Notre-Dame-des-Landes : « Quel que soit le résultat du referendum, il faudra le respecter »

Freddy Hervochon à son bureau de l'hôtel du département. Photo Baptiste Duclos

Freddy Hervochon à son bureau de l'hôtel du département. Photo Baptiste Duclos

Vice-président aux ressources, milieux naturels et foncier du conseil départemental de Loire-Atlantique, Freddy Hervochon (Parti socialiste) est également l’élu qui succède à Françoise Verchère dans le canton Rezé 1, où est situé l’aéroport de Nantes-Atlantique. Favorable au transfert à Notre-Dame-des-Landes, il a accepté de répondre aux questions de The Dissident.

The Dissident : Le rapport remis à la ministre de l’Écologie Ségolène Royal mentionne que, pour répondre aux évolutions des besoins de l’agglomération nantaise, l’État pourrait partir au choix sur un aéroport à Notre-Dame-des-Landes à une piste, ou sur une rénovation de celui de Nantes-Atlantique. Selon les opposants, le coût total de la première solution, que vous défendez, est de 571 millions d’euros, dont 280 millions d’argent public..

Freddy Hervochon : Je ne confirme pas le chiffre concernant la part d’argent public. D’abord, l’État est maitre d’ouvrage, suite à un appel d’offre retenu par Vinci. On est sur un montage de type délégation de service public (DSP), qui est beaucoup plus traditionnel qu’un partenariat public-privé (PPP). L’État délègue à un opérateur privé, comme cela se passe dans beaucoup de domaines. Sur un coût total de 561 millions d’euros, seulement 115 viendront des collectivités territoriales. Le reste est essentiellement assuré par Vinci. Et ce ne sont pas des subventions qui lui sont accordées, mais des sortes d’avances remboursables.

Remboursables… si l’aéroport est rentable.

Cela concerne un futur aéroport de portée européenne dans un bassin de 8 millions d’habitants, l’équivalent de la Suisse ou de l’Autriche. Nantes-Atlantique a une des plus fortes progressions en nombre de voyageurs en France, hors Paris. Il y a une dynamique d’attractivité et de besoin de déplacement du grand ouest qui est assez importante. C’est une réalité. Je pense que dans le modèle économique proposé par Vinci, l’entreprise assume l’essentiel du coût. Ce ne sont pas les contribuables qui payent, mais les usagers de l‘aéroport. C’est un choix intéressant. L’État aurait pu prendre en charge, et dans ce cas il aurait sollicité l’imposition, c’est à dire les contribuables. Il s’agit finalement d’une DSP et ce sont les usagers qui financeront cet aéroport. Après tout, les usagers sont ceux qui utilisent l’avion, ce qui n’est pas le cas de tout le contribuable. C’est un peu comme une autoroute. 561 millions d’euros, cela représente quoi, pour un aménagement aussi structurant que celui-ci ? Ce n’est que 30 km de la ligne LGV qui se construit entre Paris et Rennes.

Selon les opposants, la rénovation de Nantes-Atlantique coûterait environ 10 fois moins cher que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Or, d’après le rapport du ministère de l’Écologie, elle satisferait tout autant aux besoins du grand ouest.

Ce n’est pas ce que j’ai lu. D’une part, la rénovation est-elle possible ? Il faut regarder la faisabilité, car aujourd’hui l’aéroport Nantes-Atlantique est en phase de saturation. Les chiffres de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) font état de 6 jours de saturation en 2011, c’est à dire lorsqu’il y a plus de 14 000 passagers par jour dans l’aérogare. En 2015, nous atteignions 135 jours de saturation. Le directeur de Nantes-Atlantique nous a indiqué qu’à ces pics de fréquentation, il n’était plus en capacité d’assurer la sécurité. Après, on nous dit qu’une réhabilitation est possible. Je n’ai pas les chiffres. Je pense que le rapport indique plutôt qu’on est sur des coûts équivalents, voire supérieurs au transfert à Notre-Dame-des-Landes, et cette fois-ci sans intégrer les coûts induits. Si on fait une réhabilitation, c’est pour un aéroport saturé. Or, notre objectif est de trouver une solution pour des passagers qui ont envie de voyager. L’avion est devenu démocratique. Comme le train et la voiture, ce n’était par le passé accessible qu’à une certaine classe sociale, aisée. Il s’est démocratisé essentiellement grâce à la baisse du prix. Ce phénomène existe parce que la mobilité est une vraie promesse. On ne peut pas accepter uniquement que les capitaux circulent : les personnes aussi doivent pouvoir se déplacer. Trains, voitures, ports, aérogares, etc. Si on réhabilite Nantes-Atlantique, on ne pourra le faire qu’avec le jaugeage actuel, déjà en cours de saturation. Il y aura de plus une limite sur l’acceptabilité des nuisances par les habitants. Nous serons dans une situation où il y aura autant, voire plus d’investissements que pour le transfert, pour arriver finalement à un ouvrage saturé. C’est une gabegie.

Sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il n’y a pas de garantie qu’il y aura plus de lignes aériennes ouvertes.

Le montage indique une prévision de 9 millions de passagers avec des ouvertures essentiellement européennes. Le futur aéroport est rendu attractif grâce entre autres à des temps de roulement inférieurs à l’actuelle infrastructure. Il sera aussi trois fois moins énergivore. Les compagnies aériennes attendent des possibilités d’ouvrir des lignes. En 10 ans, nous avons doublé le trafic aérien, et ce malgré les crises. L’ouest est attractif. On parle de destinations nouvelles sur lesquelles on pourra desservir les habitants, mais il y a aussi des gens qui veulent venir. Les enjeux sont énormes. Ce sera la future porte d’entrée du grand ouest pour les cités européennes. Nous sommes déjà connectés à Londres, mais avec le nouvel aéroport il sera possible d’ouvrir plusieurs lignes au lieu d’une seule par jour. Il y a un vrai enjeu de mobilité. Je considère que c’est un choix de société. Malheureusement, le débat s’est enlisé. En tant qu’élu et conseiller départemental de ce canton Rezé 1, j’ai fait le choix de porter ce projet aux côtés d’une majorité d’élus. Nous sommes de gauche, cela a toujours été le combat historique de la gauche de privilégier la mobilité des gens pour le travail et pour le loisir. On peut certes avoir des débats techniques, qui sont intéressants et qui doivent être étudiés. Mais le vrai débat porte sur ces choix de société que sont le progrès et la liberté de circulation.

Le rapport ajoute que le débat public de 2003, l’enquête publique de 2007 et le jugement du conseil d’État auraient été fondés sur des arguments d’autorité, qui sont ceux de la DGAC. Partant de là, Françoise Verchère qui est co-présidente du Cédpa (collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), estime que la déclaration d’utilité publique devrait tomber.

Là, on est dans un problème de modèle démocratique. On peut douter de tout. Il y a eu 160 décisions de justice, toutes ont été déboutées. Si on commence à douter de la loi, on est dans un autre modèle de société. Je n’irai pas là-dessus. Nous sommes dans une république, dans un État de droit. Si ce qui a été débouté pour Central Parc est valable, il est aussi valable ailleurs. On ne peut pas contester la justice en fonction de ce que l’on défend. La justice est unique en France, républicaine et universelle. Elle a montré qu’elle pouvait débouter des projets.

Il ne s’agit pas des opposants, mais d’un rapport d’experts, remis à la ministre Ségolène Royal, qui indique que des arguments d’autorité étaient à l’origine des jugements qui ont servi notamment à établir la déclaration d’utilité publique.

Il y a eu des rapports, des éléments et une justice qui se prononce. Les juges sont indépendants. Ils pèsent effectivement les choses. Le problème, c’est qu’il ne faut pas tomber dans le « tout est contestable ». Cela fait sept ans que l’aéroport a été déclaré d’utilité publique. La justice a agi. On a bien sûr le droit de s’opposer, on est en démocratie. Les opposants ont à ce titre déposé des recours. Tous ont été étudiés, pesés et rejetés.

D’après ces derniers, il resterait quelques recours dont on ne connaitra le résultat qu’après la tenue du referendum.

Je pense qu’on est dans un processus dilatoire pour empêcher la réalisation de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Il y a des recours abusifs, comme cela se passe lorsque vous avez des projets urbains. Il y en aura toujours. Mais à un moment donné, il faut être raisonnable. Si aujourd’hui on appliquait le droit, les travaux pourraient être démarrés. Il y a eu des moratoires qui ont été respectés. Le président de la République a décidé de consulter directement le peuple. Dans mon programme, j’ai eu un engagement très clair, très fort, sans ambiguïté : les habitants de ce canton ne sont peut-être pas représentatifs, mais ils m’ont clairement donné un mandat pour le transfert de l’aéroport, pour l’emploi, pour l’arrêt des nuisances. Ils ne veulent plus supporter. Je n’ai pas esquivé le débat dans cette campagne. J’étais pour le transfert.

En 2013, le président du conseil départemental Philippe Grosvalet (PS) nous avait répondu qu’un referendum sur la problématique de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes était un déni de démocratie. Qu’est-ce qui a changé pour qu’aujourd’hui un tel vote soit organisé, en Loire-Atlantique, sur ce sujet ?

Replaçons les choses dans leur contexte. Les élus ont massivement porté ce projet de transfert d’aéroport. Ils ont été clairs et nets. Il faut comprendre que quand vous êtes un élu local, que vous avez clairement porté ce projet et que vous avez reçu le suffrage universel là-dessus, vous pensez avoir fait votre travail. Celui-ci est légitimé par le résultat électoral. C’est la démocratie. Il est vrai cependant que quand vous vous présentez, c’est sur la base d’un programme global qui porte sur différents éléments de politique publique. Mais sur un secteur comme la Loire-Atlantique, je pense qu’il n’y a aucun parti qui n’a pas abordé ce projet dans le débat.

Mais sommes-nous toujours dans le déni démocratique avec ce referendum ?

Il y a eu une expression de la démocratie représentative. Aujourd’hui, si vous me posez la question – et je ne m’autoriserai pas à prendre la place du président Philippe Grosvalet, nous aurions préféré que les décisions de justice s’exécutent et que les positions portées par les élus soient respectées. Nous n’avons pas fait de coup d’état. Depuis le départ, nous ne sommes pas forcément favorables à ce referendum. Ce n’est pas nous, les élus, le département, qui avons demandé ce vote. C’est le président de la République. François Hollande a demandé une consultation parce que les opposants la demandaient. Les élus locaux en ont pris acte. C’est une démarche démocratique majeure. Les élus seront démocrates jusqu’au bout. Il y aura à nouveau un débat et le peuple se prononcera directement. Maintenant, j’apprends que les associations d’opposants sont contre ce referendum. Il faut être cohérent et ne pas se tromper de combat dans ce dossier. Il y a des enjeux démocratiques fondamentaux, sans parler des éléments techniques qu’on a évoqué. On est dans un choix de société. La vie démocratique doit se faire sans violence et doit être acceptée par tous, que l’on soit d’un côté ou de l’autre. Nous n’étions pas favorables au referendum, mais nous allons jouer le jeu.

Si le « non » l’emporte lors de ce scrutin, le projet d’aéroport sera-t-il abandonné ?

Je ne me projette pas sur le résultat. C’est une question qui est posée, je ne fais pas de politique fiction.

Vous devez bien avoir une idée de la position que vous aurez en fonction des résultats..

Il y a effectivement deux hypothèses. Le « oui » devrait être mis en avant parce qu’il conforterait déjà les positionnements sur lesquels nous avons été élus. Mais il y a un débat et la possibilité du « non ». Encore une fois, dans la manière de conduire ce débat démocratique, j’entends des choses qui me choquent de la part de certains, et concernant les résultats, j’ai déjà des gens qui me disent que si le « oui » l’emporte, ils le contesteront. Ce n’est pas possible. Quel que soit le résultat, il faudra évidemment le respecter.

J’attends vraiment de la démocratie dans l’animation du débat et dans l’acceptation du résultat, quel qu’il soit. C’est fondamental.

Si le « oui » l’emporte et que le chantier de l’aéroport est lancé, la ZAD (« zone d’aménagement différée » renommée par les opposants « zone à défendre ») ne s’évacuera pas d’elle-même. Faudra-t-il donc s’attendre à une nouvelle opération policière avec le risque d’ un décès dans l’un des deux camps, comme ce fut le cas à Sivens ?

N’inversons pas les rôles. À partir du moment où vous avez une minorité qui impose à une majorité, nous ne sommes plus dans une démocratie. Si le « oui » est majoritaire, j’appelle tous les démocrates à respecter ce choix. Lorsqu’une minorité violente fait du chantage à la mort, nous ne sommes plus dans un état de droit. Je serai très vigilant au respect des opposants, mais dans un processus non violent et démocratique. Ce que je ressens en tant qu’élu local du canton où se trouve Nantes-Atlantique, ce sont des messages très clairs sur des débats de priorité d’emploi et de logement. Ce n’est pas étonnant. Au delà du canton de l’aéroport, personne n’est hermétique à la problématique du chômage, du logement, etc.

La fin de Nantes-Atlantique ne risque-t-elle pas justement de supprimer des emplois dans votre canton ?

C’est faux. On a un transfert d’emploi lié à la logistique de l’aéroport au nord de Nantes. Pour la Loire-Atlantique, il n’y a pas de perte d’emplois. Et puis il y aura surtout 5000 emplois créés grâce à ce transfert. Il faut discuter avec les entreprises. Airbus et ses sous-traitants, l’IRT Jules Verne, attendent cet aéroport pour s’étendre, car aujourd’hui ils sont limités. Ce transfert va développer une filière d’excellence majeure pour le sud-Loire. On peut aussi considérer qu’il y aura 600 emplois créés par million de passagers supplémentaires, bien que ce ne soit pas géographiquement réparti. On en est à 4 millions de passagers aujourd’hui, et le projet vise les 9 millions. Ce sont des emplois qui profiteraient plus largement au département, pas forcément autour de Notre-Dame-des-Landes. Et je ne parle pas des heures de travail pour le chantier. Il faut battre en brèche les fausses idées.

Pour remplacer Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée nationale, Karine Daniel (PS) a été élue à 55% des voix exprimées, malgré un taux d’abstention de 75% des électeurs. Quel regard portez-vous sur ce fossé qui se creuse sans cesse davantage entre citoyens et élus ?

Sur mon expérience d’élu local, ce que je peux dire, c’est que le plus important reste l’exemplarité. C’est fondamental. Quand on est élu, on doit être exemplaire dans tous les domaines : comportement, transparence, etc. Il faut l’admettre, le scandale qu’il y a eu avec Jérôme Cahuzac a été catastrophique. C’était intolérable. Malheureusement, ce sont quelques brebis galeuses qui viennent faire tomber l’opprobre sur l’ensemble des élus. Ces derniers donnent beaucoup sans forcément avoir de grandes indemnités et se retrouvent soumis à la vindicte parce qu’une poignée d’élus nationaux a eu des comportements inacceptables. Tout ce qui ira vers davantage de transparence sur les déclarations de revenus, des capitaux, du patrimoine, vers de l’open data… Il faut y aller ! Je tiens à cette démocratie représentative, mais nos concitoyens ont une exigence d’être associés à la décision. Être élu, avoir un programme, le mettre en œuvre, revenir cinq ans après, c’est bien, mais entre les deux il y a une étape où les gens doivent être associés.

Baptiste Duclos
Baptiste Duclos, journaliste et rédacteur en chef de The Dissident.