Hoda Chaaraoui, Arabe et féministe

hoda chaaraoui

Lors du Congrès Féminin Arabe qui se tient au Caire du 11 au 21 décembre 1944, les déléguées des associations féminines d’Égypte, de Syrie, du Liban, de Palestine, de Transjordanie et d’Irak, font part de leurs doléances sous la présidence de Hoda Hanem Chaaraoui.

Ces doléances portent sur trois aspects :

  • La question de la femme orientale dans l’après-guerre : tout en respectant les préceptes religieux, elles exigent une parité absolue entre l’Européenne et l’Orientale. Elles demandent qu’un certain nombre de droits évoluent : restreindre le droit de divorce de façon à ce qu’il ne soit pas une arme portant préjudice à la femme, l’arrêt de la polygamie, assurer une pension à la femme abandonnée par son mari, fixer à 16 ans l’âge minimum de mariage de la fille, et l’égalité homme-femme devant la loi pénale.
  • La femme et les droits politiques : elles demandent le droit de vote, l’éligibilité des femmes, la nomination des femmes au sénat et l’accès aux fonctions ouvertes aux hommes. Sur la question de la Palestine, elles exigent l’arrêt de l’immigration juive et le respect des droits des Palestiniens pour leur indépendance.
  • Des conditions sociales améliorées : par la généralisation de l’enseignement obligatoire pour tous et dans tous les pays arabes, la création d’unités médicales mobiles, le développement des cantines scolaires, le développement des formations professionnelles pour les femmes, l’accès aux universités sans conditions.

A côté de ces trois points essentiels aux yeux de ces femmes, le développement de la culture est souligné comme indispensable. Mais qui est Hoda Hanem Chaaraoui ?

L’Union féminine égyptienne

Peu d’Européens aujourd’hui se souviennent de son nom qui a pourtant été régulièrement cité dans la presse européenne. Cette Égyptienne née en 1879, mariée à 13 ans, éduquée, voyageuse, parlant plusieurs langues, va jouer un rôle très actif pour la femme dès 1919 lorsqu’elle crée la « Société de la femme nouvelle » pour favoriser l’alphabétisation des femmes et l’enseignement de l’hygiène. Quatre ans plus tard, en 1923, elle fonde l’ « Union féminine égyptienne » pour défendre le droit des femmes. Elle participe aux côtés de son mari à la vie politique égyptienne et notamment au sein du Wafd pour parvenir à l’indépendance de l’Égypte. Son mari décède en 1923 et à son retour d’un voyage dans le cadre de ses activités associatives féminines, elle se dévoile publiquement : l’égalité femme-homme passe, pense-t-elle, par l’amélioration des conditions sociales des femmes, le développement de leur éducation et une solidarité des pays arabes, hommes et femmes confondus, solidarité qu’elle verrait bien sous la forme d’une confédération.

C’est dans ce sens qu’elle écrit au premier secrétaire de la Ligue arabe nouvellement constituée en 1945 pour lui faire part de l’intérêt de l’Union des Femmes Arabes pour les affaires politiques et sociales et celles de la femme arabe. L’article 13 des statuts de l’Union, lui dit-elle, stipule que son bureau s’efforcera de déléguer des membres de ses commissions à la Ligue des États arabes pour travailler à l’établissement d’une collaboration en vue de servir « les intérêts nationaux communs » et parce que « les circonstances actuelles exigent la collaboration des deux sexes »[1].

Une vie dévouée à l’égalité femme-homme

Véritable pionnière en matière des droits de la femme dans le monde arabe, elle réunit les associations féminines dans leur combat pour les droits des femmes mais aussi dans les combats pour l’indépendance des pays. D’un esprit très critique, elle ne ménageait ni les pays arabes, ni les partis politiques, ni les Occidentaux dans leur volonté d’asseoir leur contrôle d’une manière ou d’une autre sur le monde arabe. La question du voile était aussi liée aux études menées par des femmes et des hommes dans le monde arabe dès le début du XXème siècle et qui proposaient les conditions d’une égalité femme-homme tout en respectant les préceptes de la religion.

La vie et l’œuvre de Hoda Hanem Chaaraoui doivent nous inciter à se rappeler son histoire, que l’on y revienne, source d’inspiration et de réflexion en ces temps où les débats font encore rage. Pour les pays arabes, pour l’Occident, le parcours et les actions de cette femme valent d’être soulignés et réappropriés. Le représentant français de l’époque avait conclu son rapport sur le Congrès féminin arabe de décembre du Caire par cette phrase : « Sur le plan politique, les vœux sont osés et dépassent parfois les conceptions les plus avancées de nos sociétés ».[2] Hoda Hanem Chaaraoui meurt brutalement en 1947.

Les réflexions sur le voile et sur l’égalité femme-homme remontent loin grâce à des femmes telles que Hoda Chaaraoui et, de nos jours, Nawal El Saadawi, cette écrivaine et médecin égyptienne née en 1931. Souligner le parcours de ces femmes permet aussi de traiter ces questions essentielles sans tomber dans une islamophobie devenue trop courante en Occident. Redonnons leur la place qu’elles méritent.

Photo à la Une : Hoda Chaaraoui, le 6 octobre 1925. Photo DR


[1] Lettre de Hoda Hanem Chaaraoui du 19 novembre 1945 à Abdul Rahman Azzam.

[2] Rapport de Jean Lescuyer du 22 décembre 1944.

Sandrine Mansour-Mérien
Historienne, spécialisée sur l'histoire du Monde arabe et en particulier de la Palestine.Chercheur au CRHIA, Université de Nantes.

1 commentaire

  1. Clair de Baie

    1 septembre 2015 à 17 h 53 min

    Vous avez pris en compte le souci des lecteurs ! merci

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