Alexis Peskine, la créativité sans frontières

Alexis Peskine

Résolument cosmopolite, le plasticien Alexis Peskine a fait de son métissage une source d’inspiration. Identités, sectarismes, discriminations : le créateur cloue les stéréotypes au pilori, et interroge notre époque avec talent.

Il ne supporte pas les cases, Alexis Peskine. Qu’elles soient géographiques ou artistiques, d’ailleurs. A 34 ans, cet artiste français a su développer une patte unique, nourrie de pop art, de références aux sculptures africaines et d’influence vaudou. Une mixité que l’on retrouve jusque dans les techniques utilisées. Photographie, dessin, traitement numérique, cloutage : le créateur de l’acu-peinture mêle art et artisanat, nouvelles technologies et tradition. « J’ai commencé à dessiner quand j’étais petit, avant de me perfectionner au CFA des Arts graphiques de Paris : là-bas, on faisait tout à la main… Lorsque je suis parti jouer au basket aux Etats-Unis, je me suis inscrit dans une filière artistique à l’université. J’ai essayé différentes choses, puis j’ai trouvé mon style, mon langage », se souvient Alexis Peskine.

« Apprendre et voyager »

Un regard bien à lui, à travers lequel il interroge les tourments identitaires de notre époque. Dans son univers, où le corps noir est omniprésent, à la fois clouté et sublimé, « Mariam’ » vient ainsi questionner l’universalité républicaine, quand « Nettoyage ethnique » évoque le blanchiment de la peau. « Ca vient de mon expérience, de mon vécu, confie Alexis. Avec mes deux frères, même en étant métis, on a commencé très tôt à comprendre les dynamiques identitaires qui étaient à l’œuvre ».

D’une toile à l’autre, se dessinent les rapports de domination, physiques ou symboliques. Les contrôles policiers. Les discriminations. Les émeutes urbaines qui, ici, voient s’affronter Astérix et Banania. « Je m’intéresse à l’identité et aux rapports de pouvoir par le biais du corps noir, mais je suis aussi sensible à l’islamophobie, au racisme anti-Roms… Ce sont des thématiques sur lesquelles je veux provoquer une réflexion », précise l’artiste.

Le fruit, sans doute, d’un héritage familial fort. « La famille juive de mon père a été touchée de plein fouet par la deuxième guerre mondiale. Mon grand père était un rescapé des camps allemands. Et mes parents, très engagés contre le racisme et l’apartheid, nous ont inculqués l’importance du respect de l’autre et de la lutte contre les discriminations », raconte-t-il. Elevé entre un père franco-russe et une mère afro-brésilienne, il gardera le goût de la découverte et de l’ouverture au monde. « Apprendre et voyager sont les deux choses les plus importantes dans ma vie », confirme le plasticien.

Pluri-identité

Indéniablement, Alexis Peskine est de ceux qui ont le monde pour horizon. Après avoir grandi en France, étudié aux Etats-Unis – où il a gagné plusieurs prix -, il travaille aussi au Brésil. Et cultive un lien fort avec le Sénégal, où ses œuvres ont été particulièrement remarquées au Festival des Arts Nègres de 2010. Un artiste cosmopolite donc, qui revendique sa « pluri-identité » et exècre les crispations nationalistes. En témoigne sa dernière exposition, présentée en juillet à Paris, intitulée « Tellement au dessus de la France ». Un tacle au pays des Lumières ? « Nous avons fini de devoir nous justifier de notre « françité ». De devoir recommencer sans cesse les mêmes débats minables sur l’identité nationale. Comme beaucoup, je suis dans une pluri-identité, dont la France n’est qu’une partie », dit celui qui se réclame du « maaloufisme », en référence à l’essai d’Amin Maalouf, Les identités meurtrières.

Voir le monde de façon plus large

Un pied sur chaque continent (ou presque), Alexis Peskine ambitionne également de rendre l’art accessible au plus grand nombre. En utilisant des références de la culture populaire, mais aussi en travaillant avec des jeunes. Cette année, il a donc monté un projet avec des jeunes pour la plupart issus de quartiers populaire de Salvador de Bahia, au Brésil. L’idée ? Les initier à la création artistique, afin de réaliser une exposition pour la Semaine de la conscience noire. Une aventure qui s’est poursuivi pour trois d’entre eux à Dakar et Bobigny, où ils ont travaillé avec d’autres jeunes, puis au Maroc, à l’occasion d’une résidence artistique.

Une aubaine pour ces jeunes qui n’avaient jamais quitté leur région… et une réussite pour l’artiste. « Lorsque j’ai parlé aux gens de mon intention de travailler avec une classe d’un lycée professionnel de Bobigny, ça a été le cataclysme. Si je les avais écouté, je n’aurais rien fait ! En réalité, je suis tombé sur une armée de jeunes talentueux, motivés, et hyper disciplinés… alors qu’on travaillait avec un mannequin en slip dans la classe ! », sourit-il. A l’arrivée ? L’œuvre la plus grande jamais réalisée par Alexis, et l’envie de remettre le couvert l’année prochaine. « J’ai beaucoup appris, et les jeunes aussi, estime le plasticien. Je ne sais pas s’ils entameront tous une carrière d’artistes, mais maintenant ils ont le choix. Ils voient le monde de façon plus large ». Pouvait-il vraiment en être autrement au contact d’Alexis Peskine ?

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Photo à la Une : Identité internationale – Alexis Peskine

Aurélia Blanc
Aurélia Blanc, journaliste indépendante. Passée par Respect Mag ou le Bondy Blog, je traîne mes guêtres sur le web, dans la presse magazine ou dans l'édition.