« Debout-payé », une vision cinglante de la société de consommation

Gauz, auteur de "Debout-Payé", sur l'immigration : "Sarkozy est devenu président alors que son père vivait comme un malien ! » Photo Le Nouvel Attila

Gauz, auteur de "Debout-Payé", sur l'immigration : "Sarkozy est devenu président alors que son père vivait comme un malien ! » Photo Le Nouvel Attila

C’est un phénomène de la rentrée littéraire 2014. Gauz, écrivain, documentariste ivoirien inconnu, publié par un petit éditeur, Le Nouvel Attila, a damé le pion à des écrivains germanopratins en se taillant un joli succès. Son « Debout payé » est un roman caustique, cynique et drôle sur les dessous du métier de vigile à Paris qui en dit long sur le racisme et la futilité de notre société de consommation…

The Dissident : Peux-tu présenter ton parcours?

Gauz : Armand Patrick Gbaka-Brédé pour l’état civil, 43 ans. Dans mon quartier, mes copains m’appellent Gauz. C’est devenu mon pseudonyme artistique. Je suis venu en France parce que je buvais trop de bières à Abidjan ! En Côte d’Ivoire, le taux de chômage est faramineux. Je ne voulais pas me prendre la tête à chercher du travail. A la fin de mes études, maîtrise de biochimie en poche, j’ai voulu mieux connaître mon pays. Pendant quatre ans, j’ai sillonné la Côte d’Ivoire. C’était mon premier poste en tant qu’observateur de l’autre. J’ai fait de la photo, écrit mes premiers récits de voyage. Sauf que quand tu es diplômé, les gens s’attendent à ce que tu travailles. Ça angoissait ma famille. Je leur ai dit: « Ne vous inquiétez pas! Je vais encore étudier. » Chaque année, je m’inscrivais à la fac en DEA d’affaires. Je ne faisais rien. Je préférais faire ces « sortes d’études » que j’avais moi-même choisi ! A un moment j’ai du lâcher : « Je vais continuer mes études de biochimie à l’étranger. Ça vous va?» J’ai postulé au Canada, au Brésil et en France.Les Canadiens étaient d’accord. Mais il fallait donner 6 millions de francs CFA que mes parents n’avaient pas. Je suis venu en France parce que c’est gratuit.

Comment t’es-tu retrouvé sans-papier en France?

Je suis arrivé avec un visa de tourisme valable deux ou trois mois. J’ai commencé la fac. Malgré mes bonnes notes et les garanties, je n’ai pas pu transformer mon visa touristique en visa étudiant. J’ai pris ce problème différemment de beaucoup de gens. Avoir des papiers ou pas est une définition administrative. J’ai décidé de comprendre l’administration. J’ai écumé pas mal d’associations de sans-papiers, épluché les procédures. Je suis devenu un spécialiste du sans-papier : qu’est-ce qu’il faut pour avoir ses papiers ? Quelles sont les arcanes de l’administration ? J’ai pris ça de façon juridique, technique et non philosophique. Ça ne m’empêchait pas d’être un homme, de boire des coups, de rencontrer du monde. J’ai fait une demande de naturalisation sans avoir un seul papier parce que c’était possible. C’était un acte de provocation pour montrer l’absurdité de ce système ! J’ai fini par avoir les papiers… en étant papa ! C’est con ! C’est comme si on te disait : « Copule, aie un enfant pour avoir les papiers ! » Ma paternité m’a angoissé à l’époque. C’est comme ça que j’ai fait ma demande de régularisation… sérieusement. Un enfant, c’est autre chose. Il faut être plus carré pour le scolariser, le soigner. Avant je m’en foutais. J’étais inconscient. Je savais qu’il ne pouvait rien m’arriver de dramatique parce que j’avais appris à contourner la loi.

Quel est ton point de vue sur la situation des sans-papiers en France?

Les gens qui vivent en France depuis quinze ans sont obligés de travailler pour manger, se déplacer, payer le loyer. Le discours sur les assistés qui vivent d’allocations c’est n’importe quoi ! On ne peut pas avoir d’allocations si on n’a pas de papiers. Surtout, c’est hypocrite de pointer un prétendu problème d’immigration : les gars vivent en France, dans la République. Leurs enfants vont à l’école. Ce n’est pas une horde de gens postés à nos frontières. Il faut faire en sorte qu’ils soient des contribuables normaux, qu’ils vivent normalement. Si on exclut ces gens, comment vont-ils s’intégrer ? Si ces personnes sont obligées de vivre cachées avec d’autres qui leur ressemblent, elles ne pourront s’intégrer à rien. Pourquoi leur demander de s’intégrer ? Parce que ça dérange de voir une couleur différente ? On n’a pas demandé au papa de Manuel « Manouel » Valls de s’intégrer. Tant qu’il n’ouvre pas la bouche, on ne sait pas qu’il vient d’Espagne. Il n’a pas francisé le prénom de son fils en Emmanuel mais gardé ses origines. Manuel est devenu premier ministre de France. Sarkozy de Nagy de Bocsa, c’est une belle histoire d’intégration ! Le gars est devenu président de la République alors que son père était comme un malien en France ! Pourquoi veut-on à tout prix que Mamadou s’appelle Marcel ?

"Debout payé", écrit par Gauz aux éditions Le Nouvel Attila.

« Debout-payé », écrit par Gauz aux éditions Le Nouvel Attila.

Justement tu évoques dans ton livre le « syndrome de Mamadou », en lien avec l’affaire des sans-papiers expulsés de l’église Saint-Bernard à Paris, le 23 août 1996.

A force d’être catalogué dans des clichés, on finit par en jouer. Pour un noir, être vigile, est-ce que ce n’est pas obéir de façon sourde, muette, atavique au cliché du bon sauvage ? Les noirs jouent aussi de ça pour avoir ce poste. C’est le syndrome du « Mamadou » de l’église Saint-Bernard en 1996. Je l’ai décrit de façon ubuesque dans mon livre. Les sans-papiers de Saint-Bernard avaient un représentant. Celui qui passait le mieux pour la presse. C’était le plus dégourdi, celui qui parlait le mieux, avec le moins d’accent et avait le discours le plus sexy. La presse aime ça. C’était une histoire marquante. La population a découvert les sans-papiers avec cet épisode. Ce représentant officieux des sans-papiers de Saint-Bernard a été utilisé par la presse pour le story telling et porter le discours de l’opposition de l’époque. Ça a créé des vocations dans la communauté. Chaque fois qu’il y a des histoires de squats ou de gymnases, les Africains se battent pour être le représentant. Celui qui risque le moins, puisqu’il est le plus visible. Ce « Mamadou », c’est un peu l’histoire de l’oncle Tom, le bon esclave qu’on récompense. Celui qui va probablement avoir les papiers en douce. Il y a aussi ceux qui vont être rapatriés en douce. Et puis il y a ceux qui seront des « ni ni »: qui galèrent sans-papiers et espèrent s’en sortir avec des actions spectaculaires. C’est dommage d’en arriver à ces extrémités pour avoir ses papiers. Quand on en arrive là, on s’aperçoit que ça ne dérange pas tant que ça de les régulariser.

Au fait, que signifie le titre « Debout-payé » ?

C’est du nouchi, l’argot de Côte d’Ivoire, adapté à la France. Je joue des deux cultures parce que les deux cultures se jouent de moi ! On dit aussi un « zagoli » en référence à un ancien gardien de but de l’équipe nationale de football des Éléphants de Côte d’Ivoire. Un vigile, c’est un peu un gardien de but. Tu regardes les autres jouer ! De temps en temps, tu plonges pour arrêter la balle.

Tu as toi-même été vigile avant d’écrire ce livre.

C’est un déterminisme social. Je connais plein d’Ivoiriens qui ont fait ce job depuis les années 70. Quand j’ai moi-même été vigile, j’ai pris des notes pour tromper mon ennui, que j’exploite dans ce livre. C’est un poste symbolique, inutile, bidon. Tu es là pour dire aux gens : « Ayez peur mesdames et messieurs ! Il y a un grand noir devant la boutique. Si vous volez, il va vous attraper ! » En réalité, le vigile n’a même pas le droit d’arrêter quelqu’un. Il est en bas de l’échelle sociale. C’est pour ça qu’on ne le voit pas, ne le salue pas. Il doit faire peur plutôt qu’être regardé. On ne le craint que si on vient pour voler. Si le vigile te surprend en flagrant délit, il peut dire: « Au voleur! » Il y a quelque chose de faux entre l’employeur qui dit: « Poste-toi là ! » et celui qui se laisse employer pour l’argent parce qu’il est costaud et noir. C’est un délateur, une balance. Les balances sont méprisées de tous bords. Le fait d’être noir n’arrange rien. C’est aussi le noir qui accepte d’avoir ce rôle dégradant. Les blancs qui ont leurs papiers préfèrent ne rien faire plutôt que ça. Même s’ils sont grands et costauds ils n’imagineront jamais faire ce job parce que c’est de la merde ! Le noir qui accepte ça déconsidère lui-même le boulot qu’il fait. C’est pour ça qu’il lui arrive de faire du zèle pour se donner l’impression qu’il existe.

Comment expliques-tu le succès de ton roman, notamment prix des libraires Gibert Joseph 2014 ?

C’est difficile de m’expliquer cet emballement médiatique. De façon générale, il y a très peu de sujets sociaux dans la littérature française actuelle. Romain Gary, Louis-Ferdinand Céline portaient un regard très social. Aujourd’hui, on est dans une société de l’auto-psychanalyse. Les gens sont occupés à réfléchir sur leur propre moi. Mon éditeur Benoît Virot du Nouvel Attila a d’abord été séduit par mon approche littéraire particulière. Il cherche des gens qui écrivent. C’est un choix artistique et littéraire. Après, ma personnalité fait que mon regard se porte sur la société.

Pour l’écriture tu te réfères à la langue imagée et oralisée de Céline et Ahmadou Kourouma.

Ca fait partie de mes références. Je suis la résultante de l’évolution d’une société. L’Afrique d’aujourd’hui n’est pas celle des années 60. On porte un regard différent sur nous-mêmes et les autres. J’apporte aussi quelque chose de l’ordre de moi-même. Je prends aux anciens mais je dois aussi donner aux « petits ». J’assume ce métissage dans lequel il y a « Babi » (surnom d’Abidjan, ndlr) mais aussi le « Mbengue », la France. Je ne suis ni là-bas ni ici. J’essaie de faire un pont, un trait d’union pour ce monde de demain que je rêve. Peu importe d’où tu viens. L’important c’est ce que tu donnes.

Il y a dans ton écriture un art de la dérision propre à la Côte d’Ivoire.

Les gens savent rigoler. Plus tu as souffert, plus tu sais rire. Quand il y a eu la crise ivoirienne en 2010-2011, c’était dramatique, mais au sortir tout le monde rigolait. Le rire est une manière d’avoir du recul sur le réel. C’est une manière intéressante d’attirer le regard des gens. On fait rire d’abord, puis réfléchir ensuite.

Ossiri, le personnage principal, arrivé en France en 1990, est-ce ton autoportrait ?

Le fait d’avoir fait ce métier donne de l’épaisseur à mon observation. Mais ce n’est pas une autobiographie. C’est mon premier roman. J’ai inventé des personnages. Dans « Voyage au bout de la nuit », Céline a voyagé, rencontré des personnages qu’il décrit dans son roman. Mais on ne pense pas une seconde que c’est une autobiographie. On voit que c’est un travail d’écrivain. Le personnage d’Ossiri a du recul sur ce qu’il vit. C’est un poète qui est venu parce qu’il n’avait pas envie d’être prof. Il avait envie de se balader, de connaître autre chose. Il lève la tête quand il marche et voit que le ciel est bleu.

Est-ce que le personnage de la mère militante anticolonialiste s’inspire de ta propre mère?

Non. C’est que le personnage fonctionne. Si le lecteur percute, c’est que la construction littéraire est bonne. C’est un défi d’écrivain. Je ne suis pas qu’un observateur social. Je suis aussi un écrivain. La mère c’est symbolique : la mère Afrique. Je donne une place militante, féministe émancipée à la femme africaine. C’est la femme qui s’engage. Je donne aux mamas de chez moi un rôle qui va plus loin que la maternité. Ça sort de la femme africaine au foyer, qui subit. Le personnage est divorcé. Elle élève ses enfants toute seule Elle a fait des enfants qui ont grandi mais elle n’a pas changé d’idée. Je veux que mes sœurs voient ce modèle. Il y a eu des femmes comme ça dans les années 70 à 90. Il y en a encore comme ça. Je ne me contente pas de la positionner en femme mère. Ce personnage transmet un discours politique à ses enfants qu’elle assume et qu’elle leur faire vivre dans leur chair tous les jours : « Vous n’allez pas manger du pain les enfants, parce que le pain c’est un non-sens en Afrique. Mangez du manioc ou des ignames le matin. Vous n’allez pas vous appelez Jean-Louis. Portez vos prénoms traditionnels comme Ossiri ou Djaidja.» Il y a un peu de ma mère dans ce personnage. Il y a aussi de la mère que j’aurais aimé avoir et que j’ai inventé…

Dans un extrait du roman, tu évoques le côté dérisoire d’un vigile à poursuivre un voleur de parfum quand Bernard Arnault (LVMH) et Liliane Bettancourt (L’Oréal) brassent des millions d’euros de chiffre d’affaires.

Ça illustre le rôle symbolique du vigile. A force de déprécier quelqu’un, il finit par avoir l’impression de sentir le caca ! Quand un vigile n’a pas de recul, il est convaincu d’être le gardien du temple. Il finit par se prendre au sérieux, se prendre pour une espèce de policier et pousse le zèle jusqu’à poursuivre les gens. Qu’est-ce que tu as à courir après quelqu’un qui a volé quarante-cinq euros de parfum dans la boutique d’un gars plein aux as comme Bernard Arnault ? C’est ce paradoxe que je montre. Même moi, comme je m’ennuyais, j’étais prêt à faire n’importe quoi pour tromper mon ennui. J’avais envie de suivre un gars parce que je l’ai vu voler. Il faut rester tranquille. Ce gars doit être bien malheureux pour voler des parfums plutôt que de la nourriture. Ça veut dire qu’il croit dans une société qui pousse à hyper consommer. Je tourne cela en dérision parce que c’est ridicule. La plupart des anecdotes sont vraies. On vit tous dans le même bateau. Il faut aller plus loin que cette consommation imbécile !

Qu’exprimes-tu à travers le personnage de Kassoum ?

Il représente la nouvelle génération d’immigrés. Il vient pour fuir le bordel en Afrique, se « chercher » en France (comprendre « se chercher un avenir », expression nouchi ivoirienne, ndlr). Tout ce qui compte pour cette génération, c’est avoir un salaire pour envoyer de l’argent au pays et s’installer. Kassoum sort d’un ghetto d’Abidjan, de Treichville. Il ne se laisse pas faire. Il va réussir by any mean necessary. S’il faut bosser douze heures d’affilée, il le fera. A la fin du mois, il a son salaire. Il économise, s’achète son iPhone, envoie 300 euros au pays. Il n’est pas venu pour pleurnicher en mode : « Les noirs ont trop souffert. » Il veut s’en sortir. Il se moque de cette société française dont il est exclu. Il est obligé de faire son métier à la marge. Il y va avec la pêche et l’énergie.

Tu évoques les diverses communautés africaines à travers ce livre.

C’est important quand tu écris sur des Africains de montrer les nuances, de dire qu’on n’est pas « Africains », une espèce de masse homogène qui traîne par delà des océans. Un Congolais n’est pas un Camerounais. Un Malien n’est pas un Togolais… Ce sont des mentalités, des sociétés, des histoires différentes. Ces différences se répercutent dans la vie en France. Des liens se créent mais les différences persistent. Ça m’a étonné qu’on soit étonnés qu’il y ait autant de différences entre les Africains. Le concept de « communauté africaine » est inepte. Les Congolais le dimanche ne font pas la même chose que les Ivoiriens. C’est pour ça que je n’aime pas cette histoire d’intégration. Ne vous intégrez pas ! Venez avec ce que vous avez ! Gardez ça en vous ! Quand les Chinois bougent, ils n’entretiennent pas le mythe du retour. Quand ils bougent, ils bougent ! Ils créent un Chinatown à San Francisco. Ça montre une richesse culturelle. Pour autant, ce ne sont pas des Chinois à San Francisco mais des citoyens américains. Les fils de Maliens ici sont des purs Français. C’est intéressant d’avoir des parents maliens. Ils ne sont pas obligés de manger du camembert pour se sentir Français. Il faut accepter que les gens viennent avec ce qu’ils ont. Il ne faut pas gommer les différences. Au contraire ! Il faut les attiser. Ce qui nous unit va bien au delà de ces cultures : le fait d’être en France et d’appartenir à cette longue Histoire à travers laquelle il y a la colonisation. C’est bien d’assumer tout cela. Il faut oublier la couleur du noir. Les autres immigrés venus d’Espagne, de Hongrie, d’Italie se sont dissous dans la nature. Le problème des Africains, c’est qu’ils portent les traces visibles qu’ils viennent d’ailleurs. J’ai rencontré un Equato-guinéen qui vit à Lille. J’ai rarement vu quelqu’un de plus Français que ça ! Ça ne l’empêche pas d’avoir cette culture équato-guinéenne en lui. C’est ça le discours qu’on devrait porter. Soyez différents mais venez avec nous dans la même République !

Tu parles aussi dans « Debout payé » des femmes ivoiriennes de l’ethnie Bété qui sont souvent gardes d’enfant.

Il y a beaucoup de femmes Bété qui gardent les enfants en France. J’ai des tantes qui ont fait ça toute leur vie. C’est le pendant : les hommes vigiles, les femmes gardes-bébé ! La société française ne leur donne pas les moyens de faire autre chose, ne leur donne pas les papiers, l’accès à l’éducation. Il y a des personnes capables de faire bien mieux que garder les bébés ! Je connaissais une superbe chorégraphe de danse contemporaine à Abidjan qui garde les enfants en France. Elle ne peut pas monter de spectacles ici alors qu’elle a plein d’idées sublimes. C’est dommage d’être privé de se genre de talent. Dans les parcs et jardins du seizième arrondissement de Paris, des Hauts-de-Seine, où les nounous vont promener les enfants des riches blancs, il y a de vraies réunions tribales Bété ! Elles se retrouvent entre elles comme au village. Ça me plaît l’idée que quand leurs parents ne sont pas là ces enfants de blancs aisés de l’ouest parisien entendent d’autres sons, des langues africaines, du Bété dans leurs oreilles ! Peut-être que ça va les marquer et que plus tard ça changera leur manière de voir le monde !

Quels sont tes projets ?

J’écris pas mal de scénarios. J’ai envie de surprendre. Je pourrais faire jouer un rôle d’Ivoirien à Jean Dujardin sans problème ! Les Anglais donnent des rôles à des noirs dans des pièces de Shakespeare. Un acteur est un acteur. Peu importe sa couleur. J’ai envie de tourner à Abidjan en 2015-2016. Je travaille sur un autre roman qui remonterait aux débuts de la colonisation, à la fin du XIXe siècle. Ce sera une vraie histoire africaine. Je serais dans cette problématique de la confrontation des cultures. En 1895, un type qui quittait Châtellerault pour apporter la « civilisation », je ne sais pas quelle civilisation il comptait apporter ! Mais il n’y avait pas tellement de différences de réalités. Un paysan du centre de la France avait les mêmes problèmes qu’un paysan ivoirien à l’époque. On a juste prétendu que l’un a apporté la civilisation à l’autre. Je vais explorer un peu plus cette histoire de colonisation.

 

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Julien Le Gros
Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.