Hassen Chalghoumi et Lydia Guirous : un combat français

Hassen Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy. Photo AFP

Hassen Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy. Photo AFP

Hassen Chalghoumi, 43 ans, est l’imam de Drancy. Il est connu du grand public. Il s’expose courageusement, souvent seul. A la télévision, à la radio, il est une voix, une présence remarquée en cette période de grande confusion, d’unanimisme de façade, de récupérations politiciennes.

Présent devant nous, simple, avec un langage clair, franc, dans un combat permanent pour éviter les amalgames, les faux-semblants, les a- priori.

A côté de lui, avec ses différences y compris d’appréciation, Lydia Guirous, 29 ans, fondatrice du club « Future au féminin », et auteure d’« Allah est grand, la République aussi ». Née Algérienne, réfugiée en France pour fuir le terrorisme islamiste, diplômée de l’université Dauphine et de l’école de commerce ECSP.

Qui sont les djihadistes français ?

Dans une attitude souriante mais déterminée, Chalghoumi met en avant la radicalisation de jeunes musulmans via internet, qui représente un véritable danger. On voit par exemple des liaisons par Skype avec le Yémen qui mettent en relation des gamins de Cannes, Nice, avec des cheikhs prédicateurs assistés d’interprètes. Sans oublier les déséquilibrés qui prennent leurs repères religieux sur Google. Les prêches d’imams autoproclamés, la contamination des prisons, viennent parfaire l’idéologisation.

Cette situation a été dénoncée après les meurtres perpétrés par Mohammed Merah en 2012 et ceux de Mehdi Nemmouche en 2014, sans résultat. Depuis, la Syrie a ouvert ses portes au djihadisme.

Lydia Guirous, qui a publié son livre en octobre 2014, aime parler de « l’internationale des frustrés ». « Des jeunes qui réclament tout ». Pour elle, la radicalisation, ce sont des prêches dans des mosquées, dans des lieux de culte, dans les appartements. Les jeunes viennent des quartiers abandonnés par l’Etat, dans lesquels la police ne rentre plus. Les premiers touchés sont ceux qui n’ont pas poussé leurs études, pris en main par des imams peu scrupuleux exploitant un « côté va-t-en guerre » de l’islam.

Des solutions ?

Pour Lydia Guirous, l’unité nationale affichée ne doit pas nous faire oublier « qu’une France n’a pas défilé », d’où la nécessité de développer un islam de France, et surtout éviter « qu’on ne voit que des religieux s’exprimer ». « Il faut sortir du territoire les imams radicaux qui n’ont que haine pour la France, la République, les femmes ».

La laïcité pour elle, c’est « ne pas lâcher un pouce de terrain, car elle protège le citoyen ». La religion, c’est dans l’espace privé. Elle qui a retrouvé ses amis d’enfance avec les niqabs, les barbes et les djellabas « sans esprit critique, sans savoir, sans culture », dit avec force que les droits des femmes sont fondamentaux. Le voile, la burqa, ne sont pas compatibles avec ces droits. De même qu’il faut cesser de faire croire que les Français sont racistes et islamophobes, « les musulmans de France ne sont pas tous sans éducation ».

Les autres et la France

Hassen Chalghoumi souhaite qu’on reconnaisse que la foi par la violence, cela existe dans l’islam. On pourra ainsi mieux combattre cette violence. Il rappelle que les Etats Unis ont soutenu les moudjahiddines afghans pour favoriser leur action dans la région. « Les héros de ces années sont devenus les diables actuels ». En Tunisie, au Pakistan, en Syrie, après avoir identifié le mal, des musulmans se lèvent actuellement pour lutter contre lui.

Cependant, il ne faut pas oublier que le soufisme pacifique au Maroc, en Tunisie et au Mali a du mal à gagner en importance face aux frères musulmans soutenus par le Qatar qui offre, par exemple, 50 millions d’euros aux mosquées françaises et aux salafistes soutenus par l’Arabie Saoudite. Chaque année, 30 000 pèlerins français à La Mecque sont pris en charge par des salafistes et il ne faut pas s’étonner si des femmes rentrent en France avec le voile intégral.

La presse française a aussi son rôle à jouer. Alors que les Egyptiens avaient rejeté massivement les frères musulmans, des journaux ont qualifié le général Abdel Fattah Al Sissi, président de la république, de dictateur. De même, Caïd Essebsi, élu président tunisien avec le vote massif des femmes, s’est vu rappeler son rôle sous Ben Ali (alors qu’il avait rompu avec lui).

Les valeurs de la République sont les valeurs humaines et le Coran est composé, pour les deux tiers de celles-ci. Comme nous le rappelle Chalghoumi, les versets parlant du djihad sont loin d’être majoritaires et il faut montrer à tous que chaque verset a son histoire qui relate un évènement, une action historique. Il faut plus d’imams pédagogues à la télévision.

Chalghoumi regrette que la loi sur le voile intégral ne soit pas appliquée, rappelle qu’il a été bien seul face à la manifestation organisée contre lui devant la mosquée de Drancy, quand il s’est agi de défendre l’interdiction du voile dans l’espace public.

Lors des récents évènements des 17 assassinats, il faut savoir rendre hommage aux « deux martyrs policiers, symboles de la fierté d’être Français ».

La formation des imams est essentielle

L’imam de Drancy l’affirme : le CFCM, Conseil Français du Culte Musulman, est un « cauchemar ». Il faut absolument qu’il se transforme pour former les imams. Il est anormal que la mosquée de Paris soit administrée par 57 fonctionnaires algériens, et les mosquées marocaines, turques, maliennes, sénégalaises…. « Où est l’islam de France ? Que finance le chiffre d’affaires phénoménal des marchés de la viande hallal ? »

Sans nommer le ministre qu’il ne veut pas se mettre à dos, il dénonce un voyage de celui-ci dans un pays du Maghreb, pour organiser la formation d’imams. Et il s’insurge contre la présence du premier ministre turc à la marche du 11 janvier, aux côtés du CFCM et de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France).

Depuis des années, auprès des ministres de l’intérieur, il réclame la formation des imams de France dans les universités françaises. Comme le souhaite Ghaleb Bencheikh, écrivain qui anime l’émission dominicale « Islam » sur France 2, il faut une refondation de la pensée théologique en contexte islamique. « L’Islam a besoin de sociétés savantes ». Les jeunes manquent formidablement de culture.

Ainsi la grande marche du 11 janvier peut se transformer en avènement d’un cours nouveau, avec la liberté de conscience, sans oublier la lutte contre l’antisémitisme qui tient à cœur à l’imam de Drancy. Il faut cesser le discours victimaire dans un pays, la France, où la liberté règne par des lois fortes. En Egypte, un chrétien voit figurer sa religion sur sa pièce d’identité, pas en France…

Alain Roumestand
Alain Roumestand a une carrière très diversifiée : professeur d’histoire, formateur presse et d’élus, animateur radio, syndicaliste, rédacteur presse de l’Éducation nationale, conseiller en formation continue en France et à l’étranger, chargé de communication, proviseur, rédacteur presse internet, historien.