Inde : le harcèlement sexuel n’est pas une « taquinerie »

Les militants de Blank Noise.

Blank Noise

La taquinerie d’Eve ou Eve-teasing fait référence au personnage biblique, la femme tentatrice qu’il serait normal d’insulter, de molester, d’agresser ou de toucher dans la rue. Ce harcèlement quotidien, chaque femme le redoute en Inde, classé pire pays pour les femmes par le G20, et l’a souvent expérimenté ou en a déjà été le témoin.

Marcher vite, slalomer pour éviter tout contact, ne pas répondre aux saluts, aux insultes même, baisser les yeux. Se sentir stressée à l’idée de prendre le bus, bondé comme à son habitude, à l’idée que l’on puisse vous toucher, à l’idée d’être piégée. C’est à peu près ce que peuvent ressentir les femmes lorsqu’elles se trouvent dans un lieu public, qui plus est lorsqu’elles sont seules.

C’est aussi ce qu’a ressenti Jasmeen Patheja lorsque, à 18 ans, elle est venue étudier à l’université de Srishti à Bangalore (Karnataka). Loin de la maison familiale, elle s’est rapidement sentie effrayée, perdue, et surtout continuellement sur la défensive. Un sentiment qui la dérangeait et qu’elle a voulu dépasser en allant à la rencontre des gens dans la rue armée de son appareil photo. De cette interaction est née l’idée d’une association, Blank Noise, regroupant à la fois des hommes et des femmes pour lutter contre les agressions et les harcèlements sexuels dans la rue.

En 2003, Jasmeen regroupe toutes les filles de l’Université de Srishti : « En trois minutes je leur ai demandé de me donner tous les mots qui leur venaient en tête pour décrire l’espace public. » Le constat est assez saisissant, puisqu’il n’en ressort que des expressions négatives. « Lorsque ces réponses sont apparues sur mon ordinateur, j’ai décidé de regrouper une nouvelle fois ces filles pour en discuter. Sur 120 filles, seules 51 d’entre elles sont venues, les autres nous ont répondu que ça arrivait, c’était comme ça. »

Action de Blank Noise lors de la Journée de la Femme en 2008 en Inde. (c) baxiabhishek

Action de Blank Noise lors de la Journée de la Femme en 2008. (c) baxiabhishek

Une idée largement répandue en Inde, et à laquelle a dû faire face Jasmeen Patheja : « On me disait que les harcèlements, les agressions, ça arrive, qu’il fallait oublier. Mais je n’étais pas convaincue, je pensais que c’était une expérience traumatisante. Pour autant, je ne dis pas que chaque jour, lorsqu’on sort dans la rue, on est agressé. Mais c’est une habitude constante pour les femmes de se préparer à être agressée lorsqu’elles sortent. »

Pour une majorité d’hommes, la femme c’est d’abord l’épouse, la mère ou la sœur. « Il y a donc une notion de propriété à travers ça.  Et de dire, si tu fais cela à ma sœur, je ferai la même chose à la tienne ».  Les femmes ont à gagner leur autonomie, leur citoyenneté, et à se défaire de ces codes socio-culturelles dont elles se retrouvent finalement les victimes. Mais ce combat, Jasmeen souhaiterait que la société indienne le mène dans son ensemble : « Blank Noise est ouvert à tous, hommes, femmes, transgenres ». Beaucoup de garçons rejoignent le groupe pour, disent-ils, soutenir la cause des femmes, une idée reçue que l’association tend à déconstruire. « Le problème des femmes, c’est en vérité un problème qui concerne à la fois les hommes et les femmes, la société en général », explique Jasmeen.

Changer l’image de la femme en Inde

Il faut donc recréer du lien entre les gens, les interactions avec la rue permettent aux femmes de sortir de cet état de panique constante. Les Actions Heroes consistent à faire de la rue un endroit sûr pour les femmes. En décembre dernier était organisé « Safety Line », un lieu de rencontre et d’échange. L’objectif était simple : installer des tables et des chaises dans une rue peu fréquentable de Bangalore, et instaurer un dialogue. Il ne s’agit pas de parler des agressions, ni même des relations hommes et femmes, mais juste du temps qu’il fait, de communiquer sur tout et n’importe quoi. Pas facile dans un pays où il est mal vu pour une femme de s’adresser à un homme qu’elle ne connait pas.

Blank Noise instaure le dialogue entre hommes et femmes en Inde. © Blank Noise

Blank Noise instaure le dialogue entre hommes et femmes. © Blank Noise

Dans la culture Indienne, la femme est représentée comme docile, pure, donc vierge, timide… Une idéalisation de la femme reprise par le cinéma : « Je ne veux pas blâmer le cinéma, mais les personnages féminins ont souvent cette attitude qui fait penser que si une femme répond directement « oui » à un homme pour devenir sa partenaire, c’est une mauvaise fille. Une fille bien élevée est forcément timide, donc si elle dit « non » c’est qu’elle pense « oui » », commente JasmeenPatheja.

C’est également sur la représentation de la femme dans la religion hindoue que joue la campagne contre les violences sexuelles « Abused Godesses » dont les clichés ont été diffusés sur Facebook. On y voit les représentations de Lakshmi, Durga et Saraswati, trois déesses hindoues personnifiées par des mannequins aux visages tuméfiés de coups. Pour Jasmeen : « Les femmes ne veulent pas être des déesses. Quel est l’opposé de déesse ? Citoyenne, autonome… »

Sur le site de Blank Noise, on peut lire :

I don’t need to be protected only because I am your virtuous sister
I don’t need to be protected only because I am your virtuous mother
I don’t need to be protected only because I am your virtuous daughter

You need to be protected too. Just like me.

De même que dans la rue les femmes ne marchent pas à la même allure que les hommes ou ne se tiennent pas de manière décontractées. Les héroines de Blank Noise sont invitées à attendre durant une heure dans la rue, à parler à des inconnus, à livrer un secret qu’elles n’ont jamais dit à personne à un inconnu : « Chaque personne agit différemment. Combien de femmes préfèrent s’adresser à un enfant ? Combien de femmes s’adressent à un homme directement ? Donc chacun se rend compte de la manière dont il agit, différente en fonction de son histoire, ou de sa crainte de l’espace public, des étrangers ou simplement des hommes. » Le but étant de changer les habitus des hommes et des femmes, de mettre en évidence leur manière de se comporter dans la rue.

Toutefois le harcèlement, les tentatives d’attouchements, ne touchent pas que l’Inde. Blank Noise a récemment coordonné des ateliers au Japon et débuté sa prochaine campagne « I never ask for it » en Chine. Le but étant d’encourager les jeunes générations à se poser des questions sur les rapports entre hommes et femmes au quotidien. Une question et finalement un enjeu universel auquel chacun se doit de répondre et ainsi espérer contribuer à une société plus égalitaire.

Eve-teasing it’s a reference to Bible’s character, the temptress woman that men consider like normal to molest, insult, assault, attack, or touch on the street. This usual harassment is a fear for each woman in India, the worst country for women according to G20.

Walking fast, like a snake for stave off people, not replying to “hi”, even to insults sometimes, looking down. Feeling nervous at the idea to take the bus, full like usually, at the idea that some people can touch you, to be trapped. That is the feeling of women on the public space in India, more over when they are alone.

It was the feeling of Jasmeen Patheja too, when at 18, she is coming in Bangalore (Karnataka) for study on the Srishti College. Far of his house, she was feeling loose, terrify, and continuously on defensive. A feeling that she didn’t like, for this reason she have decided to come on the street with his camera for lonely arm. Of this street interaction is born the association Blank Noise, men and women who fight against street harassment and eve-teasing.

In 2003, Jasmeen regroup all the women of Srishti College  : “I have ask them to give me all the words that come to our minds for describe public space on three minutes”. The result have shock her, on few minutes, they have only negative associations. “After to saw that on my computer, I have ask them to have a conversation about that at least. 69 girls are unveiling; we went to a workshop phase. Question was what stops the others 51 girls? And we have answer they said you cannot change the world, this is how things are”.

Action de Blank Noise lors de la Journée de la Femme en 2008 en Inde. (c) baxiabhishek

Blank Noise – Women’s Day 2008. (c) baxiabhishek

This is the belief of largest part of people in India, which Jasmeen have listening lot of times : “I realizing that also with friends said how nothing is happening to you, or friend who said you should not forget that rape happens, people don’t say this is the problem, people say “That’s happen, just forget it” But I was not convincing because it was traumatic, I’m not saying that every time out of the house you have harassment, but it’s a mental game of preparing yourself for an attack”.

For most of men, a woman is wife, mother, sister, daughter: “Thinking of that it’s like think of that owner ship. It’s not loyalty it’s ownership. So that’s different from, but that’s also with the view that it’s two men fighting, and protecting and arming their women. It’s like to say: if you do this to my sister, I do this to yours.” according to Jasmeen Patheja.  Women should win his autonomy and citizenship. All of socio-cultural codes what she become finally the victims. But all the society has to fight for this right: “Blank Noise is really open to anyone and everyone: men and women, and people across genders and sexualities.” Many boys come cause they said they want to support women’s issue, a belief that Blank Noise want to remove : “ So this issue concerning everyone, it’s an issue concerning masculinities, it’s an issue concerning how men are be bring, that’s why also this is happening.” Said Jasmeen.

Changing the portrayal of women in India

Interactions on the street allow to many women to remove the panic feeling, and create empathy with people. So it’s the aim of Action Heroes, to making street a safe space for women. On the last December, was organized “Safety Line”, a space of meeting and sharing. Aim was simple: some tables and chairs on one bad street in Bangalore, and create a dialogue. It’s not to speak about attack of women  or even about relation between men and women, simply to talk about anything else. It’s not an easy exercise on this country when for women it’s not regarded to speak with a stranger moreover if it’s a man.

Blank Noise instaure le dialogue entre hommes et femmes en Inde. © Blank Noise

Blank Noise initiate the discussion between men and women. © Blank Noise

On the Indian culture, women are represented like docile, pure, shy, this image you can see on cinema too: “That’s grown up with cinema, with this attitude a lot of women have again the idea of good girl, she have to say no but she said yes for sexual relation, for relationship, she said yes without it persuade so she is not a good girl. A girl who says no means yes, a girl is to shy, a good girl supposed to be shy. She should say yes.” Comment Jasmeen Patheja.

This is also this fact that denounces the new campaign “Abused Goddesses” showing on Facebook. The representation of women in Hindu religion, we can see Lakshmi, Durga, and Saraswati, three goddesses represented by models with swollen faces.  For Jasmeen : “Even that, everyone wants to do something to get at right, women don’t want to be goddesses: pure, mother, daughter, sister. So what is the opposite of goddess? Citizen, independent.”

On the Blank Noise’s blog, we can read:

I don’t need to be protected only because I am your virtuous sister
I don’t need to be protected only because I am  your virtuous mother
I don’t need to be protected only because I am your virtuous daughter

You need to be protected too. Just like me.

Even on the street, women don’t have the same behavior the men, they don’t walk like them, and they are not relaxed. The women heroes of Blank Noise are invited to wait one hour on the street, or talk with strangers, or talk a secret that they have never told to anybody at a stranger: “Each boys and girls, men and women do it but differently. For example : if you ask talk to a stranger, how many people talk to a children, how many people talk to anybody, how many women decide to talk to men directly? When they come back we play with this marking game that each person realized themselves how he/she is. They realize that take some different decisions stand of their past, history, or their understanding of they fear of public spaces, or fear of strangers, or fear of men. The purpose is to change the invisible decisions that each gender takes usually, the unconscious behavior that each adopt on the street.

However harassment doesn’t touch only India. Its largest problem, and Blank Noise can help other countries to organize workshops like in Japan or like in China where the new campaign “I Never Ask for It” have start. The purpose is to force young people to ask the daily relation between men and women. This question is finally universal and each and everybody should try to reply for expecting have more equal society.


Audrey Durgairajan
Apres deux années passées entre la France et l’Inde, j’ai co-lancé avec Durgairajan Gnanasekaran le média Hope For Raise Magazine. Hope For Raise est un magazine en ligne et papier dédié aux femmes, à l’environnement, bref à tous ceux qui font bouger les lignes en Inde. Nous organisons des formations pour les journalistes professionnels ou étudiants afin de venir renforcer l’équipe sur place et de rencontrer des professionnels locaux.