Michel Fize : « La cause animale est un combat à politiser »

Michel Fize et son chien Will © LGO

Sociologue spécialisé dans l’adolescence, la jeunesse et la famille, ancien chercheur au CNRS, Michel Fize a également été conseiller régional d’île de France. A la mort de son chien, Will, il y a deux ans, il publie Merci Will et à bientôt, un livre qui retrace son histoire au côté de son chien. À partir de là va débuter sa lutte pour la cause animale, une lutte qui l’a mené jusqu’aux élections législatives cette année…

The Dissident : Quel était l’objectif de ce livre ?

Michel Fize : L’écriture de ce livre était finalement un instinct, un réflexe irrésistible de raconter cette histoire sur le vif. Je ne dirai donc pas qu’i y avait un objectif en particulier. J’ai commencé l’écriture dans les derniers jours de la vie de Will pour ne pas oublier : je savais que, plus tard, je n’aurai pas eu la même puissance émotionnelle que celle que j’ai ressentie en écrivant. Et finalement, je suis satisfait car ce livre a eu plus d’impact que ce que je pensais, les lecteurs se sont facilement identifiés à cette histoire comme ont pu le confirmer les commentaires sur les réseaux sociaux, ou les remerciements que l’on m’a adressés par la suite. C’est comme si Will, qui était un chien ordinaire, était devenu le porte-parole de tous ces chiens disparus. Je n’en suis que le porte-plume, un écrivain public. De la même façon, je ne dédicace pas le livre à mon nom mais sous celui de Will. C’est d’ailleurs une grande émotion car, dans ces moments-là, je le revois, vivant, devant moi. Je prévois de faire paraitre l’an prochain un deuxième tome qui s’appellera Le Retour De Will. Il prendra davantage la trame d’une fiction : retour le 14 avril 2015, Will n’est pas mort et a réussi une nouvelle fois à s’en tirer. Je pense en profiter pour parler du chien de manière plus générale : ses capacités d’intelligence, les dix chiens les plus célèbres, les 10 histoires de chiens les plus connues… Je serai également en Suisse, en octobre, lors du congrès des livres sur les animaux. Pour en revenir au livre, je dirai que ce n’est pas un livre à message, mais plutôt un livre à émotion.

Vous parlez d’instinct mais vos mots sont pourtant empreints d’une réelle douleur…

La rédaction du livre m’a permis de tordre le cou à beaucoup de préjugés. On parle souvent de l’apaisement de la douleur grâce à l’écrit mais, pour moi, cette écriture a été une réelle douleur. Je relis le livre de temps en temps et même la lecture est douloureuse. En plus de ça, il faut savoir que j’ai Will sous les yeux tous les jours. Il suffit de voir ma page facebook où j’y poste régulièrement des photos et vidéos du chien.  Il est vrai que j’ai beaucoup de photos et de vidéos de lui. J’ai toujours eu cette attitude d’anticipation des choses. Avant que ma mère ne meure du cancer, j’avais pris plein de photos d’elle, j’avais même enregistré sa voix, qui doit encore trainer sur une vieille cassette. Will, on le mitraillait. En même temps, il faut dire qu’il était très beau. En 7 ans, 7 mois et 14 jours, il ne passait pas une journée sans qu’on m’en fasse la remarque ! Il m’est impossible de l’oublier. Ce que j’ai vécu avec Will, c’est une histoire d’amour dont on ne se rend pas forcément compte sur le moment présent. C’était passionnel, mais c’était une passion tranquille, pas de ces passions qui bouleversent au quotidien. Rousseau définissait le bonheur comme un « état complet et permanent ». Je pense que cela caractérise bien la relation que j’entretenais avec Will.

Vous dites aussi que vivre avec un animal apporte beaucoup d’un point de vue existentiel.

S’il fallait retenir un seul message de ce livre, c’est qu’il donne une leçon de vie. Un animal vous ramène aux fondamentaux de la vie, à l’essentiel comme se nourrir, se loger, se soigner… Je n’ai jamais eu d’obsessions de carrière, mais les animaux, qui n’en ont vraiment pas le souci, confirment davantage qu’elles sont inutiles. Tant que nous sommes en bonne santé, tout le reste est gérable. La vie de Will, c’est une leçon de vie et de courage. Tous les animaux affrontent la maladie et la mort avec une volonté extraordinaire. Ils ont un sentiment de résistance, de volonté de vivre encore un peu pour ne pas décevoir le maître. Je me souviens de la réflexion du vétérinaire qui s’étonnait de la résistance de mon chien. Il est d’ailleurs mort sans se plaindre.

Will © Michel Fize

Avez-vous toujours eu un tel rapport avec les chiens ?

Je n’ai vraiment eu qu’un chien dans mon enfance : Dick, un chien de chasse qui n’était d’ailleurs pas chasseur du tout. Mon oncle chasseur en avait aussi beaucoup ; j’ai donc eu finalement un horizon de chiens puisque je les voyais en permanence. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet : A l’âge de 23 ans, j’ai sauvé un petit chien des eaux. Je me souviens d’un retour en voiture catastrophique, le chiot aboyait en permanence et j’essayais en vain de lui faire boire du lait de vache. Puis pendant très longtemps, je n’en ai pas eu, même si la tentation m’a effleuré parfois. Quand j’ai eu 56 ans, mon fils a eu envie d’en avoir un ; c’est lui qui a trouvé Will. Le chien est d’ailleurs tombé amoureux de mon fils. Il était toujours dans ses pattes, à le faire tomber, et c’est lui qu’il suivait quand, en cours de promenade, je devais prendre un chemin différent. J’avoue avoir un peu souffert de cette rivalité, de cette préférence, mais en même temps je dois reconnaître que je m’en occupais beaucoup. C’est moi qui le nourrissais et le soignais. Et puis surtout, il y a eu cette scène à Avallon où le chien s’est retourné pour vérifier que je les suivais. C’est une scène qui m’a beaucoup ému. Quand j’y pense, je me dis que ce livre est aussi une relique, un tableau du maître

Vous militez aussi pour la cause des animaux. Comment expliquez-vous leur rejet ?

Il y a selon moi deux sortes de personnes : celles qui aiment les animaux et celles qui ne les aiment pas… Dans la hiérarchie des vivants, les animaux ont toujours été placés en bas. L’animal domestique, chien en tête est considéré comme étant au service de l’homme. C’est lui qui garde la maison en ville, la ferme du paysan à la campagne… Au départ c’est ça sa vocation. Si on remonte quelques milliers d’années plus tôt, quand le chien se détachait du loup, il protégeait l’homme contre les bêtes fauves. C’était un domestique, d’où l’expression « animal domestique ». Il y a des gens qui ne voient même pas l’utilité du chien. J’ai ainsi vécu des scandales avec Will, ne serait-ce que lorsqu’il lui arrivait d’effleurer le bas du pantalon de quelqu’un. Je dis d’ailleurs toujours que je n’aime pas les gens qui n’aiment pas les animaux. Maintenant, c’est pour moi un critère de sélection des hommes.

Votre passion pour la cause animale vous a également poussé jusqu’à vous présenter aux législatives.

Effectivement. Et avant ça d’ailleurs, j’ai été pré-candidat aux élections présidentielles, une candidature que je n’ai pu maintenir puisque je n’ai reçu aucun soutien des organisations de protection des animaux. Mon but n’était pas de me porter au pouvoir, mais surtout de diffuser un message. Or, si personne n’est là pour me tendre un micro, me poser des questions, le message est difficilement diffusé…  J’avais pour intention de porter sur la place publique ces sujets important dont on ne parle pas. Je pensais que cette cause aurait de quoi fédérer toutes les énergies. Non seulement cela n’a pas été le cas, mais encore, on m’a reproché ne pas avoir la légitimité de porter cette cause. En tant que sociologue de la jeunesse et de la famille, je me trouvais pourtant légitime dans mon combat. Comme s’il fallait être homosexuel pour lutter contre l’homophobie, noir pour lutter contre le racisme, une femme pour être féministe ! Quant aux législatives, ma campagne dans le mouvement 100%, présidé par Jean-Marc Governatori et Francis Lalanne, a été un véritable échec placé sous le signe du conflit. De l’invalidation de ma profession de foi à l’absence d’affiches à mon nom en passant par les tracts que j’ai dû imprimer à mes frais, elle n’a pas été une partie de plaisir. Je me suis quand même retrouvé à voter blanc parce que les bulletins à mon nom n’étaient pas arrivés dans les bureaux de vote de ma circonscription ! Cela explique en partie le score de 0.14% que j’ai recueilli.

Michel Fize était candidat aux législatives cette année © Michel Fize

Quelles sont aujourd’hui vos priorités dans la cause animale ?

La cause animale est un combat à politiser. En ce qui me concerne, j’ai surtout axé ma campagne sur la défense des animaux de compagnie, ce qui m’a d’ailleurs été reproché. Il est étonnant de voir que, même ici, les gens font la différence entre des causes « nobles » (interdiction de la corrida, dénonciation de l’abattage, arrêt de la production de foie gras par gavage des oies…) et des « bas intérêts » comme, en l’occurrence, la protection des animaux domestiques. Le problème est que nous ne connaissons pas assez les mauvais traitements qu’ils subissent au quotidien. Chaque jour, certains sont battus, enfermés dans des placards, confinés des journées entières sur des balcons étroits. Et je ne vous parle pas de ceux que l’on enterre vivant, ou que l’on ébouillante ! Il faut tout de même savoir que 100 000 chiens et chats sont abandonnés chaque année, et que le chiffre est aussi impressionnant concernant les euthanasies, souvent injustifiées. C’est la mort de Will qui m’a amené à découvrir tout cela, lorsque je me suis mis à faire des recherches obsessionnelles. J’ai été atterré de voir cette grande misère animale, d’autant plus que les animaux sont à présent reconnus comme des êtres sensibles, capables d’éprouver des émotions. Il s’agit de crimes contre l’animalité !

L’article 528 du Code Civil définit les animaux comme étant « meubles par leur nature »…

Aujourd’hui encore, on considère qu’on a le droit d’en disposer comme n’importe quel objet. De fait, le propriétaire détient le droit de vie et de mort. S’il trouve que son animal est désagréable, il peut l’emmener chez le vétérinaire pour l’euthanasier. Pour cette raison, je propose que l’euthanasie soit désormais décidée par une commission.

Le parti animal propose la création d’un ministère pour la protection des animaux. Qu’en pensez-vous ?

Je suis plutôt favorable à un ministère des droits et des animaux, comme il existe par exemple la convention des droits de l’enfant. C’est plus fort qu’un ministère de la protection. Protéger, c’est empêcher qu’on ne commette des actes. Je pense qu’il faut aller plus loin : les animaux ont aussi des droits, notamment le droit de vivre. Cela concerne principalement les animaux de compagnie qui n’ont pas vocation à mourir, contrairement aux animaux de basse-cour. En plus de ça, ils ont également le droit de mourir dans la dignité. Parallèlement à ça, je propose des sanctions contre ceux qui maltraitent les animaux. Ils devraient par exemple travailler dans un refuge, du matin au soir, auprès des animaux.

Ne faut-il pas sensibiliser à la cause animale dès l’éducation ?

Si, c’est d’ailleurs une mesure que j’ai énoncée. Il faut mettre rapidement les enfants au contact de la connaissance animale, et ce dès le primaire. Les animaux sont d’ailleurs déjà en contact avec des enfants malades. Aujourd’hui, il est essentiel de développer le pan de la médiation animale. Il faut établir un lien d’utilité réciproque entre l’homme et l’animal, qui apporte du réconfort. Will par exemple avait une fonction déstressante. Les dernières découvertes sur l’intelligence animale ont montré qu’il a des vertus de convivialité : il suffit de penser aux fourmis et leur vie collective. On a besoin des animaux. Un animal vaut tous les tranquillisants du monde et fait faire des économies à la sécurité sociale

Vous allez publier en octobre un Manifeste politique pour l’écologie animale et du vivant

C’est une réflexion importante, un document qui a pour vocation de faire connaître, sous une forme vulgarisée, la condition et l’intelligence animale. Il consiste en un tour d’horizon de la question animale. Il est temps de reconnaître que les animaux sont capables de sensibilité, qu’ils éprouvent les mêmes sensations que nous, même s’ils ne les expriment pas de la même façon. Nous avons encore trop l’idée que l’animal est en-dessous de nous et que, si ça n’était pas le cas, il ferait la révolution avec des pancartes ! Mais eux aussi ressentent la joie, la tristesse, le stress, le malheur…

Vous apportez sur la scène publique la question du deuil de l’animal

Cette question a été une grande découverte. Christel Brigaudeau avait d’ailleurs écrit un article pour le Parisien où elle disait que j’avais brisé là un tabou. Le deuil animal est aujourd’hui considéré comme socialement incorrect, et on m’a souvent fait remarquer que ma douleur, pour un animal, était incompréhensible. On a parfois du mal à considérer que l’on puisse ressentir autant d’émotion, voir plus qu’à la mort d’un homme ou de membres de sa famille. Je me souviens de cet Américain qui, sur les réseaux sociaux, avait semé le trouble en disant que la perte d’un animal était comme la perte d’un enfant. J’ai brisé un sentiment de honte puisque je n’ai jamais eu aucune honte à exprimer ma douleur. C’était un instinct, aussi simple que manger ou respirer. C’est d’ailleurs un tabou qui touche davantage les hommes : les organisations animales sont davantage des mondes de femme. J’ai toujours comme projet de créer une association d’aide aux victimes des familles endeuillées par la perte d’un animal. Cela prendrait la forme d’un groupe de paroles et permettrait aux gens de libérer leur émotion contenue. En ce qui me concerne, mon deuil a tout de même duré 17 mois, je n’étais pas préparé à sa mort. Avec le chien que j’ai actuellement, c’est différent, je m’y prépare. Même si j’aurais préféré ne pas savoir qu’il existait, maintenant il est là et je ne le laisserai pas tomber. Comme on dit : à la vie, à la mort !

Merci Will, et à bientôt : le sociologue et le chien, Michel Fize, éditions LGO, 7 juin  2016, 14 euros   https://www.amazon.fr/dp/2369960191/ref=cm_sw_r_fa_dp_t2_VghlzbFM2C647

 

Charlotte Meyer
Ancienne stagiaire chez The Dissident, Charlotte Meyer est étudiante à l’IEP de Paris dans l’objectif de devenir journaliste. Elle dirige depuis sa création en 2016 le média jeune "Combat", en hommage à Albert Camus.

3 Comments

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  2. MATHIAS

    27 juin 2017 à 18 h 40 min

    pourquoi promouvoir amazon quand l’ouvrage est dispo chez les libraires indépendants : https://www.librairiesindependantes.com/product/9782369960195/

    • fize

      28 juin 2017 à 10 h 16 min

      parce que le livre n’est pas toujours dans les librairies indépendantes qui ne veulent pas toujours faire l’effort de le commander à l’éditeur.
      On peut trouver aussi le livre sur le site de la FNAC, Culura, etc.

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