Les Parsis, une communauté zoroastrienne en voie d’extinction

Une famille Parsi devant un temple du feu. Photo DR

Une famille Parsi devant un temple du feu. Photo DR

Il est assez fascinant de voir comment la religion de l’ancien empire Perse subsiste encore de nos jours. Si les religions monothéistes ont connu une sorte de pérennité à travers leur expansion religieuse, le zoroastrisme a subsisté bien que ses adeptes n’aient pratiqué nul prosélytisme après la chute de l’empire perse et l’arrivée des Musulmans.

La plus grande communauté zoroastrienne réside aujourd’hui non pas en Iran, mais en Inde. Elle est connue sous le nom de « Parsi », équivalent indien du mot « Perse ». Ayant fui la Perse en 651, ils vinrent demander refuge au roi hindou Jadhav Rana. Celui-ci accepta, à condition que leurs pratiques religieuses restent discrètes et qu’ils ne convertissent aucun Indien à leur religion. Ces zoroastriens acceptèrent, et aujourd’hui encore nous pouvons voir les traces de cet accord d’antan ; les temples du feu sont fermés aux non-zoroastriens et les conversions sont impossibles. De fait, la communauté a toujours vécu repliée sur elle-même, se mêlant peu à la population hindoue, ce qui lui a permis de conserver ses traditions et ses rites tels qu’ils étaient à l’origine : « Nous sommes une communauté orthodoxe, assez traditionnelle lorsqu’il s’agit de préserver les principes de notre religion », déclare ainsi Kashmira Vajifdar, elle-même citoyenne indienne et parsi vivant à Pune. Leur langue liturgique, le Zend ou l’avestique, subsiste encore. C’est une langue iranienne très ancienne dans laquelle fut écrit le Zendavesta, leur livre sacré.

Les temples du feu, qui constituent leurs lieux de culte, contiennent toujours ces motifs perses comme le Fahavahar sur le fronton du temple (représentation traditionnelle d’Ahura Mazda et symbole du zoroastrisme), rappelant l’identité perse de leur culte. Le feu est l’élément central du temple : il est vénéré et tient une place fondamentale dans la religion zoroastrienne. « Il représente la flamme qui réside en chaque individu zoroastrien. Nous voyons le dieu Ahura Mazda à travers ce feu et nous déclarons lors de nos prières qu’il est son fils », confie Kashmira.

Aujourd’hui la communauté fait face à de nombreux enjeux, et en premier lieu celui de la démographie. « C’est un énorme problème, avoue-t-elle. Quel que soit l’endroit où les Parsis s’installent, la première chose qu’ils font c’est de construire une tour du silence, puis un temple du feu. Ces deux institutions religieuses sont très importantes pour notre survie ». En 1941, la communauté comptait 114 900 adeptes, en 2001 elle n’en compte plus que 69 600. Le taux de mortalité est supérieur au taux de natalité. Cette baisse démographique, qui s’avère être fatale pour la subsistance de leur communauté, s’explique surtout par l’endogamie : « Maintenant que certains Parsis émigrent à l’étranger, nous rencontrons des difficultés à trouver des partenaires, surtout que, depuis quelques années, les mariages inter-communautaires augmentent et menacent notre survie et notre bien-être en tant que communauté ». En effet, la religion zoroastrienne se transmet par filiation paternelle. La conversion n’existant pas, la communauté Parsi ne cesse dès lors de diminuer.

Les Parsis et les tours du silence

Outre cette question démographique, les Parsis sont confrontés à des questionnements vis-à-vis de leurs rites, même si le gouvernement indien les laisse totalement libre de leurs pratiques. Contrairement à leurs concitoyens, les Parsis ne pratiquent ni l’incinération, ni l’inhumation des corps : ils laissent les vautours décharner leurs cadavres. A sa mort, le zoroastrien est déposé dans une « tour de silence », destinée à accueillir les rapaces. Les Parsis considèrent en effet que lorsque le vautour décharne un corps, l’âme du défunt peut se libérer et rejoindre le ciel. Une fois totalement consommés, les os restants sont rassemblés dans un ossuaire central. Un rite funéraire particulier, motivé en cela par le fait que le feu, la terre est l’eau sont considérés chez les Parsis comme des éléments purs. Ils ne peuvent se mêler au cadavre. La pratique est rendue difficile aujourd’hui par la quasi-disparition des vautours dans les villes en Inde : beaucoup de corps pourrissent dans la nature sans être dévorés… L’alternative existe cependant : les corbeaux, les milans… mais aussi les panneaux solaires ! Certaines tours du silence ont été en effet équipées de ces dispositifs afin d’accélérer la décomposition des corps.

Baisse de démographie ne signifie pas pour autant perte d’influence. Bien que la communauté soit peu nombreuse, les célébrités et les hommes d’influence ne manquent pas. Ainsi, parmi eux figurent le PDG du conglomérat indien Tata, Ratan Tata, et, surprise sans doute pour certains, feu Freddy Mercury, chanteur du groupe Queen, était lui aussi issu de la communauté Parsi indienne.

Loubna Kheir
Actuellement étudiante en Histoire à l’université de Sorbonne-Paris IV, j’ai reçu une formation en sciences humaines en classes préparatoires littéraires. Je m’intéresse particulièrement à l’histoire politique et culturelle des sociétés orientales.