Un voyage dans le Cosmos de Michel Onfray

Avertissement : Cet article s’attache à commenter le dernier ouvrage philosophique en date de Michel Onfray, et non à s’attarder sur les polémiques récentes issues des prises de position de l’auteur. Il s’agit ici de “considérations inactuelles”, comme le disait Friedrich Nietzsche.

 

Michel Onfray. Un personnage au cœur des polémiques, récemment sur la question des migrants, ou encore sur celle de l’islam. Et que ce soit sur Freud, ou la religion catholique, on peut le dire, le philosophe d’Argentan a repris le flambeau de Nietzsche et de sa philosophie à coups de marteaux.

cosmosMais dans son dernier livre philosophique, « Cosmos », l’auteur a choisi d’emprunter une autre voie. Bien sûr, il ne renie pas sa nature, et l’héritage judéo-chrétien continue d’en prendre pour son grade. Néanmoins, Michel Onfray tente de construire, à travers ce premier volet, une véritable ontologie matérialiste. Il le dit lui-même : « Cosmos est mon premier livre. »

La préface de « Cosmos » s’avère émouvante. L’auteur est dans le vrai quand il nous parle de l’humain, ou de la mort de son père, qui, avant le décès de sa compagne, l’a ramené à l’essentiel : la transmission, l’héritage, les valeurs qui nous fondent. Il parvient à nous parler au cœur, or c’est au cœur qu’on peut le plus demeurer chez ses lecteurs. Partir de soi pour accéder au « Cosmos », c’est tout l’effort de Michel Onfray dans son livre. La construction d’une philosophie positive, et dissidente.

Le message principal de l’auteur dans son texte est sa volonté de nous transmettre, à nous lecteurs, l’importance de se réapproprier ce qui nous entoure, et ceux qui nous entourent. Le temps, l’espace, la nature et les Hommes. Michel Onfray nous suggère la construction d’un contre-temps : une réappropriation de notre environnement, et de notre manière de considérer le temps qui passe. Dans cette société d’hyperconsommation, tout est fait pour que la liberté d’être disparaisse au profit de la liberté d’avoir. Il faut alors, comme nous le rappelle l’auteur, « se créer liberté », « nous construire liberté ».

Michel Onfray parle de cette liberté libre si chère au cœur de Rimbaud, « celle qui fait qu’on a peur de rien ni de personne. »

 

Pour l’auteur, le temps de la campagne est préférable à celui de la ville. Ne pas être proche de la nature ne permet pas une vie épanouie, une vie heureuse. Les urbains s’agitent, dans tous les sens, et courent toujours après quelque chose. Ils ne connaissent pas véritablement le repos. Dans sa propre vie, l’auteur a d’ailleurs fait le choix de vivre à Argentan, en Normandie, sur ses terres, celles de son père, et de ne pas se mêler plus que cela de la vie parisienne. Or, un philosophe doit faire figure d’exemple : il est avant tout un sage, avant d’être un constructeur de concepts. Quelqu’un qui tiendrait des propos à haute teneur philosophique mais qui ferait tout le contraire dans sa propre vie serait-il légitime à philosopher ?

À l’appui de son propos, l’auteur dissèque notre rapport à la nature, et aux animaux, en particulier la manière dont nous les (mal)traitons. Il s’oppose à l’utilisation des animaux comme des bêtes, comme des êtres dénués de sensibilité. Rejoignant ainsi par la pensée les végétariens et les vegans, il met le doigt sur la difficulté de conjuguer respect animal et régime alimentaire carné.

Et pour remonter plus loin, beaucoup plus loin, puisque tout part du soleil dans notre univers, Michel Onfray va jusqu’à nous expliquer le fonctionnement de la lumière, et toucher ici à l’astrophysique.

C’est aussi ce qui est véritablement intéressant dans ce texte : la transdisciplinarité dont l’auteur fait preuve, de l’œnologie à l’astrophysique, de la spéléologie aux haïkus. Il tente d’inventer une philosophie, de réenchanter un monde qui part à vau l’eau, en utilisant les outils mis à sa disposition, sans se contenter de plonger dans « l’être contre » ou de désigner un ennemi pour s’affirmer, ou se définir négativement en fonction d’un autre auteur ( comme il l’avait fait avec Sartre, Freud ou le marquis de Sade par exemple ).

Néanmoins, Michel Onfray s’en prendra tout de même à la chrétienté, et à la notion de religion préexistante, cherchant davantage à recréer du sacré, en partant du réel, du palpable, du tangible. Il ne pourra pas non plus s’empêcher de déclencher son courroux contre Rudolf Steiner, Peter Singer ou Michel Leiris.

On préfère la dernière partie du texte, consacrée au sublime, dans laquelle l’auteur fait parler sa sensibilité. Les haïkus, cette courte forme ancestrale de poésie japonaise, trouvent leur place dans le panthéon personnel de Michel Onfray. Tout comme le land art, cette tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature.

Préférant Lucrèce, Épicure et Bachelard à certains auteurs contemporains qu’il ne citera pas ( BHL, Finkelkraut… ), l’auteur nous engage à nous replonger dans les classiques, mais aussi dans les étoiles et la campagne, pour y retrouver comme une respiration, et peut-être, une source d’inspiration perdue dans notre société.

 

« Cosmos » est une ontologie matérialiste, et le premier tome d’une brève encyclopédie du monde. En fait d’encyclopédie, il s’agit pour l’auteur d’une tentative, le doigt pointé vers le ciel et vers les étoiles qu’il regardait avec son père, de nous montrer une direction.

En la suivant, il s’agit de nous réconcilier avec nous-mêmes, d’apaiser notre addiction au futile, au matériel, et de nous créer une spiritualité athée.

 

 

Christophe Diard
Écrivain, Christophe Diard travaille sur des thèmes comme l’angoisse, la mémoire et la survie. Ancien collaborateur de la revue "Books", ex-rédacteur en chef du magazine "Rebelle(s)". Son dernier livre, "Un certain Frédéric Pajak", paru aux éditions Noir sur Blanc, est actuellement en librairie.