Olivier Picasso : « Mon grand-père était merveilleusement terrible »

Olivier Picasso. Photo DR

Olivier Widmaier Picasso, petit-fils du peintre, vient de publier un livre sur son grand-père. Intitulé « Picasso Portrait intime », édité par Albin Michel et Arte éditions, l’ouvrage de 319 pages présente de belles photos et reproductions de tableaux tout en racontant le peintre à partir de grands thèmes : les femmes, la politique, la famille, l’argent, la mort et l’éternité. L’auteur a répondu à nos questions.

The Dissident : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Olivier Picasso : D’abord car on commémore cette année les 40 ans de sa mort. J’ai voulu lui rendre hommage, moi qui l’ai peu connu : j’avais 10 ans à sa disparition. Je n’ai que quelques bribes de souvenirs notamment celui d’un homme grand alors qu’il était petit. Mais j’étais enfant ! Dans ce livre, j’ai aussi voulu porter un regard nouveau sur Picasso à partir d’archives familiales et de récits des derniers grands témoins l’ayant connu. J’ai réuni des photos et des œuvres jamais montrées dans un même ouvrage, notamment des inédites du photographe David Douglas Duncan, aujourd’hui âgé de 97 ans. Je montre également que mon grand-père n’était pas qu’un peintre de l’abstraction mais aussi du sujet avec audace et modernité. Comme tous les artistes, son regard allait au-delà des apparences.

Que retenez-vous de lui ?

"Ma grand-mère l’appelait le sacré diable". Photo F. C.

« Ma grand-mère l’appelait le sacré diable ». Photo F. C.

Il voyait la peinture comme un travail et il travaillait beaucoup. Sa production est considérable ! Ma mère se souvient que sitôt le déjeuner terminé, il quittait la table en disant : « Je retourne travailler ». Je rappelle souvent qu’il fut un bébé mort-né en 1881. Son oncle lui souffla de la fumée de cigare dans les narines : le nourrisson poussa un cri et revint à la vie ! Picasso était un homme complexe : riche et communiste, sept femmes officielles, un besoin vital de créer qui primait sur le reste. Le 8 avril 1973, jour de sa mort, il aurait demandé un papier et des crayons : jusqu’au bout, il aura été habité par son art qui lui offre désormais une rare éternité. Cela faisait de lui un homme fascinant et sans doute difficile à vivre.

Ma grand-mère qui fut sa compagne l’appelait le « sacré diable » et disait de lui qu’il était « merveilleusement terrible ». Jolie définition !

Olivier Widmaier Picasso est le fils de Maya Picasso (mariée à Pierre Widmaier), fille du peintre et de Marie-Thérèse Walter, sa compagne de 1927 à 1944. Juriste de formation, Olivier Widmaier Picasso est producteur et conseiller en audiovisuel. Il vient de réaliser deux films inédits sur son grand-père qui seront diffusés sur Arte en 2014. Il a été fait chevalier des Arts et des Lettres en 2011.

« Picasso-Portrait intime » de Olivier Widmaier Picasso, édité par Albin Michel et Arte Éditions. 319 pages.

François Caillaud
Journaliste indépendant basé à Nantes, François a débuté en radio avant de suivre des études de journalisme et de sociologie. Il s'est d'abord investi dans la presse écrite : quotidiens régionaux, revues nationales spécialisées sur le monde rural et l'agriculture, presse régionale et institutionnelle. Il a rejoint l'équipe de The Dissident car il en partage les valeurs : liberté, citoyenneté, honnêteté intellectuelle, souci de l'autre et de la dignité humaine.