Mazin Qumsiyeh : rejeter le sectarisme pour défendre les droits humains

Mazin Qumsiyeh © DR

« Nous avons un pays de paroles.
Parle, parle, que je soutienne mon chemin avec des pierres de pierre.
Nous avons un pays de paroles. Parle, parle, que nous connaissions la fin de ce voyage ». 

Mahmoud Darwich, Nous voyageons comme tout le monde.

Ces quelques lignes du poème de Mahmoud Darwich résument à la fois l’action et la parole que Mazin Qumsiyeh s’attache à défendre. Professeur à l’université de Birzeit à Ramallah, Mazin Qumsiyeh est engagé dans le quotidien sur des valeurs humanistes que nul ne saurait renier : rapprochement entre les peuples, comité contre le mur et les colonies, résistance populaire.

Mazin Qumsiyeh © Bob Child/AP/East News

Mazin Qumsiyeh © Bob Child/AP/East News

Tels sont certains des principaux mots clés que l’on pourrait joindre à sa photographie. Mais dire cela c’est aussi prendre conscience qu’en faisant de la « résistance populaire », il prend régulièrement des risques : lorsqu’il participe physiquement pour empêcher l’expulsion d’une famille palestinienne de chez elle, ou contre la construction du mur, cette résistance populaire est bien réelle.

Au-delà de la question palestinienne, Mazin Qumsiyeh entreprend un travail d’analyse géopolitique très rigoureux qui englobe l’ensemble du monde arabe : comprendre l’action internationale des grandes puissances telles que celle des Etats-Unis permet aussi de remettre au cœur la question clé de la Palestine. Son blog d’analyses est devenu une référence incontournable pour ceux qui lisent autrement les événements de cette région.

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« Nous nous trouvons dans une période extrêmement périlleuse de l’histoire mondiale, tandis que les anciennes structures de pouvoir s’effondrent et que la domination des USA commence à faiblir. Mais l’empire riposte. Les Etats-Unis et Israël tentent de renforcer des mouvements néolibéraux tributaires d’une accumulation de capitaux pour les riches et d’une pauvreté accrue pour la plupart des gens.

Afin d’éviter une poussée révolutionnaire majeure parmi ceux qui sont privés de leurs droits, ces élites ont incité à des conflits sectaires : Sunnites contre Chiites, Arabes contre Kurdes, Chrétiens contre Musulmans, Juifs contre Musulmans et Chrétiens, etc.

Ce mortel jeu de diversion par le biais de guerres et de conflits civils rencontre l’opposition de ceux qui se soulèvent dans des endroits comme la Turquie et le Brésil. Si nous pistons l’argent et les manipulations des services secrets occidentaux ou israéliens, nous pouvons comprendre pourquoi les Frères Musulmans ont décidé de rendre l’Egypte islamiste et pro-occidentale et de rompre ses relations avec la Syrie. Nous pouvons aussi comprendre les bombardements en Irak dont l’objectif était de déclencher un conflit entre Chiites et Sunnites. Nous pouvons également comprendre les frénétiques manipulations médiatiques des informations. Et nous pouvons comprendre le soutien du Président Obama à la violation de l’intimité de citoyens américains, sous prétexte de sécurité.

Je ne sais ce qu’apportera le court terme, mais sur le long terme je crois que les hommes s’éveillent et qu’ils feront choix de diriger leur énergie non pas les uns contre les autres, mais contre les faiseurs de mal qui s’efforcent de fomenter des luttes sectaires. Le monde est trop peuplé et les technologies beaucoup trop mortifères pour faire autre chose que rejeter les incitations hostiles lancées pour le seul bénéfice des milliardaires.

Au cours des dernières semaines, la protestation contre les politiques néolibérales des gouvernements en Turquie, au Brésil, en Egypte, en Tunisie et ailleurs sont de bons annonciateurs d’un avenir positif. Il nous faudrait nous tenir tous par la main et dire : nous voulons la justice économique, et nous voulons la paix qui ne peut être fondée que sur la justice ; nous voulons les droits humains, nous rejetons le sectarisme, et nous ne pouvons rester neutres à bord d’un train en marche (Howard Zinn). Nous devons prendre parti : pour les droits de la majorité défavorisée et non pour les plans cupides et violents des élites. »

Mazin Qumsiyeh

Pour en savoir plus...

Rendez-vous sur le blog de Mazin Qumsiyeh : http://qumsiyeh.org

Sandrine Mansour-Mérien
Historienne, spécialisée sur l'histoire du Monde arabe et en particulier de la Palestine.Chercheur au CRHIA, Université de Nantes.