Notre-Dame-des-Landes : « Le référendum est attirant, mais représente potentiellement un piège »

Yannick Jadot (à gauche) et Ronan Dantec (à doite) - DR

Yannick Jadot (à gauche) et Ronan Dantec (à doite) - DR

La ministre de l’Écologie Ségolène Royal s’est attaquée au dossier brûlant de Notre-Dame-des-Landes, en suggérant l’organisation d’un référendum local sur le projet. À l’occasion d’une conférence citoyenne qui s’est tenue à Nantes le jeudi 12 mars 2015, les élus Europe Écologie-Les Verts, Ronan Dantec et Yannick Jadot, ont réagi à cette proposition.

The Dissident : La semaine passée, Ségolène Royal a proposé l’organisation d’un référendum local sur le projet d’aéroport du Grand Ouest. Quen pensez-vous?

Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique : C’est une solution possible, mais à trois conditions. Il faut tout d’abord attendre que les recours environnementaux soient arrivés à leur terme, puis organiser le référendum à l’échelle des deux régions administratives, Rennes et Angers [le projet de NDDL aura un impact direct sur leurs aéroports, ndlr]. Enfin, il faut ancrer ce référendum dans un débat égal, intelligent et éclairé par les contre-expertises. Dans tous les cas, il ne serait possible d’y recourir uniquement si tous les recours juridiques échouent.

Yannick Jadot, député européen : Les citoyens sont déjà mobilisés sur le dossier, via les associations, et sont impliqués dans les procédures juridiques intentées contre le projet. Il faudrait, avant de proposer un référendum, que l’État respecte la loi. La façon dont les citoyens ont été mal associés au projet devrait suffire à son abandon. Une fois tous les recours épuisés, si l’État voulait poursuivre, le référendum serait éventuellement possible, mais pas au niveau local comme l’a proposé la ministre. Ce projet met en jeu des intérêts plus larges qui touchent les régions Pays-de-la-Loire et Bretagne.

 

Le référendum est proposé en bout de course. Est-ce une façon de gagner du temps, voire de contourner lÉtat de droit ?

Ronan Dantec : Le référendum ne permet pas de rendre légal un projet illégal et ne peut être un moyen de contourner la loi. Il a été proposé tardivement car, jusqu’alors, les porteurs du projet ne voulaient pas en entendre parler. Il y avait un gros blocage.

Yannick Jadot : L’outil qu’est le référendum est attirant dans l’idée que les citoyens puissent s’exprimer sur des sujets qui les concernent directement. Le problème, c’est qu’il représente potentiellement un piège et peut s’avérer dangereux : en fonction de la façon dont est posée la question et dont le débat est mené, ou encore par les éléments fournis,ou non,aux citoyens. On peut donc penser que proposer un référendum sur un sujet qu’on défend est une technique de diversion. Il faut rester vigilant.

 

Limplication des citoyens dans ce projet est cependant indispensable. Doit-on résoudre le dossier par une mesure participative, via la démocratie locale ?

Ronan Dantec : Oui, le citoyen a été bafoué. Alors qu’il a le droit à une information juste et transparente, on lui a présenté de fausses pièces ! La résolution du conflit Notre-Dame-des-Landes ne se fera que par un retour au débat vers le citoyen et à une échelle pertinente, c’est-à-dire à une échelle qui ne soit pas uniquement locale.

Yannick Jadot : Le projet n’est pas seulement aberrant de part les moyens qu’il suppose. Il faut surtout que les élus reconnaissent qu’il n’a aucun sens. C’est la question de leur responsabilité qui est cruciale.

 

Les écologistes ne font plus partie du gouvernement : au détriment des opposants au projet ?

Yannick Jadot : La résolution du conflit ne dépend pas uniquement du gouvernement, l’échelle est plus large. Il ne faut pas oublier la mobilisation locale qui est très active et bloque le dossier. Il ne faut pas non plus négliger le niveau européen. Les députés écologistes fournissent un travail important au Parlement Européen. Nous permettons par exemple de mettre en lumière le droit européen auprès des associations sur le terrain.

Ronan Dantec : L’avenir proche, c’est l’Europe. Je crois en la capacité d’utilisation et de pression du droit européen. Cependant, si les recours échouent, il faudra revenir à une échelle moindre et développer le débat public davantage sur le terrain.

 

La ZAD de Sivens a été évacuée la semaine passée. Prochaine étape : Notre-Dame-des-Landes ?

Ronan Dantec : Non, c’est impensable ! La majorité est beaucoup trop fragile pour créer une situation de tension avec d’autres partis de la gauche. Sans compter les risques d’accidents graves. Le gouvernement a stratégiquement intérêt à ne pas évacuer la ZAD au cours des deux prochaines années [après les régionales fin 2015, les présidentielles auront lieu en 2017, ndlr]. Ce serait un risque bien trop important pour François Hollande.

Yannick Jadot : Déloger les zadistes de Notre-Dame-des-Landes est irréalisable. Ce qu’il risque de se produire, c’est un« jeu du chat et de la souris », une sorte de guérilla pacifique. Mais une évacuation est impossible.

Sarah Bouchaïb
Diplômée de l'Ecole Française de Journalisme et de science politique, je suis spécialisée en communication. Je suis particulièrement intéressée par les questions qui touchent au traitement médiatique, aux choix éditoriaux et aux stratégies des acteurs politiques. Je me revendique fièrement Digitale Native et ne rate jamais une occasion de découvrir une nouvelle technologie.
Marie Le Nabasque
Étudiante en master de science politique la semaine, indignée toute l'année. Je m'intéresse de près à toutes les formes d'injustices sociales ainsi qu'à l'émergence d'alternatives citoyennes singulières. Il ne faut pas me titiller sur mon addiction aux nouvelles technologies !