Papouasie-Nouvelle-Guinée : une atteinte à la liberté d’expression lors du Forum des îles du Pacifique

Des journalistes au Forum des îles du Pacifiques, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo Radio NZ

Des journalistes au Forum des îles du Pacifique, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo Radio NZ

Début septembre, sept journalistes du Pacifique se sont vus confisquer leurs passeports et contraints à payer plusieurs centaines de dollars chacun à leur arrivée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, alors qu’ils venaient couvrir le Forum des îles du Pacifique dans le cadre de leur travail. Suite à cette atteinte à la liberté d’expression, les journalistes du Pacific Freedom Forum (PFF, Forum du Pacifique pour la liberté) ont autorisé The Dissident à traduire leur réaction.

« La détention de sept journalistes en Papouasie-Nouvelle-Guinée est une nouvelle insulte contre le quatrième pouvoir et nécessite beaucoup plus d’attention », a déclaré le Forum du Pacifique pour la liberté (FPL). Le 8 septembre dernier, des journalistes du Pacifique arrivés à Port Moresby pour assister à la réunion des dirigeants au Forum des îles du Pacifique, ont en effet été retenus par les autorités, après s’être fait confisquer leurs passeports et avoir été contraints de payer 1000$ Kina (360$USD) à titre de frais de visas, avant de pouvoir entrer sur le territoire.« Les États membres du Forum des îles du Pacifique sont connus pour organiser des évènements qui empêchent littéralement les médias d’information de faire leur travail, a ajouté Titi Gabi, présidente du FPL. Ce dernier incident en Papouasie-Nouvelle-Guinée envoie un très mauvais signal, alors même que la région exige un accès libre à la Papouasie occidentale ».

Benny Wenda, militant de Papouasie occidentale, s’est ainsi vu refuser un visa et l’entrée sur le territoire, malgré les récentes promesses du Premier ministre Peter O’Neill. « C’est une négation directe de la liberté d’accès, de mouvement et d’expression, sur un problème qui constitue aujourd’hui la plus préoccupante atteinte aux droits de l’homme dans la région », dénonce Titi Gabi.

Les différents chefs d'états lors du 46ème Forum des îles du Pacifique, 10/09/15, Port-Moresby. Photo Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les différents chefs d’états lors du 46ème Forum des îles du Pacifique, 10/09/15, Port-Moresby. Photo Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

« Le journalisme n’est pas un crime »

Selon Titi Gabi, la seule bonne chose qui soit ressortie de ce triste évènement a été l’initiative du ministre des Affaires étrangères de Papouasie-Nouvelle-Guinée : « Nous nous félicitons de sa décision de diligenter une enquête concernant cet incident et de soulever cette problématique auprès de ses homologues régionaux. L’accueil réservé à ces journalistes est à comparer avec celui de leurs confrères de Nouvelle-Zélande et d’Australie, qui eux bénéficient de visas d’entrée gratuits. »

Le traitement des journalistes en Papouasie-Nouvelle-Guinée a provoqué de plus profondes préoccupations concernant les ressortissants des pays du Groupe mélanésien Fer de lance, des États qui déclarent pourtant se délivrer des visas de voyage gratuits entre membres. Selon Monica Miller, co-présidente du FPL, les journalistes du Pacifique ont également relevé que l’Australie et la Nouvelle Zélande imposent des frais de dossier excessifs dans la délivrance des visas, et ce même pour des transits. « Les États d’Océanie ne peuvent pas espérer bénéficier d’une intégration régionale s’ils continuent de nier le droit des médias à accéder aux sources d’informations sur leurs différents territoires, déclare-t-elle. Tous ces gouvernements doivent encourager les journaux d’information de la zone Pacifique à prendre une plus grande place dans le traitement des affaires de la région, plutôt que de les punir. Le journalisme n’est pas un crime ».

La détention de ces 7 journalistes a fait les gros titres de plusieurs médias insulaires, parmi lesquels le Fiji Times, ABC en Australie et le deuxième plus gros site d’information de Nouvelle-Zélande, Stuff. Elle a également été dénoncée par les membres de l’association des journalistes Kiwi, forte de plus de 2000 membres néo-zélandais.

De son côté, le Forum du Pacifique pour la liberté a réitéré son appel aux gouvernements d’Océanie à organiser une réunion avec les médias régionaux en vue de trouver, ensemble, des solutions à ces problèmes, à l’instar de la fructueuse convention de Rarotonga de 1990, qui s’était déroulée sur les îles Cook. »

Traduction Baptiste Duclos

 

Qui sont-ils ?

Les cadres de l’équipe du Forum du Pacifique pour la liberté

Titi Gabi, présidente du FPL, est éditrice de PNG Loop, une agence d’informations en ligne basée à Port-Moresby, en Papouasie-Nouvelle Guinée, la plus grosse des îles du Pacifique avec 7,3 millions d’habitants.

Monica Miller, co-présidente du FPL, est directrice de l’information à KHJ Radio aux Samoa américaines. Son équipe publie sur le territoire américain et sur la seconde partie, indépendante, des Samoa (250 000 hab.), située juste à côté.

Netani Rika, coordinateur du FPL, est le porte-parole des médias au sein de la Conférence des églises du Pacifique, après une longue période passée au Fiji Times, le troisième plus grand journal de la région. Il a été contraint à démissionner suite à la suppression du média par le précédent régime militaire aux îles Fidjis.

Jason Brown, auteur au sein du FPL, est correspondant pour Islands Business, le seul mensuel ayant survécu dans la région, après avoir été journaliste aux îles Cook, sur papier et à la télévision, pendant 29 ans.

Tous les membres du FPL sont bénévoles et ont offert des milliers d’heures depuis que le forum a été créé lors d’une conférence parrainée par l’UNESCO, aux Samoa en 2008. Le FPL était l’héritier des idées de Lisa Williams-Lahari, désormais attaché de presse au Forum de l’agence des pêches, anciennement spécialiste sur le traitement du genre dans les médias au Bureau des femmes du Pacifique (Secrétariat de la communauté du Pacifique en Nouvelle-Calédonie).

Auteur invité
Auteur invité