Maroc : les balbutiements d’un pays en transition démocratique

Douanes portuaires à Essaouira. Photo Maëlys Martin

Douanes portuaires à Essaouira. Photo Maëlys Martin

La décision du parti de l’Istiqlal (Parti de l’Indépendance) de se retirer du gouvernement d’Abdelillah Benkirane, le 12 mai 2013, annonce les prémices d’un cafouillage politique. Principal allié du PJD (Parti Justice et Développement), l’Istiqlal offre ainsi la possibilité aux partis libéraux de prendre à nouveau part au futur gouvernement.

Au cœur des manifestations du printemps arabe, le Roi Mohamed VI décide d’un référendum constitutionnel le 1er juillet 2011, qui donne lieu à une nouvelle constitution. Dans les grandes lignes, elle prévoit une meilleure séparation des pouvoirs, l’égalité sociale entre l’homme et la femme, la reconnaissance de l’amazighe (berbère) en tant que langue officielle au même titre que l’arabe, la création d’une cour constitutionnelle et d’un conseil  supérieur de sécurité, mais surtout le transfert de certains pouvoirs du roi vers le chef du gouvernement. Voici donc, en somme, un grand pas effectué au nom de la transition démocratique.

Il y a ceux pour qui ce n’est pas assez et d’autres pour lesquels c’est déjà trop !

Du point de vue occidental, qu’il soit européen ou américain, nos démocraties sont des exemples à suivre et devoir nous est donné de « libérer les peuples opprimés ». Dans le siècle du « tout, tout de suite », on pense pouvoir imposer notre modèle en quelques mois. C’est bien sûr sans compter sur des us, des coutumes, des mœurs, des cultures séculaires qui ne demandent quant à elles, qu’à être préservées. Il semble alors évident, non moins logique, que si certains réclament la laïcité, d’autres s’en offusquent ! Et que si certains désirent voir émerger une pleine démocratie, cela ne se fera pas sans le roi, commandeur des croyants. Mais alors que se passe-t-il lorsque les partis conservateurs le terme « islamiste » prêtant trop à confusion par les temps qui courent mènent le gouvernement à la majorité ?

Le bilan gouvernemental provoque les premiers désaccords. Trop radicaux ou pas assez. Et sans fil d’Ariane, tout le monde s’y perd, le peuple en premier. Prenons, par exemple, la question de l’égalité sociale entre homme et femme. Certes, le souhait est louable, mais est-ce crédible quand le gouvernement nomme une seule femme ministre sur 31 au total, tandis qu’il en comptait 7 auparavant ?

Le nouveau gouvernement : retour vers le futur

Le départ de l’Istiqlal a pour conséquence la dissolution du gouvernement et la création d’un nouveau. Les partis libéraux du RNI (Rassemblement National des Indépendants), PPS (Parti du Progrès et du Socialisme) et MP (Mouvement Populaire) reprennent donc la majorité aux conservateurs. Une bonne nouvelle, sauf pour M. Benkirane, qui aura plus de mal à se faire entendre…

Les balbutiements des deux années passées amènent l’État à reconstituer une base ministérielle plus solide, à travers la nomination du nouveau gouvernement, le 10 octobre 2013. Et pour cela, le mieux est encore de faire appel à ceux qui ont déjà fait leurs preuves, à nommer six femmes ministres et à garder ceux qui s’en sont bien sortis. Bref, un mélange pré et post-nouvelle constitution, de quoi calmer les élites en rogne, sans alarmer les électeurs du PJD.

Si cela donne l’impression à certains d’avoir perdu deux ans à tâtonner dans le brouillard démocratique, il semble important de leur rappeler qu’une transition démocratique ne se fait pas en un an, mais que pour rappel historique, il faut parfois plus d’un siècle.

Maëlys Martin
Maëlys Martin est rédactrice et chef de projet audiovisuel. De formation journalistique et linguistique, cette passionnée du Monde Arabe tient à faire tomber les idées reçues. Si les médias traditionnels font de cas isolés des généralités et des vérités absolues, Maëlys intègre le contexte… et parfois, ça dérange !