Théâtre : comment Tamèrantong! réveille les planches

De jeunes membres de la compagnie Tamerantong! - (c) Tamerantong!

Revigorant cocktail que celui de Tamèrantong!. Depuis plus de vingt ans, cette compagnie à l’énergie punk conjugue théâtre et éducation populaire auprès de jeunes issus de quartiers défavorisés. Pour donner vie, sur scène, à des créations pleine d’humour et d’originalité. À voir !

« Si on m’avait dit que j’allais faire une compagnie de théâtre qui allait durer vingt ans… j’aurais arrêté tout de suite ! », rigole Christine Pellicane, auteure, metteuse en scène et fondatrice de la troupe Tamèrantong!. Au milieu des années 80, la jeune femme travaille comme comédienne lorsqu’elle est sollicitée pour animer des ateliers de théâtre auprès d’enfants du quartier populaire de Belleville, à Paris.

L’heure est à la fin du punk, l’énergie débordante, et, très vite, elle fait appel à ses copains issus du rock alternatif pour lui donner un coup de main. « Tamèrantong! est né sans même qu’on s’en rende compte. On voulait juste faire ce dont on avait envie, avec la rage et la passion », se souvient-elle. Rapidement, l’atelier commence à faire parler de lui, et l’association voit officiellement le jour en 1992.

De « Zorro el Zapato » à « La Tsigane de Lord Stanley » 

Deux décennies plus tard, Tamèrantong! est toujours là. Après Belleville, la troupe s’est progressivement implantée à Mantes-la-Jolie (78), puis à Saint-Denis (93). Et compte aujourd’hui quatre troupes d’enfants âgés de quatre à dix-sept ans. Son crédo ? Permettre à des gamins issus de milieux modestes – voire carrément défavorisés – de découvrir les joies du théâtre.

"La Tsigane de Lord Stanley", un spectacle de Tamèrantong! (c) Geoffroy de Boismenu

« La Tsigane de Lord Stanley », un spectacle de Tamèrantong! (c) Geoffroy de Boismenu

« On fait très attention à ce qu’il y ait des jeunes de toutes origines sociales et culturelles, des filles comme des garçons… Bref, une vraie mixité ! », explique Christine Pellicane, qui voit les listes d’attente pour s’inscrire à ces ateliers s’allonger chaque année.

Si les jeunes sont recrutés sans casting  – « on part du principe que tous les enfants sont bons au théâtre », insiste-t-elle – la rigueur et l’exigence artistique sont en effet de mise chez Tamèrantong !. Oubliez tout ce que vous avez pu voir (ou entendre) sur le « théâtre jeunesse » : ici, les apprenti-comédiens travaillent durant plusieurs années sur des classiques de la littérature, des contes ou des légendes, revisités avec finesse et humour.

« Zorro el Zapato », « Ali Baba et les Chebs du Raï », « Les Bons, les Brutes et les Truands », « La Tsigane de Lord Stanley » : la compagnie a déjà donné vie à quatre-vingt créations savoureuses…

« On voit de plus en plus de détresse »

Intégrant des sujets d’actualité à des œuvres populaires, les spectacles de Tamèrantong sont aussi l’occasion, pour les enfants de la troupe, d’élargir leurs horizons. De découvrir des textes jusqu’alors inconnus, d’appréhender le monde du théâtre – souvent perçu comme poussiéreux -, d’accéder à de belles salles de spectacle… Et, surtout, d’investir un espace d’expression.

«  On les fait danser, jouer, pratiquer le combat scénique, le body percussion… Petit à petit, ils arrêtent d’avoir peur, ils apprennent à prendre la parole en groupe, à s’écouter, à réfléchir ensemble », explique Christine Pellicane qui, si elle n’est pas éducatrice, doit aussi jongler avec nombre de problématiques sociales.

« Depuis vingt ans, on voit de plus en plus de détresse dans les quartiers populaires. Il y a de plus en plus de gamins qui sont confrontés à la misère économique, qui ont des parents qui meurent, qui sont en manque de repères… Et ça se ressent sur le plan artistique. Avant, il fallait canaliser les gamins. Aujourd’hui, il faut les réveiller », témoigne Christine Pellicane.

Tamèrantong! s'invite sur les planches - (c) Sébastien Lefèbvre

Tamèrantong! s’invite sur les planches – (c) Sébastien Lefèbvre

« On les aide à grandir bien »

Des gamins qui ne sont pas forcément mordus de théâtre lorsqu’ils arrivent chez Tamèrantong!, mais trouvent au sein de la troupe une bouffée d’oxygène. Un cadre, aussi. Résultat, après plusieurs années dans la compagnie, certains ont bien du mal à quitter la tribu. « Je crois que les jeunes aiment l’énergie qu’on met dans nos projets », confie la metteure en scène. Et de résumer : « En fait, on les aide à grandir bien ».

Et le public y trouve lui aussi son compte : de l’originalité, une vraie qualité artistique, et de l’humour, beaucoup d’humour…  Un cocktail qui a déjà séduit plus de 100 000 spectateurs. « Il y a une reconnaissance de la société civile, reconnaît Christine Pellicane. Maintenant, on aimerait une reconnaissance « d’en-haut ». Car nos moyens financiers, eux, diminuent d’année en année ».

Tamèrantong! en tournée :

“La Tsigane de Lord Stanley”:
. Dimanche 4 et lundi 5 octobre 2015 à Vitry-sur-Seine, théâtre Jean Vilar.
. Jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 janvier 2016 à Sénart/Lieusaint, Théâtre Sénart.
. Vendredi 4 mars 2016 à Vesoul, Théâtre Edwige Feuillière.
. Jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 avril à Nice, Théâtre National de Nice.
. Jeudi 23 et vendredi 24 mai à Bordeaux, Rocher de Palmer.

Versus :
. Printemps 2016, Paris, Maison des Métallos.

La Fête à Paul :
. Été 2016, Mantes-la-Jolie, Espace Paul Bert.

Aurélia Blanc
Aurélia Blanc, journaliste indépendante. Passée par Respect Mag ou le Bondy Blog, je traîne mes guêtres sur le web, dans la presse magazine ou dans l'édition.