Le signal fort de l’Union européenne contre les colonies israéliennes

Des écoliers bédouins palestiniens se dirigent vers leurs tentes plantées dans un camp situé près de la colonie israélienne de Ma'ale Adumin, en Cisjordanie, le 15 septembre 2010. © 2010 Getty Images

Des écoliers bédouins palestiniens se dirigent vers leurs tentes plantées dans un camp situé près de la colonie israélienne de Ma'ale Adumin, en Cisjordanie, le 15 septembre 2010. © 2010 Getty Images

Le revirement de Bruxelles reflète l’évolution radicale de la situation dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est. Un article de Ian Black, expert du Guardian sur le Moyen-Orient. Guardian.co.uk, mardi 16 juillet 2013, 17 h 39 GMT.


Si les directives politiques européennes, composées de minuscules caractères et rédigées dans un obscur langage bureaucratique, sont le produit d’interminables discussions dans les commissions parlementaires de Bruxelles, elles peuvent parfois envoyer un signal puissant.

La réaction furieuse du gouvernement israélien révèle un élément crucial à propos du conflit le plus insoluble au monde : les colonies juives ancrées sur les terres palestiniennes occupées ne sont pas reconnues comme parties de l’Etat d’Israël par le droit international.

Ce basculement explicite dans la position de l’Union européenne (UE) vise à mettre fin au flou qui a permis à Israël, depuis la guerre des six Jours en 1967, d’asseoir, puis d’étendre sa présence au-delà de la vieille « Ligne Verte » de démarcation, sans en payer le prix.

La clause européenne « d’application territoriale » explique clairement que bafouer les résolutions onusiennes et les lois internationales entraîne des conséquences. Certes, elles ne sont pas dramatiques, mais elles touchent tout de même aux fonds de coopération, aux bourses estudiantines, aux fonds de la recherche et aux prix des institutions des colonies juives situées dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est, qui comptent désormais près de 520 000 habitants. L’université Ariel, près de la ville palestinienne de Naplouse, se trouve en première ligne.

Caricature de Tawfiq Omrane. teo-omrane.blogspot.com

Caricature de Tawfiq Omrane. teo-omrane.blogspot.com

Les échanges commerciaux entre l’UE et l’Etat hébreu ne seront pas affectés, bien qu’il y ait une demande de transparence croissante concernant les produits originaires des colonies – évaluée à environ 235 millions d’euros au sein des exportations israéliennes vers l’UE en 2011 (sur un total de 9,7 milliards d’euros).

Les nouvelles directives européennes n’ont pas été le tremblement de terre décrit par Jérusalem. Mais, elles illustrent bien les changements intervenus sur le terrain dans ces territoires que la droite conservatrice israélienne désigne par les noms bibliques de Judée et de Samarie et ne reconnait pas comme le berceau historique des aspirations nationales palestiniennes. L’impatience de l’UE a par ailleurs grandi au fur et à mesure qu’Israël préférait payer plutôt que de jouer le jeu de la paix, finançant l’Autorité Palestinienne et payant sans cesse l’addition d’un processus de paix inexistant ou virtuel.

En toile de fond, l’échec des négociations, l’agonie de la solution à deux Etats, et l’élection récente d’un gouvernement israélien qui ne semble pas croire en cette voie.

Les Palestiniens ont eux aussi lamentablement échoué, paralysés par leur incapacité à dépasser les divergences entre le FLP (Front de Libération de la Palestine) et le Hamas, mais ils vivent sous occupation militaire, sont les plus faibles et, indiscutablement, les principales victimes de 46 ans d’immobilisme. C’est vers eux que les sympathies européennes se sont principalement tournées.

Les libéraux d’Israël ont accueilli la décision européenne comme la preuve de, pour reprendre les mots de l’auteur Haaretz, Barak Ravid, « l’effondrement du prestige d’Israël en Europe et du danger potentiel de l’isolement international. » La décision politique des dirigeants européens a également été perçue comme « un risque immédiat et explicite pour l’économie ». Le collectif anti-occupation Gush Shalom l’a comparé à un « seau d’eau glacée versée sur la tête d’un ivrogne ».

Le réflexe qu’ont les Européens de prendre automatiquement la défense d’Israël, leur culpabilité innée vis-à-vis de l’Holocauste, sont désormais révolus. Par ailleurs, en imposant une loi sur la distinction claire entre Israël et les territoires occupés, les gouvernements européens agissent pour éviter un plus large, et plus légitime, boycott des produits israéliens. Si jamais les Palestiniens ne parvenaient pas à sécuriser leur propre Etat et entamaient un combat pour l’égalité des droits sur le modèle de l’Afrique du Sud, il serait bien plus difficile de résister à ces revendications.

Tzipi Livni, ministre israélienne de la Justice et vétérane des négociations avec les Palestiniens, a récemment alerté l’opinion : l’UE pourrait imposer des sanctions commerciales sur les produits israéliens si le processus de paix reste bloqué. La punition pourrait commencer avec ces directives, a-t-elle averti, mais elle ne s’arrêtera pas là. Il semblerait donc que les mots de Bruxelles ne soient de simples petits caractères.

European policy guidelines are composed of small print and impenetrable bureaucratic language that are the product of long hours of wrangling in committee rooms in Brussels, but they can still send out a powerful signal. The furious reaction of the Israeli government underlines an important point about the world’s most intractable conflict: Jewish settlements in occupied Palestinian territory are not considered part of the state of Israel under international law.

This explicit restatement of the EU’s position is intended to force an end to the ambiguity that has helped Israel to maintain and expand its presence beyond the old « green line » border since the 1967 Middle East war – without incurring significant costs.

The EU’s « territorial applicability clause » spells out that there can be consequences for flouting UN resolutions and international legality. Not enormous ones, true, but they still include funding, co-operation, scholarships, research funds and prizes for institutions in Jewish settlements in the West Bank and East Jerusalem, whose population now number about 520,000 people. Ariel University, near the Palestinian city of Nablus, is one obvious target.

Caricature de Tawfiq Omrane. teo-omrane.blogspot.comTrade between the EU and Israel will not be affected, though there is a growing demand for the clear labelling of products originating in settlements – worth about £200m of £8.3bn in Israeli exports to the EU in 2011.

The new Brussels guidelines are hardly the « earthquake » described in Jerusalem. But they do reflect changes on the ground in the territory that Israeli rightwingers call by the biblical names of Judea and Samaria and do not recognise as the heartland of Palestinian national aspirations. The EU’s impatience has also grown as it has remained a « payer rather than player », bankrolling the Palestinian Authority and picking up the tab for a nonexistent or virtual « peace process ».

In the background is the failure of negotiations, the lingering death throes of the two-state solution and the recent election of an Israeli government that does not really appear to believe in the idea.

Palestinians have clearly failed too, paralysed by their inability to overcome the differences between the PLO and Hamas, but they live under military occupation, are the weaker party and are indisputably the principal victims of the 46-year status quo. It is with them that European sympathies predominantly lie.

Liberal opinion in Israel welcomed the EU move as proof, in the words of the Haaretz writer Barak Ravid, « of how low Israel’s status in Europe has sunk and how dangerous [its] creeping international isolation is ». The government’s settlement policy was also a « clear and present danger to the economy ». The anti-occupation group Gush Shalom called it « a bucket of cold water on the head of a drunk. »

Automatic European defence of Israel, born of guilt about the Holocaust, is a thing of the past. Still, by laying down the law about the clear distinction between Israel and the occupied territories, EU governments are acting to stave off demands for a wider, more comprehensive boycott of Israel. If Palestinians eventually despair of securing a state of their own and move instead to a South African-type struggle for equal rights, those demands will become harder to resist.

Tzipi Livni, Israel’s justice minister and a veteran of negotiations with the Palestinians, warned recently that the EU might impose trade sanctions on all Israeli goods if the peace process stays frozen. Punishment might begin with the settlements, she warned, but it wouldn’t stop with them. So words from Brussels might turn out to be more significant than just small print.


Ian Black, traduit par Honorine Reussard.

Auteur invité
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