La démocratie participative 2.0, l’avenir ?

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Entre « petites phrases » et grands « couacs », aller chercher l’information sur les projets du gouvernement est devenu une tâche particulièrement compliquée. Les citoyens seraient-ils plus intéressés par le buzz que la vie politique ? A en croire les créateurs du site Regards Citoyens, bien au contraire il y a un regain d’intérêt sur ces questions.

Que font nos députés ?

C’est durant les débats sur LOPPSI que l’association Regards Citoyens a pris pleinement conscience de l’ampleur de la tâche. Présents dans les tribunes du public, lors des 27 heures de débats, armés d’un papier et d’un crayon, ils se relayent afin de tweeter en direct les amendements, les discussions et autres points de désaccords du sujet de lois. « Un marathon parlementaire » qui, selon Benjamin Ooghe Tabanou : « est assez peu relayé par les journalistes qui préfèrent parler des questions au gouvernement, les discussions générales dans lesquelles les députés vont passer chacun leur tour à la tribune pour exprimer une position de principe sur l’ensemble du texte, mais ne vont pas aller argumenter sur les points précis, et donc faire le véritable travail législatif. Ce que nous tentions de faire c’était apporter un regard plus complet. »

Fondée en plein débat sur Hadopi, projet que ces mordus d’informatique intéressaient tout particulièrement, ils s’étaient alors rendus compte que l’information présente sur le site du Parlement était très riche mais difficile d’accès. En juillet 2009, à l’aide de programmes informatiques, ils récupèrent  toutes les données du site, pour créer leur propre plateforme informatique intelligente. L’histoire ne s’arrête pas là, chaque visiteur du site peut désormais s’abonner aux travaux de son député, ou à un sujet particulier pour obtenir les informations qui l’intéressent. L’objectif : devenir un outil de valorisation du travail parlementaire.

Méfiance, fantasmes et désinformation

Nous avons tous en mémoire les actions de Wikileaks, ou plus récemment du Parti Pirate, l’idée étant d’ouvrir les données afin que chaque citoyen puisse s’en saisir et se faire sa propre idée. Un mouvement de l’Open Data a donc émergé en France et dans le monde via internet. Autant d’initiatives qui ne sont pas nécessairement vues d’un mauvais œil par les gouvernements qui y voient l’occasion de redorer leur blason : « Nosdéputés.fr n’est pas un cas unique dans le monde, avant nous en Angleterre comme aux Etats-Unis par exemple TheyWorkForYou ou Open Congress proposaient l’ouverture des données du Parlement, et l’on compte plusieurs initiatives de ce genre à travers le monde.  Ces organisations se réunissent régulièrement pour échanger sur leurs travaux. Cela a été le cas plusieurs fois cette année, et dernièrement en juillet lors d’une conférence que nous avions organisée avec Sciences Po : L’Open Législatives Data Conférence. Nous avons travaillé tous ensemble à l’élaboration d’une déclaration pour l’ouverture et la transparence qui vise à être présentée à l’ensemble des Parlements représentés. Ce sont des revendications générales sur ce que devrait faire un Parlement à minima en termes de transparence et d’ouvertures pour redonner confiance aux citoyens et permettre à chacun de s’impliquer dans la vie parlementaire. Ce sont donc 44 points ralliés par 100 organisations à travers plus de 65 pays. Elle vient d’être présentée à l’Union interparlementaire lors de sa réunion annuelle au Québec. ».

Un sondage datant de 2011 et commandé par Sciences Po prouve que 60% des personnes interrogées s’intéressent à la politique, toutefois un même pourcentage de gens pensent que la démocratie fonctionne plutôt mal. 83% pensaient alors que les responsables politiques ne se préoccupaient pas  ou peu de ce qui les préoccupaient. Pour Benjamin, « Il y a énormément de suspicion et de fantasmes qui alimentent beaucoup de débats sur la vie politique aujourd’hui. Je pense par exemple à la réserve parlementaire, qui alimente beaucoup de débats alors que la transparence des données permettrait de rétablir une part de vérité entre les abus et des initiatives utiles ».

1,4 millions de visiteurs uniques l’an passé se sont déjà intéressés au projet français, qui souhaite désormais au regard des 44 points que soulèvent cette Déclaration analyser le degré de transparence de l’Assemblée Nationale et du Sénat et proposer quelques recommandations pour une démocratie participative. « Nous souhaiterions lever le flou qui entoure le vote parlementaire. La plupart des pays publient les votes de leurs élus mais en France nous n’avons pas accès aux détails individuels des votes de chaque parlementaire. » explique Benjamin de Regards Citoyens.

Dès 2015, la Commission Européenne optera elle aussi pour la transparence. L’Open Data devrait en effet, lui rapporter 40 milliards d’euros par an. Toutefois, ce n’est pas tant en termes économiques  qu’en confiance des citoyens envers  les institutions qu’il faudra compter.

Article publié à l’origine sur Europe Créative en novembre 2012.

Audrey Durgairajan
Apres deux années passées entre la France et l’Inde, j’ai co-lancé avec Durgairajan Gnanasekaran le média Hope For Raise Magazine. Hope For Raise est un magazine en ligne et papier dédié aux femmes, à l’environnement, bref à tous ceux qui font bouger les lignes en Inde. Nous organisons des formations pour les journalistes professionnels ou étudiants afin de venir renforcer l’équipe sur place et de rencontrer des professionnels locaux.