Bizi ! vs HSBC : l’avenir de la planète et de la justice sociale se joue dans ce face à face ! - The Dissident - The Dissident

Bizi ! vs HSBC : l’avenir de la planète et de la justice sociale se joue dans ce face à face !

Saisie de meubles à la HSBC de Bayonne. Photo Bizi

Saisie de meubles à la HSBC de Bayonne. Photo Bizi

Sept militant-es du mouvement non-violent basque Bizi ! seront convoqué-es ce mardi 17 mars au commissariat de Bayonne « dans le cadre d’une enquête pour vol en réunion ». Leur grief ? Avoir dérobé le 12 février dernier sept sièges et un fauteuil à l’agence bancaire bayonnaise du groupe HSBC, champion de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent. Une petite goutte de conscience citoyenne qui dévoile au grand jour l’imposante responsabilité des banques dans la destruction de la planète et la montée des inégalités sociales.

Des activistes non-violent-es convoqué-es au commissariat pour vol en réunion : on croirait à une mauvaise blague. Heureusement, à Bizi ! [1], on a le sens de l’humour. Au téléphone, les militant-es se disent être « bien installé-es dans leurs fauteuils » : ces nouveaux arrivés ont été « réquisitionnés » par Bizi ! à l’agence HSBC, située à quelques encablures du local du mouvement, dans le petit Bayonne. « On les a ramené avec des diables, c’est à côté », plaisante un militant.

Mais très vite, les traits d’humour laissent place à une élocution résolue : « Cette action se veut une réponse directe au scandale de l’évasion fiscale massive de la banque HSBC, aux conséquences catastrophiques de ce phénomène criminel qui assèche les finances publiques », entonne Jon Palais, porte-parole du collectif et qui fait partie des militant-es convoqué-es par les forces de l’ordre.

Information révélée début février par le quotidien Le Monde, la filiale suisse de la banque aurait en effet aidé à dissimuler plus de 180 milliards d’euros non déclarés entre 2005 et 2007. Plus grave, des activités criminelles de grande échelle, telles que le blanchiment d’argent de la drogue ou le financement du terrorisme international, auraient été rendues possibles via ce secret bancaire.

« Nous donnons l’exemple, les fauteuils récupérés vont être installés au siège de notre association et contribueront ainsi à notre action publique au service de la transition énergétique et de la lutte contre le changement climatique. Nos actions, toujours pacifistes et non-violentes, sont des moyens pour attirer l’attention du grand public et montrer que, quelque part, nous pouvons tous avoir un impact sur le cours des choses », enchaine la militante Sabrina Ravetta.

Car l’action non-violente paye : qui aurait pu croire en décembre dernier, suite à la campagne menée conjointement par Bizi !, Les Amis de la Terre et Attac, que cette poignée de militant-es aurait pu contraindre un des plus grands groupes bancaire français, la Société Générale, à se retirer d’un de ses projets les plus polluants ? (voir plus bas).

La fraude fiscale, « hold up des riches »

Selon Bizi !, l’évasion fiscale en France coûterait chaque année de 60 à 80 milliards d’euros à l’État. « HSBC permet aux plus riches de voler la collectivité au détriment des crèches, des logements, de l’école, de la santé ou des transports publics. Bref, c’est Robin des Bois à l’envers, qui vole aux pauvres pour que les riches aient encore plus », raille Jon Palais. Ironie du sort, 80 milliards c’est aussi, à quelques milliards d’euros prêts, le poids du déficit budgétaire annuel français…

Mais à écouter HSBC, si le groupe britannique a fauté par le passé, la fraude fiscale ne serait plus d’actualité chez lui. Ainsi la banque a-t-elle choisi d’assumer ses « manquements passés », sans oublier de souligner les nombreuses initiatives prises depuis quelques années par le groupe pour empêcher l’utilisation de ses services à des fins d’évasion fiscale ou de blanchiment d’argent [4]. Que croire ? Plutôt qu’à une remise en question sincère, cet aveu assumé fait en tout cas penser à ces stratégies de « communication de crise » utilisées comme échappatoire par les grands groupes afin de préserver à tout prix leur image commerciale en cas de crise grave (lire notre analyse de l’affaire Swissleaks).

Et puis les banques sont gourmandes, et ne se limitent pas à la fraude fiscale et au blanchiment d’argent. Des journalistes de Basta Mag ont récemment mis en ligne un outil qui permet de découvrir le casier judiciaire de sa banque. Moins connus mais non moins pernicieux, on découvre le lot de jouets du banquier moderne : détournement, délit d’initié, entente illégale, failles dans la gestion du risque, inégalité d’accès, manipulation des taux et des prix, vente de produits financiers toxiques, violation d’embargos…. Au banc des accusés ? HSBC, bien sûr, mais aussi la Société Générale et BNP-Paribas pour les plus cotées des banques françaises.

Votre banquier nuit gravement à la planète

Frédéric Bosqué rappelait début mars dans une interview donnée à The Dissident que si 2% des échanges monétaires avaient aujourd’hui un rapport avec l’économie réelle, 98% restaient dans la sphère spéculative. La plupart de notre (votre) argent placé sur des comptes bancaires classiques alimente donc des économies spéculatives complètement déconnectées du réel et dont on ne connait pas vraiment les desseins.

Que font les banques avec notre argent ? C’est justement une des questions auxquelles a tenté de répondre la récente enquête « le Livre noir des banques » menée conjointement par Basta Mag et l’association ATTAC [2]. Ce livre – que les militant-es de Bizi ! ont souhaité remettre au responsable de l’agence basque – évalue le coût exorbitant pour la planète et l’humain des activités de spéculation, et met au grand jour les collusions de plus en plus évidentes entre les grands financiers et la sphère politique, collusions qui ont fait avorter, entre autres, la régulation du secteur bancaire.

 

Le dernier rapport sur les banques des Amis de la Terre.

Le guide éco-citoyen Climat : comment choisir ma banque ? Par les Amis de la Terre

Le dernier rapport sur les banques des Amis de la Terre montre quant à lui comment certains établissements financiers ont eu recours à notre épargne pour soutenir « à hauteur de plus de 30 milliards d’euros le secteur du charbon – centrales et mines – entre 2005 et avril 2014, faisant de la France le 4èmefinanceur mondial du combustible le plus carboné »[7]. Les responsables sont encore une fois tout trouvés :la Société Générale, BNP-Paribas et le Crédit Agricole « comptent parmi les banques les plus climaticides et représentent 94 % des soutiens totaux des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013 », nous dit l’étude.

Bizi ! s’est aussi battu pour révéler au grand public la responsabilité des banques vis-à-vis du réchauffement climatique et de la destruction de l’environnement : le mouvement a déversé en juin dernier 1,8 tonnes de charbon devant le siège de la Société Générale de Bayonne. L’objectif ? Faire cesser immédiatement le soutien de la banque au gigantesque projet de mine et d’exportation de charbon Alpha Coal situé dans le bassin de Galilée en Australie qui, « s’il se concrétisait, rejetterait dans l’atmosphère au moins 1,8 milliards de tonnes de CO2 ». La Société Générale, en décembre dernier, a fini par annoncer publiquement son retrait du projet Alpha Coal, une belle victoire qui montre que la mobilisation citoyenne paye.

Bizi ! contre la Société générale

La fraude fiscale pour financer la transition écologique et sociale

Et justement, le montant de la fraude fiscale française serait amplement suffisant pour investir dans la transformation écologique et sociale de notre société, seule réponse possible au réchauffement climatique et à l’explosion des inégalités. « Le financement d’une politique de transition écologique qui aurait un minimum d’ambition nécessiterait 30 à 40 milliards d’euros. C’est dire l’importance des chiffres de la fraude fiscale », peut-on lire sur le site web du mouvement.

Migrer vers un modèle de société soutenable pour les générations futures et plus humain dès à présent, un combat que le collectif Bizi ! a d’ailleurs commencé à diffuser avec brio auprès du grand public via les « Alternatiba », sortes de processus participatifs citoyens qui invitent chacun et chacune à construire puis présenter son village alternatif à la crise écologique, économique et sociale directement sur son lieu de vie. Soixante-huit Alternatiba ont déjà eu lieu ou sont en cours de construction en France mais aussi à l’étranger.

Et en prévision de la COP 21, grand rendez-vous des chefs d’États et de gouvernements pour sauver le climat qui se tiendra à Paris en décembre prochain, Alternatiba a déjà eu une nouvelle idée : du 5 juin au 26 septembre, un vélo 4 places, effigie d’Alternatiba, parcourra la France et cinq autres États européens sur prêt de 5 000 km et 180 étapes, de Bayonne à Paris. Ce projet participatif vient d’ailleurs d’être financé à hauteur de presque 70 000 € via l’apport financier de 1 631 citoyens et citoyennes. Une nouvelle occasion de montrer que les alternatives au changement climatique existent et qu’elles construisent un monde meilleur.

On comprend que, si l’affaire des « sièges HSBC » était amenée à se poursuivre devant les tribunaux, pour Barth, Jon, Mattin, Nicole, Txetx, Sabrina et Yannick (tous et toutes membres de la Coordination de Bizi !) s’engagerait alors une bataille de plus, une bataille pour défendre l’avenir de la planète et de la justice sociale… Mais devant la justice cette fois-ci.

[1] Bizi ! veut dire Vivre ! en langue basque.

[2] Aux éditions Les liens qui libèrent : http://www.bastamag.net/Entrez-dans-le-monde-des-banques

 

Changer de banque c’est préparer demain

Toutes les recommandations sérieuses lues sur la toile sont unanimes. Seules la Nef (coopérative de finances solidaires) et le Crédit Coopératif (banque de référence pour l’économie sociale et solidaire) représentent aujourd’hui des alternatives crédibles aux banques investissant dans des projets climaticides et pratiquant la fraude fiscale. L’ouverture d’un compte au Crédit Coopératif en partenariat avec la Nef vous permettra de placer votre argent au service de projets de territoires ancrés dans l’économie réelle, à forte valeur sociale, environnementale, et culturelle, en toute indépendance des marchés financiers. Le transfert d’un compte bancaire classique à un compte bancaire « éthique » est un des premiers gestes citoyens à faire pour donner sa chance au monde de demain[1]. Promis, c’est mieux qu’un bulletin de vote.

[1] Pour plus d’informations vous pouvez consulter le guide éco-citoyen publié par Les Amis de la Terre Climat : comment choisir ma banque ?

Ugo Bessière
Ugo Bessière est diplômé de Sciences Po Grenoble et du Collège d'Europe de Bruges en politiques et administration européennes. Il travaille au Conseil Régional des Pays de la Loire sur les thématiques agricoles et économiques pour le groupe Europe Ecologie - Les Verts (EELV). Ugo est membre des associations Nantes en Transition et Virage Energie-Climat et un membre actif d'Alternatiba Nantes dont la prochaine édition est prévu les 19 et 20 septembre 2015.