Bonnet d’âne aux bonnets rouges

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Billet d’humeur

L’actualité bretonne fut bien singulière ces derniers temps. On a vu des milliers de personnes défiler dans la rue contre l’écotaxe qui, selon le discours ambiant, risquerait d’achever une Bretagne soi-disant économiquement malade. Rappelons aux Bretons la phrase de Talleyrand : « Quand je m’examine, je m’inquiète et quand je me compare, je me rassure ». Qu’ils se comparent au Limousin ou à l’Auvergne et peut-être s’apercevront-ils qu’il existe des régions bien plus déshéritées que la leur. La Bretagne serait périphérique ? Certes elle l’est mais pas davantage en Europe que des régions portugaises, espagnoles ou italiennes. Rappelons que l’écotaxe est une mesure européenne. Son application française fut préparée sous Sarkozy dont le gouvernement décida un partenariat public-privé pour sa mise en œuvre et sa collecte. Étrange réflexe, partagé par la droite et la gauche, que celui de confier aux entreprises privées la réalisation d’équipements à vocation publique. Il exprime l’assujettissement à la finance et l’abandon de la mission de service public de l’État. Les libéraux ont gagné, pour le pire.

La nouvelle couleur de nos régions. Dessin Tony Gouarch

La nouvelle couleur de nos régions. Dessin Tony Gouarch

La déclinaison française de l’écotaxe exonère de 50 % les quatre départements bretons en raison de leur « périphéricité », mot désormais à la mode. Pas suffisant pour les « bonnets rouges » qui regroupent les opposants à l’écotaxe, des agriculteurs et des chefs d’entreprises dont le volailler Tilly en difficulté suite à la fin des aides européennes qu’il touchait. Il y a chez tous ces gens un paradoxe : d’un côté, ils exigent moins de réglementations, de taxes et de cotisations sociales et sont donc ultralibéraux, de l’autre, ils demandent le maintien des aides européennes, quémandent une intervention du gouvernement français pour les soutenir et ils sont là pour un État providence. Ce n’est pas crédible. Le patron de Tilly a pendant une récente manifestation accusé le ministre français de l’Agriculture d’être la cause de ses difficultés, s’exonérant ainsi de toute responsabilité dans la gestion de l’entreprise qu’il dirige. Dans quel monde vivent ces gens ? L’économie française serait administrée et l’État obligé de renflouer des entreprises privées ? Le chantage à l’emploi n’est pas loin.

Les solutions durables ne sont pas là. L’affaire des bonnets rouges bretons, au-delà des hypocrisies et contradictions de ses meneurs, exprime une fébrilité et un mal-être chez une large partie de la population, déçue hier par la droite et aujourd’hui par la gauche. L’horizon politique et économique est bouché. Alors que faire ? D’abord nous protéger au niveau européen. L’Europe est devenue une vaste zone de libre-échange où la concurrence et le moins-disant social sont la règle. La vision anglo-saxonne a triomphé. Il faut rétablir des barrières douanières efficaces aux frontières de l’Union européenne. Établir des règles intra européennes pour éviter l’actuelle concurrence déloyale, notamment des pays de l’Est. A partir de là, on pourra envisager sérieusement un nouveau développement basé autant que possible sur « produire et consommer localement ». C’est bon pour l’emploi et l’environnement. Les poulets de Tilly souffriront moins de la concurrence étrangère et cette entreprise n’aura pas besoin d’aides européennes ou gouvernementales. Un rêve ? Non, un projet politique.

François CAILLAUD

François Caillaud
Journaliste indépendant basé à Nantes, François a débuté en radio avant de suivre des études de journalisme et de sociologie. Il s'est d'abord investi dans la presse écrite : quotidiens régionaux, revues nationales spécialisées sur le monde rural et l'agriculture, presse régionale et institutionnelle. Il a rejoint l'équipe de The Dissident car il en partage les valeurs : liberté, citoyenneté, honnêteté intellectuelle, souci de l'autre et de la dignité humaine.