Compagnie K de William March

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Paru en 1933 aux USA, compagnie K de William March s’est vite installé comme un classique du genre, sans cesse réimprimé.

Roman inspiré de l’expérience de l’auteur, ancien soldat dans l’US Marine Corps, le livre nous plonge dans le chaos et l’absurdité de la Première Guerre mondiale en donnant la parole aux soldats américains partis au front. Une vision trop peu souvent évoquée. Salué comme un chef-d’œuvre, compagnie K est traduit pour la première fois en français et publié aux éditions Gallmeister. Une très belle initiative !

Compagnie k5 juin 1917. La conscription américaine ouvre ses portes. Les Etats-Unis font leur entrée dans la Première Guerre mondiale. L’enthousiasme du patriotisme bat son plein. Dans l’illusion du mythe héroïque, des millions d’américains s’engagent. William March, qui s’est toujours défendu d’avoir écrit un récit autobiographique, évoque le destin de 113 soldats qui, tour à tour, prennent la parole pour raconter l’indicible. En une succession de courts chapitres, à peine quelques lignes parfois, qui porte chacun le nom d’un combattant, l’auteur dépeint le quotidien d’une guerre dans ce qu’elle a de plus concret. A travers ces récits intimes, il replace les individus au centre de l’histoire du monde, que ce soit dans l’euphorie du carnage ou dans les traumatismes d’après-guerre. Car c’est bien l’humain qui est au cœur de ce roman. Les anecdotes apparemment futiles, les souvenirs incongrus et les traumatismes ravageurs racontent mieux que les livres d’histoire ce qui reste, après l’horreur, tapi au fond des âmes.

Au delà d’un simple « recueil de témoignages », compagnie k est un hommage à tous les soldats du monde, à ceux que l’on envoie à l’abattoir prétextant quelques idéaux, à ceux que l’on oublie sitôt le conflit terminé. Un récit polyphonique qui vous prend aux tripes.

« Si ses personnages et sa couleur sont américains, c’est uniquement parce que c’est le théâtre américain que je connais. Avec des noms différents et des décors différents, les hommes que j’ai évoqués pourraient tout aussi bien être français, allemands, anglais ou russe d’ailleurs. »

Hanté par la guerre, William March mettra 10 ans à écrire ce roman. Décoré de la Croix de guerre, il ne porta jamais ses décorations, en refusa même plusieurs, dont la très prestigieuse Médaille d’Honneur du Congrès. Compagnie K est une œuvre littéraire à son image : brute, sans effets superflus ni mystification et rendant à la barbarie humaine toute sa réalité…

Compagnie K, de William March
Editions Gallmeister
Parution : 12 septembre 2013
288 p. – Prix : 23,10€
ISBN : 978-2-35178-068-8

Alice Dubois
Journaliste et chroniqueuse, avec prédisposition naturelle pour les sujets de société, la biosphère et les culture(s). Après une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse écrite ? Depuis sa première machine à écrire, en 1984.