Vous avez dit éthique ?

Très franchement s’il y a un mot dans l’esprit du grand public qui ne cadre pas avec les relations internationales (diplomatiques, militaires, commerciales), c’est bien le mot « éthique ». En Syrie, où est l’éthique, alors que la guerre continue avec un pouvoir qui bombarde ses ressortissants et des grandes puissances en définitive passives ? Au Mali où est l’éthique quand l’intervention française, aux dires de certains commentateurs, est conditionnée par des préoccupations intérieures de crédibilité présidentielle ? Le président Obama considère, dès son premier mandat, que les droits de l’homme, la démocratie, défendus traditionnellement par les Etats-Unis, sont du domaine des organisations internationales. Le président Poutine considère que la Russie a le gène des vainqueurs.

"L'éthique politique s'arrête quand le droit du commerce commence."

Le monde semble donc très éloigné de cette décennie du nouvel ordre mondial, avec l’effondrement de l’URSS et de ses satellites, de 1991 à 2001. Les dissidents de l’Est (Lech Walesa, Vaclav Havel, Bronislav Geremek, etc.) l’avaient emporté. La CSCE, Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, avait édicté des engagements contraignants et des codes de bonne conduite démocratique. L’action de l’ex-président Carter lui avait valu le prix Nobel de la paix pour ses efforts en faveur du développement économique, social et démocratique. Après 2001, pour le président Bush,  il y eut d’un côté le mal, de l’autre le bien. Vrai tournant idéologique.

Et pourtant des tribunaux pénaux, des institutions judiciaires, issus des organisations internationales, rendent leurs jugements, mettent en accusation. Le TPI, Tribunal pénal international, la CPI, Cour pénale internationale luttant contre les génocides et les crimes contre l’humanité, existent et fonctionnent. Elle travaillent sur de nombreux dossiers, dont l’ex-Yougoslavie, la Sierra Leone, le Cambodge… Les french doctors Bernard Kouchner, Rony Brauman, malgré leurs querelles, ont semé des graines productives. Et le droit d’ingérence humanitaire est admis, même s’il faut batailler pour le faire appliquer.

Une éthique des affaires balbutiante

La société civile et les ONG s’engagent et le droit de pétition gagne du terrain (Change. org en est une illustration simple d’accès). Il y a des raisons d’agir pour le simple citoyen au travers des organisations auxquelles il adhère, mais aussi dans des manifestations où il peut montrer collectivement ses aspirations. Il y a bien une éthique des relations internationales qui se dessine mondialement. Les défis éthiques, le droit à la santé, les actions humanitaires, le droit à l’environnement, les contraintes dans le commerce international existent bel et bien. Les États démocratiques ont même tendance à une moralisation effective, pour rester au contact des aspirations de leurs populations.

Il y a une éthique des affaires, souvent balbutiante, avec la mondialisation économique. Les entrepreneurs invoquent de plus en plus des arguments moraux et pas seulement, pour les entreprises dites du développement durable. L’observateur peut certes considérer qu’il s’agit d’un affichage, que des interventions militaires trouvent une justification par l’humanitaire, que l’intérêt national se cache derrière un système de valeurs positives affichées, que les entreprises espèrent vendre plus en se parant de beaux mots dans leurs publicités.

Devenir des « veilleurs »

Mais chaque état se doit de respecter des normes, de respecter des traités, des engagements, sinon il peut être voué à l’opprobre  populaire. Même traitement pour une société industrielle qui ne respecte pas la charte qu’elle a mise  en avant. Les campagnes de presse menées contre le travail sous payé, le travail des enfants, font reculer les grandes firmes, quand elles sont massives et populaires. Il ne dépend que de nous citoyens, de faire acte de dissidence et de vigilance quand nous considérons les manquements au droit international, aux règles démocratiques, humanistes, humaines.

Au bout du compte il doit être possible d’atteindre une gouvernance globale moins injuste et  plus efficace au plan social, si les « veilleurs » que nous devons être, de plus en plus nombreux, s’engagent. Le droit international, au début du XXe siècle, était moins important que le droit intérieur des États. Il a pris sa place à la suite des deux conflagrations mondiales, avec la SDN (Société des nations) puis l’ONU et avec le développement des moyens de communication, avec l’internationalisation.

La transparence médiatique accrue a permis à la démocratie de gagner des points et a freiné les dictatures qui peuvent moins  agir en toute impunité. Le combat politique au sens le plus noble doit être de tous les instants, dans tous les secteurs.

Pour aller plus loin

A lire l’Éthique des relations internationales aux PUF sous la direction de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Ryoa Chung, qui réunit des approches de politistes, de juristes et de philosophes.

Alain Roumestand
Alain Roumestand a une carrière très diversifiée : professeur d’histoire, formateur presse et d’élus, animateur radio, syndicaliste, rédacteur presse de l’Éducation nationale, conseiller en formation continue en France et à l’étranger, chargé de communication, proviseur, rédacteur presse internet, historien.

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