Journalisme citoyen et smartphones

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C’est l’objet même du journalisme que de se trouver au bon endroit au bon moment pour être capable d’assister à l’événement et de diffuser l’information. Les médias eux-mêmes reconnaissent que ce n’est pas toujours possible. C’est la raison pour laquelle ils acceptent de plus en plus les informations émanant des personnes qui assistent à l’événement et publient photos, témoignages, vidéos via leurs smartphones.

Etre le témoin de l’actualité

La France compte quelques 48 millions de « mobinautes », c’est-à-dire des personnes accédant à Internet grâce à leur téléphone mobile (étude Internet ComScore du 14 mars 2013). On ne peut qu’encourager les propriétaires de smartphones à prendre en photo ou en vidéo l’événement inattendu auquel ils assistent. Lors de l’attentat de Boston le 15 avril 2013, de nombreuses personnes dans le public filmait les coureurs quand les explosions se sont produites. Ces innombrables vidéos ont permis de reconstituer précisément la scène et le déroulement de l’attentat, des vidéos aussi utiles aux services de police qu’aux médias.

La diffusion instantanée des informations

Ces témoins de l’actualité peuvent donc combler un manque et permettre une diffusion immédiate. En revanche, cette instantanéité ne permet pas une réflexion en profondeur sur l’événement, pas plus que la nature des plateformes de diffusion. Ainsi, Twitter avec ses tweets de 140 caractères réduit de beaucoup la description d’un événement. De même, les posts de Facebook n’ont pas vocation à s’étirer sur plus d’une ou deux phrases. La diffusion des images et de l’information n’est donc pas en concurrence avec l’article de presse qui proposera une description complète, voire une première analyse, voire une analyse de fond. Ce nouveau journalisme citoyen n’est donc qu’un canal d’information complémentaire.

Un nouveau journalisme citoyen

Les réseaux sociaux sont, par nature, simples à utiliser afin d’être accessibles au plus grand nombre. De même, les plateformes de micro-blogging sont très nombreuses et tout aussi simples d’utilisation. Enfin, l’évolution des téléphones mobiles en smartphones avec appareil photo numérique et caméra intégrées a rendu possible un nombre incroyable d’interactions. Une personne assistant à un événement pourra, par exemple, prendre une première photo avec son smartphone, l’envoyer sur Twitter, Facebook, Tumblr, son blog personnel… avant de réaliser une vidéo destinée à YouTube ou une très courte vidéo pour Vine. Chacun peut être témoin et diffuser une information « crue » ou ses impressions à vif qui ne sont pas dépourvues d’intérêt, loin de là.

Entre censure et manipulation

On peut avancer sans trop de risque qu’il s’agit là d’une formidable barrière contre la censure dans les pays où celle-ci est très présente. Autrefois, il était peut-être possible d’interdire l’accès à un site internet diffusant des contenus ne convenant pas au régime en place. Aujourd’hui, ce type de gouvernement se trouve bien incapable d’empêcher le dissident de prendre « la photo qui dérange » et de l’envoyer via un réseau anonymisé comme Tor (lire « Naviguer anonymement »).

En revanche, une telle avancée technologique et démocratique a un défaut et pas des moindres : l’interprétation des images et la manipulation de l’information. Le fait d’envoyer immédiatement telle ou telle preuve d’un événement peut donner lieu à des interprétations faussées selon les destinataires du message. Une description incomplète ou manipulée (les vidéos de policiers prises de loin, par exemple) peuvent donner lieu à de graves erreurs, amplifiées par l’effet boule de neige des réseaux sociaux.

Que dire à part conseiller de tourner sept fois son pouce avant d’appuyer sur SEND ?

La sécurité de ces nouveaux journalistes

Enfin, si les journalistes de métier savent jusqu’où ils peuvent aller dans des situations pouvant présenter un danger, les mobinautes souhaitant diffuser ce dont ils sont témoins ne connaissent pas ces règles de base. On peut craindre que ce besoin de relayer l’actualité brûlante ne mette en danger ces nouveaux journalistes, et bien plus s’il s’agit d’événements en zones de guerre ou d’instabilité politique.

The Dissident et les mobi-journalistes

Bien sûr, nous ne pouvons que vous encourager à nous envoyer vos témoignages, photos et vidéos à l’appui, soit via les commentaires situés en dessous d’un article lié, soit via le formulaire de contact. Nous nous permettrons juste de vous conseiller d’appliquer les 3 règles suivantes avant d’utiliser votre smartphone :

  • Assurez-vous que vous êtes en sécurité, c’est le point le plus important.
  • Attendez quelques minutes avant d’envoyer votre contenu, pour voir s’il correspond vraiment à ce que vous souhaitez.
  • Donnez le maximum de détails pour nous permettre de bien comprendre le contexte (lieu, date, heure, personnes présentes, etc.)

Hortense Chevalier
Hortense Chevalier (Lelong de Longpré), 30 ans - Responsable webmarketing et juriste en droit des NTIC, je suis une passionnée des nouvelles technologies et je parle ici des évolutions ou des révolutions qui changeront la vie et les modes de consommation du citoyen : impression 3D, nanotechnologie, usages sur internet...