Ethique et RSE : entre progrès et crise de confiance

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L’éthique et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) sont des champs d’action, de recherche et d’engagement en réelle progression auprès des acteurs de la vie économique. Or les salariés, en pleine crise de confiance, doutent, à tort ou à raison, de la sincérité de la démarche de leur entreprise qu’ils accusent d’adopter des  stratégies de communication d’« ethic washing » comme il y a eu un « green washing » des images de marque exagéré par rapport au changement des pratiques de production. 

Si 86% des salariés interrogés dans le cadre de l’étude menée en septembre dernier par l’institut BVA pour le Cercle d‘éthique des affaires et La Poste pensent qu’il est important de nommer un responsable de l’éthique dans l’entreprise, près de la moitié d’entre eux déclarent que leur entreprise en est dépourvue ou, pire, ils ignorent même si le poste existe! Triste constat que cette étude : les réels efforts menés par les grandes entreprises mais aussi les PME pour intégrer dans leur stratégie les principes de la RSE, sont soupçonnés d’être mal intentionnés. En effet, 64% des salariés interrogés pensent que les entreprises mettent en avant l’éthique et la déontologie pour se donner une bonne image aux yeux du public sans réellement changer leurs habitudes.

Un climat social détérioré

Plus qu’un réel jugement des démarches RSE des entreprises encore méconnues des salariés, il ressort surtout de cette étude un criant manque de confiance et un climat de suspicion généralisé au sein de l’entreprise. Ainsi, un quart des salariés affirment que s’ils rencontrent un problème d’ordre éthique ou déontologique dans le cadre de leur travail, ils n’ont confiance ni en leur direction des ressources humaines, ni en leur supérieur hiérarchique, ni en leurs collègues pour les aider à le régler.

Traduite et tirée du site http://blog.acton.org/

Traduite et tirée du site http://blog.acton.org/

De plus, il ressort ici une acception des questions de RSE et d’ ethique de la part des salariés plus managériale que productiviste. Ainsi, pour les salariés, la responsabilité sociétale de l’entreprise est avant tout de pourvoir de l’emploi dans un climat de dialogue social sain et transparent.  Or, entre délocalisations, « charrettes » de licenciement, chantage aux 35 heures et aux heures sup’, affaires de télésurveillance des employés, bonus mirobolants des dirigeants par temps de gels des salaires et des investissements et blocage syndical quasi-pavlovien de toute négociation… Les temps ne sont effectivement pas à l’apaisement.

Une réelle intégration stratégique de la RSE

Pourtant, force est de constater l’installation durable des enjeux de la RSE dans l’esprit des acteurs économiques. Du côté des actionnaires, la demande pour l’investissement socialement responsable (ISR) s’accroit avec un marché français qui a près de quadruplé depuis le début de la crise. L’ISR pesait, en 2011, 115 milliards d’euros contre 30 milliards d’euros en 2008. Raison de ce succès: les critères de notation RSE des financiers sont de plus en intégrés par les bailleurs de fonds, soucieux de diminuer leur exposition au risque social et environnemental.

Par ailleurs la RSE n’est plus simplement un département fantôme dépourvu de moyens et d’autorité. Elle est en effet, de plus en plus un pilier essentiel des stratégies mises en place. Ainsi, outre la création d’un prestigieux poste de directeur de l’éthique comme par exemple, chez L’Oréal, les enjeux RSE sont intégrés verticalement mais aussi horizontalement dans les organigrammes. Politique d’achat responsable chez Carrefour, recherche et développement de nouveaux produits moins polluants chez Lafarge, implication des salariés dans les activités de la Fondation Vinci… Les exemples sont nombreux et ont prouvé leur efficacité.

Une prise de conscience est réelle, donc, portée également par la nouvelle génération d’entrepreneurs plus sensible aux défis sociaux et environnementaux et formée aux enjeux de la RSE. En effet, HEC dès 2007, crée une filière « Entreprenariat social et associatif », ainsi qu’une majeure « Alternative Management », des cours « Ethique de la vie des affaires » sont proposés au CNAM, un pôle « Ethique et management » a été créé à l’ESDES, ainsi qu’une chaire de Management éthique à HEC Montréal.

Ainsi, les enjeux d’éthique et d’impact social et environnemental de l’entreprise s’installent durablement au cœur des stratégies de production, communication et consommation des consommateurs, salariés et entrepreneurs citoyens, impliquant la responsabilité d’action et d’information de chacun.

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Article publié à l’origine sur Europe Créative

Mélanie Duwat
Journaliste pigiste, Mélanie Duwat a collaboré avec divers titres de presse écrite et en ligne (20 Minutes, Marianne, Libération, Ouest France, Le Monde.fr) sur des sujets variés allant de la politique à l’économie en passant par la culture. Elle a choisi d’adopter un angle constant, quel que soit le sujet traité, telle une boussole en ces temps incertains. On pourrait définir ce prisme de lecture comme étant un optimisme critique. Si chaque problématique, même grave, même désespérante, n’est certainement pas à minimiser, il existe son lot de solutions.