Luna Rosa

Attys Luna et Rosa Maria.

Deux jeunes filles cubaines, nées à La Havane, sous le totalitarisme castro-communiste, se sont récemment rencontrées à Paris. L’une d’elle, 20 ans, élevée et grandie dans l’exil ; l’autre, élevée et éduquée au sein d’une famille de l’opposition, née dans la dissidence. Qu’est-ce qui les différencie ? Essentiellement rien. Ce sont deux jeunes pleines d’idées, de rêves, de désirs.

Rosa María, malgré ses 24 ans, a dû s’extraire de la joie de la jeunesse pour affronter avec fermeté l’assassinat de son père Oswaldo Payá Sardiñas[1] et de son ami Harold Cepero, aux mains de la dictature des Castro. Elle a dû assumer beaucoup trop tôt un rôle pour lequel elle est mieux préparée que bien d’autres à qui on l’a proposé d’avance. Son plus grand entrainement a été l’éducation reçue de ses parents, leur exemple et la douleur d’avoir grandi au milieu de la terreur. J’ai beaucoup appris de Rosa María ces derniers mois. En discutant maintenant avec elle, face à face, ses paroles me redonnent l’espoir qu’une Cuba libre de tout type d’attache peut être possible, même si ce sera difficile. Sa famille l’a souffert dans sa propre chair.

C’est une jeune fille d’une beauté très cubaine, ses beaux yeux noirs sont rieurs, ses paroles sont claires, humaines, transparentes. Elle possède une intelligence naturelle, elle ne parle jamais d’elle-même, seulement des projets en lien avec Cuba et de la nécessité d’enquêter sur l’assassinat de son père, d’Harold et de tant d’autres opposants. Elle se souvient avec beaucoup de tendresse d’Orlando Zapata Tamayo[2] et de sa mère, Reina Luisa. J’ai la sensation, et ce sans vouloir déshonorer personne, que je suis face à la femme la plus remarquable qu’a connue Cuba depuis bien longtemps. Sa grandeur repose sur sa simplicité. Elle me rappelle la sérénité de Dulce María Loynaz[3], son ascendance, car Rosa María est de la même lignée. De la trempe de ces femmes cubaines qui, d’où qu’elles viennent, quelle que soit leur origine, possèdent l’élégance d’une culture et le sentiment profond chevillés au corps.

Deux cubaines réunies par l’amour de la liberté

Attys Luna est ma fille, elle suit deux cursus universitaires à la Sorbonne, celui de Cinéma (en deuxième année) et celui de Littérature espagnole (elle s’est inscrite cette année). Sa discrétion frôle la timidité et la réflexion. Des cheveux châtain clair, des yeux bleus, d’un bleu infini. Elle prépare méticuleusement ses cours et s’intéresse énormément à son pays d’origine, du point de vue de la vérité, de l’histoire, des études, tout comme elle le fait avec son pays d’adoption : la France. Durant ces quelques mois, elle m’a donné de multiples leçons de courage et de sagesse, elle a été mon soutien. Comme j’aimerais en dire plus au sujet de ma fille avec tout mon amour et ma sincérité ! Mais connaissant aussi sa simplicité naturelle, il vaudra mieux que je le lui redise seule à seule, comme nous l’avons toujours fait, ce qui la perturbe même ainsi.

Rosa María et Attys Luna se sont mutuellement accompagnées il y a quelques semaines à Paris. Elles m’ont toutes les deux écrit des courriers où elles se complimentent mutuellement et dans leurs écrits je constate que quelque chose de très profond les réunit : l’amour de la vie, de la vérité, de la liberté, et une idée très optimiste du futur, ici ou là-bas, où il leur sera donné de vivre.

Merci à toutes les deux de me donner autant.

Traduit par Jessica Swiderski
Texte original sur le blog de Zoe Valdès


[1] Un des dissidents cubains les plus importants, Oswaldo Payá Sardiñas et son ami Harold Cepero sont décédés le 22 juillet 2012, officiellement victimes d’un accident de la route.

[2] Dissident et prisonnier politique cubain décédé le 23 février 2010 à la suite d’une grève de la faim.

[3] Poétesse cubaine du XXe siècle très célèbre.

Zoe Valdes
Née en 1959 à Cuba, Zoé Valdés vit exilée en France depuis 1995. Poète, scénariste, romancière, elle a vu ses ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. Des succès internationaux comme Le Néant quotidien, La Douleur du dollar, La Fiction Fidel ou Danse avec la vie en ont fait l’un des écrivains cubains les plus connus.