Régionales. Le FN favori dans le Grand-Est : « la désespérance sociale est le terreau »

Petite-Rosselle Lorraine © Daniel Mennerich / Flickr

Après les régions PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) et le Nord-Pas-de-Calais Picardie, le Front National est favori des élections régionales en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes (ALCA). Le Grand-Est est-il en phase de basculer lui aussi dans la mouvance d’extrême droite ? Émotion post-attentats ou réelle prise de position? Décryptage.

« Vous savez, il n’y a pas plus anti-FN que nous ! », clame Jean-Marc Heyert, candidat de la liste « Nos vies d’abord » (Front de Gauche) lorsqu’on l’interroge sur la montée du Front national en région ALCA. Pointant du doigt le « climat d’insécurité » de la région, qui, selon lui, ferait le lit du Front National, le candidat ne mâche pas ses mots face à ses opposants PS et UMP : « Le problème, c’est que ceux qui ont permis cette montée, eux, ne s’inquiètent pas ! », nous confie-t-il.

Car le FN s’installe ici, dans le Grand-Est. Selon les sondages récents, le parti d’extrême droite marque une légère progression des intentions de vote au premier tour. La liste d’Union de la Droite et du Centre, le LR-UDI-Modem, menée par Philippe Richert est en recul. « Si l’on réagit sur le moment, il est possible d’assister à une montée du FN. Mais je pense que les gens sont assez intelligents pour faire la part des choses », affirme Khalifé Khalifé, cardiologue et candidat de la liste « Unissons nos Forces ». S’il considère que les sondages sont une « photographie de l’instantané » qui ont leurs limites, il  reconnait qu’ils doivent pousser à « se mobiliser pour contrer les votes contestataires ».

 

Le FN confiant

Au FN, on minimise l’effet post-attentats. « La cote de popularité du Président est remontée de 7 points après les attentats », rappelle Florence Giannetti, membre du FN à Sarreguemines, en Moselle. « Le parti était donné comme favori depuis bien avant les attentats du 13 novembre », ajoute-t-elle. Lorsqu’on lui demande les facteurs responsables de la hausse de la popularité de son parti, la politicienne est claire : « le FN n’a pas encore fait ses preuves au gouvernement ». Face aux « échecs des gouvernements précédents », elle suppose que les électeurs veulent donner une chance de gouverner à un parti qui ne l’a pas encore eue. Lorsque l’on aborde le sujet des élections, admettant qu’il faut rester prudent avec les sondages, la candidate nous dit être « confiante ». « Le FN a toutes ses chances de réussir », nous affirme-t-elle d’un ton ferme.

De son côté, le Parti Communiste estime que les résultats sont faciles à décrypter. Interrogé sur les causes de la montée du parti d’extrême droite dans la région, Jacques Maréchal, secrétaire PCF (Parti Communiste Francais) en Moselle, fait le lien entre la difficile situation économique de la région et les intentions de vote en faveur du FN : « On note un lien évident entre la hausse du chômage et la montée du FN ». Aujourd’hui, les industries traditionnelles de cette grande région minière, comme la métallurgie sont en fort déclin, voire en extinction. « La désespérance sociale est le terreau pour les extrêmes », poursuit Jacques Maréchal. Soulignant le « climat ambiant d’hyper sécurité », il déplore une atmosphère qui rend plus difficile le débat sur le vivre ensemble. Face à cette montée de l’extrême droite, le secrétaire PCF en Moselle est le seul à se dire véritablement inquiet, craignant que cette nouvelle donne ne mine le débat démocratique.

Fatma-Pia Hotait
Fatma-Pia est diplômée l'ESJ-Paris. Benjamine de l'équipe, elle est bien décidée à faire évoluer les choses. Aujourd'hui, elle jongle entre ses études de master franco-allemand et sa passion : être la voix de ceux qui n'en ont pas.