Comment le web a réagi aux attentats de Paris

#prayforparis

De l’effroi, de la tristesse, de la haine, mais aussi de l’aide et la solidarité. Depuis le 13 novembre, l’internet français est secoué par l’onde de choc consécutive aux attentats de Paris. Un reflet 2.0 des réactions qui se font entendre dans la société.

C’est un tweet qui a sauvé des vies. Alors que les attentats étaient en cours vendredi soir à Paris, le journaliste Sylvain Lapoix a eu la brillante idée de lancer le hashtag #PorteOuverte, avec une géolocalisation des tweets, afin que tous les Parisiens dehors puissent trouver un abri. Après avoir vu une photo du Bataclan sur Facebook, il s’est en effet connecté à Twitter pour en savoir plus, découvrant alors de nombreux messages de gens qui proposaient un abri ou en cherchaient un. Son tweet, qui a permis à beaucoup de se réfugier, a été relayé plus de 13 000 fois :

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Sur Facebook et Twitter, plusieurs personnes ont ainsi proposé d’accueillir des personnes, qu’elles se trouvent près des lieux des attaques, ou n’importe où dans la capitale :

Porte ouverte2

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Au même moment, Facebook activait le bouton d’urgence Safety Check. Censé permettre à chacun de prévenir ses proches, selon sa géolocalisation, en cas de catastrophes naturelles, cette fonctionnalité a fait son apparition suite au tsunami de 2011 au Japon. Depuis le 13 novembre, il a été utilisé par plus de 5 millions de personnes, qui ont pu signaler rapidement et massivement à leur entourage qu’ils étaient en vie.

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Cependant, ce bouton a provoqué de nombreuses colères sur les réseaux du Proche-Orient. Les Libanais, par exemple, se sont demandés pourquoi ils n’avaient pas eu le droit à cette attention lors à l’attentat qui a fait 43 morts jeudi 12 novembre à Beyrouth. Un bouton efficace donc, mais pas pour tout le monde…

 

Sur le terrain, les réseaux sociaux ont également contribué à organiser la recherche des personnes perdues, à travers le hastag #avisderecherche…

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…et ils ont aussi massivement relayé l’avis de recherche de l’un des terroristes auteurs des fusillades dans le X et XIème arrondissement, Salah Abdelslam.

 

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Un besoin d’unité

Depuis vendredi soir, la Toile a fait montre de sa solidarité face aux attentats. De clics en clics, ont circulé des témoignages de rescapés ou de leurs proches…

Le témoignage poignant d'un internaute anonyme

Le témoignage poignant d’un internaute anonyme

 

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Un message posté sur Facebook le 14 novembre 2015, par un homme à la recherche du sauveur de son épouse lors de l’attaque du Bataclan – Facebook

 

De nombreux messages de soutien aux victimes ont également été publiés :

 

Message Facebook de la Ligue des Droits de L'Homme de Toulouse

Message Facebook de la Ligue des Droits de L’Homme de Toulouse

 

Les internautes ont également vu passer des appels à respecter la dignité des victimes :


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Ils ont aussi posté des posts de soutien à la communauté musulmane face aux amalgames qui guettent…

 

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Des messages de Français musulmans appelant à l’unité (#noussommesunis) ont également été diffusés, comme celui-ci, réalisé par l’association des Etudiants Musulmans de France :

 

Tout le week-end, le web a également vécu au rythme des rassemblements et des manifestations de soutien qui sont apparus aux quatre coins de la France, comme ici à Marseille :

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… ou à Paris dimanche soir :

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Sur Facebook, de nombreux internautes ont également recouvert leur photo de profil d’un filtre bleu-blanc-rouge, proposé par le réseau social.

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Un symbole que certain ont rejeté, y voyant là une réaction nationaliste :

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Continuer à vivre

Face au carnage qui a meurtri la France, nombreux sont les internautes à avoir voulu rendre hommage à la vie.

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De son côté, le guide du Fooding a lancé l’initiative #tousaubistrot en hommage aux victimes et en soutien aux restaurateurs. En écho à « Je suis Charlie », des internautes parisiens se sont aussi mobilisé autour du slogan #jesuisenterrasse, affirmant leur liberté de manger ou prendre un verre en terrasse.

 

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Alors que la France était sous le choc, certains sites ont décidé d’offrir un peu de douceur à leurs lecteurs. Le site Madmoizelle, par exemple, a offert aux internautes de multiples doses de réconfort, quand d’autres ont apportée leur touche d’humour :

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De manière plus solennelle, certains sites ont choisi de faire ressortir à la surface du net des textes littéraires qui honorent Paris :

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Et d’autres ont décidé de partager des messages d’espoir, tout simplement :

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Manoeuvres politiques et rumeurs malveillantes

Alors que chacun essaie pour l’heure de faire son deuil, la récupération du drame de vendredi ne se sera pas faite attendre longtemps. Dans la classe politique, l’opportunisme s’est montré au rendez-vous :

 

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De même, les rumeurs malveillantes, les messages de désinformation et les faux articles ont rapidement envahi les réseaux sociaux :

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Un message, dont le contenu était faux, qui a beaucoup circulé par SMS, par mail et sur les réseaux sociaux.

 

Une fausse rumeur relayée sur Twitter - (c) Twitter

Une fausse rumeur relayée sur Twitter – (c) Twitter

 

La réplique du web

Suite aux attentats de Charlie Hebdo, le groupe Anonymous avait contre-attaqué en invitant tous les internautes à communiquer les comptes Twitter liés à l’État Islamique. 9200 au total, qui ont refait surface suite aux attentats du 13 novembre. Dès le lendemain des attaques, les Anonymous ont ainsi fait savoir qu’ils n’hésiteraient pas à lancer prochainement des cyber-attaques à l’encontre de Daesh. « L’opération la plus importante, jamais réalisée contre vous », ont-ils commenté.

Que retenir de tout cela ? Si l’on critique volontiers les réseaux sociaux, leur progression affolante et leur impact parfois désastreux sur les internautes, ils constituent bel et bien le miroir numérique de notre société. Comme dans la vie réelle, les messages publiés suite aux attentats ont servi d’exutoire, mais ils ont aussi apporté aide et réconfort. Là où les terroristes veulent diviser pour mieux régner, le web a vu naître un élan de solidarité quasi instantané, portée par des outils rapides et efficaces. Triste ironie du calendrier, le 13 novembre était aussi la Journée de la gentillesse. Au regard des atrocités commises dans les rues de Paris, les réseaux sociaux ont prouvé que celle-ci n’avait pas besoin d’une journée pour être honorée.

Louise Duclos
Journaliste et chroniqueuse. Elle a fait ses premiers pas chez Street Press, co-fondé et dirigé la rédaction d'une web-radio et écrit des articles d'éthologie chez Sciences et Avenir. Passion pour les sujets de société et notamment le rapport entre homme et numérique.