Mauritius, « Enn Sel Kouler »

L'île Maurice a su faire de son pluralisme religieux et culturel une richesse. Photo Alain Roumestand

Pour les Français, l’île Maurice (Mauritius) est synonyme de vacances au soleil, de paradis végétal et de plages de rêve. Le président Chirac s’y plaisait, les stars d’Hollywood y font de courts séjours, sans parler de Lilian Thuram en voyage de noces. Bernardin de Saint-Pierre, au 18ème siècle, y avait campé les amours de Paul et Virginie.

Lisons Marc Lambron, invité à un salon du livre sur l’île : « L’hébergement est assuré par un hôtel mondialisé avec palmes, piscine, chambres néo-Starck, mères de familles sexy, décoction de lychees et Russes en pantacourt. La plage assure la détente ».

Mais le même écrivain note qu’ « au demeurant, l’île Maurice n’a pas attendu les mots d’ordre du cosmopolitisme réconciliateur pour inventer ses mélanges heureux : on y parle indifféremment le français et l’anglais, des temples indiens y mettent une touche Vishnou, l’Afrique n’est pas loin ».

Le Mauritius dynamique

Mauritius, c’est d’abord une petite île de 1,2 million d’habitants dans l’océan indien, plaque tournante économique entre l’Asie, l’Afrique, l’Australie et… L’Europe. Les grandes entreprises viennent explorer les conditions d’un développement assez remarquable. En quelques années, l’île est devenue un véritable hub avec Port-Louis la capitale, port franc qui accueille les bateaux de commerce, stocke les containers (Maersk, la danoise de renommée mondiale, y est bien implantée), transforme ou assemble les produits textiles, chimiques, électroniques.

Le tableau peut être complété par Maurice, place financière off-shore, les centres d’appel de grandes entreprises, les TIC (technologies de l’information et des communications), la fibre optique financée par l’Etat, le bioéthanol, la cogénération charbon et bagasse de la canne à sucre pour l’électricité, des sociétés qui offrent un éventail de services et de conseils de gestion intégrée aux entreprises, aux fondations, aux fonds d’investissements ,le MID (Maurice île durable), avec ses cinq E : éducation, environnement, énergie, emploi, équité.

Le Mauritius démocratique

Mauritius est devenu indépendant en 1968 avec une constitution léguée par l’Angleterre, dans une zone où les démocraties sont rares. L’Habeas Corpus, contre toute forme d’arbitraire, est inscrit dans la législation mauricienne. Une démocratie parlementaire fonctionne avec une assemblée nationale de 70 membres, dont des élus choisis parmi «  les meilleurs perdants aux élections générales et communales ». La séparation des pouvoirs y est la règle.

Une commission nationale des droits de l’homme peut enquêter sur « toute plainte écrite par tout individu prétendant qu’un de ses droits humains a été , est, ou est susceptible d’être violé par un acte délictueux d’un autre individu agissant dans l’exercice d’une fonction publique qui est conférée par la loi ». Le système judiciaire est inspiré par la justice anglaise.

Le protocole des droits de la femme, la convention de l’UNESCO concernant la discrimination dans l’éducation, la loi contre la discrimination des sexes, ont été signés par les autorités. Mauritius a aboli la peine de mort en 1995. Les services de santé sont gratuits et l’éducation obligatoire aussi.

Un pluralisme religieux et racial unique

L’Etat recommande aux radios-télévisions « de ne pas diffuser d’éléments indécents, obscènes qui choquent les convictions religieuses ». Car l’île est très religieuse, dans une diversité totale, avec une population multiraciale. Chinois (4%, certains bouddhistes, d’autres chrétiens), blancs (certains chrétiens), mauriciens d’origine indienne (les  plus nombreux, hindous à 50%, dont les tamils), musulmans (17%, issus de l’islam de l’Inde et de l’Afrique, avec la grande mosquée de Jummah à Port-Louis).

L’hindouisme que connait Maurice est « allégé ». Pas de castes, pas de vaches sacrées, pas d’ascètes (les sadhus) qui se mortifient. Mais la célébration de Maha Shivaratree. Les chrétiens, issus des immigrants européens venant de l’Afrique, et créoles forment 30% de la population avec peu d’anglicans (malgré le passé anglais) et la figure emblématique du père Laval (mort en 1864) avec son grand sanctuaire.

"Une île, plusieurs peuples, tous Mauriciens". Photo Alain Roumestand

« Une île, plusieurs peuples, tous Mauriciens ». Photo Alain Roumestand

Dans de nombreux bourgs, les mosquées, les églises, les temples hindous sont implantés quasiment côte à côte. Et toute la semaine,  les fidèles se croisent sans qu’il n’y ait de tensions au quotidien. Tolérance, diversité, respect, absence de sectarisme, même si des incompréhensions peuvent apparaitre. Une religion presque commune pourrait se dégager avec un mélange d’hindouisme, de catholicisme, de coutumes africaines.

C’est bien ce que chante Richard Beaugendre dans son album Letana « Enn Sel Kouler La Po ». C’est ce que révèle une vaste stèle à l’entrée d’un véritable parc religieux hindou : « Tous mauriciens ». Ainsi, une petite île réussit mieux que d’autres sans ressources naturelles, mais avec beaucoup d’ingéniosité et d’intelligence.

Avec la crise française et dans une moindre mesure celle de l’Union Européenne, avec l’évolution actuelle de l’économie mondiale,  le déficit commercial existe. Mais selon Statistics Mauritius, les exportations sont passées de 6,9 millions de roupies mauriciennes (environ 1,7 million d’euros) à 8,1 millions (1,96 million d’euros) cette année. Des inégalités nouvelles apparaissent et font naitre des tensions. Le vice-ministre Xavier-Luc Duval continue d’affirmer : « Nous voulons créer une nation d’entrepreneurs et non de salariés ».

S’il fallait retenir une image de l’île Maurice, ce serait celle-ci, fugace, à Rose Hill : un bus de la National Transport Corporation, avec à son bord une jeune femme en sari, s’abritant du soleil avec son Ipad à la pomme, assise à côté d’un jeune musulman et d’un chrétien à petite croix de bois autour du cou.

Alain Roumestand
Alain Roumestand a une carrière très diversifiée : professeur d’histoire, formateur presse et d’élus, animateur radio, syndicaliste, rédacteur presse de l’Éducation nationale, conseiller en formation continue en France et à l’étranger, chargé de communication, proviseur, rédacteur presse internet, historien.