir avec un serpent, on ne le fait pas seulement fuir. Non seulement on l’assomme, mais on lui coupe aussi la tête.

Kalvin Soiresse Njall
Poète, romancier et enseignant, Kalvin SOIRESSE NJALL quitte le Togo pour s’établir en Belgique en 2004. Également journaliste, et activiste des droits de l’Homme, il est coordinateur du collectif « Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations » engagé sur les questions mémorielles et de lutte contre le racisme et les discriminations.