Ofelia Paya, dans la lutte contre l’impunité du régime castriste

Ofelia Paya

Ofelia Paya, épouse du dissident cubain mondialement connu Oswaldo Paya, mort en juillet 2012 dans un accident de la route, dénonce les autorités cubaines qu’elle juge responsables. Elle demande une enquête internationale pour déterminer les causes exactes du décès de son mari.

Elle l’a épousé en 1986. Mariage catholique dans le Cuba communiste. Mariage d’amour d’Ofelia Acevedo et d’Oswaldo Paya Sardinas. Ils auront trois enfants. Quelques années auparavant, Oswaldo a refusé de quitter l’île lors de l’exode de centaines de cubains par le port de Mariel. Sa vie est une série de refus face au régime. Refus de rejoindre comme tous les élèves les Jeunesses Communistes, refus de transporter des prisonniers politiques pendant son service militaire, exclusion de l’Université de la Havane pour activisme chrétien. Oswaldo et Ofelia partagent le même idéal, la même lutte. En 1988, Oswaldo lance le Movimiento Cristiano Liberacion (MCL). Dix ans plus tard, lorsqu’il se lance dans le Proyecto Varela, du nom de ce prêtre ayant lutté pour l’indépendance de Cuba, elle est à ses côtés. Ils veulent l’un comme l’autre la liberté politique, la liberté d’entreprise, l’amnistie pour les prisonniers politiques. Ils demandent un référendum pour une réforme constitutionnelle. Dans le Cuba de Fidel Castro, la constitution octroie aux citoyens la possibilité de porter devant l’Assemblée nationale un projet cosigné par 10 000 électeurs. L’Assemblée nationale est donc obligée de recevoir la pétition initiée par les Paya, signée par 25 000 personnes. Mais le pouvoir accuse les initiateurs d’avoir distribué aux signataires de l’argent et des visas pour les USA. Une contre pétition est organisée et signée par 8 millions de cubains, qui rappelle le caractère socialiste intangible de la révolution castriste. La requête des Paya est rejetée.

Oswaldo reçoit en 2002 du Parlement européen, le prix Sakharov de la liberté de pensée. Il devient l’un des dissidents cubains les plus respectés. Ce qui le met à l’abri des arrestations qui touchent régulièrement journalistes, écrivains et défenseurs des droits. En 2012, le 22 juillet, Oswaldo, qui a 60 ans, circule à bord d’un véhicule, accompagné du jeune Angel Carromero, vice- secrétaire du mouvement de jeunesse du Partido popular espagnol, d’Aron Modig, président suédois des Jeunesses chrétiennes démocrates et d’Harold Cepero, responsable du secteur jeunesse du MCL. Oswaldo et Harold périront dans un accident près de Bayamo. Vitesse excessive pour les autorités cubaines qui condamnent le conducteur à 4 ans de prison pour homicide involontaire, « accident provoqué », déclare le conducteur qui s’exprime en 2013 dans le Washington Post et El Mundo. Il affirme qu’une voiture avec plaque d’immatriculation du gouvernement les a percutés.

Victime d’un attentat ?

Le seul opposant crédible au pouvoir aurait donc été  « liquidé ». Benoit XVI parlera de « perte irréparable ». Aujourd’hui, la femme du dissident parcourt l’Europe. Genève où elle intervient à l’ONU. Au Parlement Européen, à Strasbourg. En France, où elle est reçue au Press Club à Paris. Elle demande une « enquête internationale transparente ». La Commission d’enquête sur les crimes extra-judiciaires des Nations Unies devrait mener l’investigation. Et les gouvernements européens sont appelés à intervenir. Elle estime que son mari a été victime d’un attentat imputé à la police politique. Lors du procès de A. Carromero à Cuba, « où il n’y a pas de séparation des pouvoirs », les enfants Paya n’ont pas pu pénétrer dans la salle d’audience. L’avocat du prévenu affirme que dans le rapport des experts, il n’est nulle part fait état d’un excès de vitesse. Les rapports d’autopsie n’ont jamais été produits.

Avec émotion, Ofelia parle du cadavre de son époux qu’elle n’a pu embrasser, car on lui a interdit de le toucher. Elle accuse. Les témoins (trois paysans) censés être sur le lieu de l’accident, au travail un dimanche après-midi torride. Le médecin légiste présent sur place. Un SMS indiquant sur l’instant que la voiture vient d’être percutée. Un accident similaire qui s’était produit le 2 juin, un mois et demi avant le drame. L’impossibilité flagrante sur la Carraterra Central de dépasser les 70 km/h, vu l’état de la route. Un maigre arbuste présent, sans aucune dégradation alors que la voiture était réputée s’être écrasée contre un arbre, après un dérapage. La volonté d’Oswaldo avec deux passagers étrangers, de ne pas risquer un contrôle routier pour excès de vitesse, avant l’arrivée à Santiago où devait avoir lieu une réunion militante du MCL. L’hôpital où a été emmené Oswaldo, isolé par les militaires.

« Les droits fondamentaux n’existent pas à Cuba »

Oswaldo, leader conséquent de l’opposition, était continuellement suivi. Il s’était élevé contre le passage de témoin politique de Fidel à Raul Castro. « Une simple apparence de changement ». Il militait pour une alternative concrète de changement politique. Ofelia, qui a quitté il y a peu Cuba avec toute sa famille pour la Floride, se sent maintenant en sécurité, même si « le bras de la dictature peut frapper partout »« Mais le gouvernement cubain ne connait l’impunité que sur l’île ». Son fils a été persécuté par les autorités. Voiture suivie. Sa belle-mère convoquée à la Sécurité d’Etat. Des  coups de fil nocturnes l’ont harcelé : « Où est ta fille ? » Des menaces de mort nombreuses. Le MCL continue malgré tout son combat avec le même projet Varela. Une plateforme « pour que le peuple conquiert simplement ses droits. Il n’y a pas de droit à violer à Cuba, puisque les droits fondamentaux n’existent pas ».

« Oswaldo répétait toujours : pourquoi les cubains n’ont pas les droits humains fondamentaux ? Cuba n’est pas une société de moindre valeur, confie Ofelia, l’obsession d’Oswaldo c’était la consultation populaire. Des partis existent à Cuba mais ils ne représentent pas une réalité forte et visible. Le peuple cubain doit être consulté par référendum sur l’avenir de la nation ». C’est ce qu’Ofelia, figure qui fait penser à l’Ophélie de Rimbaud, avec sa douceur effacée, son calme, sa fragilité et sa force intérieure, fait passer dans ses interventions européennes, au Partido Popular espagnol ou au ministère des Affaires Etrangères français. « Ce qui est arrivé à mon mari et à Harold Cepero ne doit pas se répéter avec un autre activiste politique dans l’île. Combien d’autres doivent mourir, opposants pacifiques, dans des circonstances suspectes pour que le monde décide d’enquêter sur les actions du gouvernement cubain contre ses propres citoyens ? »

Alain Roumestand
Alain Roumestand a une carrière très diversifiée : professeur d’histoire, formateur presse et d’élus, animateur radio, syndicaliste, rédacteur presse de l’Éducation nationale, conseiller en formation continue en France et à l’étranger, chargé de communication, proviseur, rédacteur presse internet, historien.